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À Standing Rock, l'opposition au pipeline Dakota Access vire à l'affrontement

Dans le Dakota du Nord, de violents affrontement ont opposé le 20 novembre les forces de l'ordre à des manifestants amérindiens et écologistes, au sujet de la construction d'un pipeline controversé. 

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(© Redhawk, via Facebook)

De violents affrontements entre les forces de l'ordre et des centaines de manifestants ont eu lieu dans la nuit du 20 au 21 novembre, dans la réserve indienne de Standing Rock, dans le Dakota du Nord. Les manifestants écologistes et amérindiens, qui s'opposent à la construction d'un pipeline devant traverser des terres considérées comme sacrées par les Sioux, ont notamment mis le feu à des voitures et des camions présents pour les travaux.

La police a répondu avec des bombes lacrymogènes et des canons à eau. Selon Jade Begay, porte-parole de l'association Indigenous Environmental Network, 167 personnes auraient été blessées et au moins sept ont été hospitalisées. De son côté, le bureau du shérif du comté de Morton a fait part d'une arrestation.

Ces évènement font suite à un large mouvement de protestation de la population amérindienne contre le projet de l'oléoduc Dakota Access. Ce mouvement a débuté en avril et s'est particulièrement développé en septembre dernier, faisant la une de la presse internationale. Les manifestants estiment que le pipeline de 1 885 kilomètres, dont les travaux sont déjà finis à 60 %, est dangereux pour l'environnement et menace l'héritage culturel sioux.

"Protecteurs de l'eau" contre "serpent noir"

Cet immense pipeline a pour but de transporter du pétrole à travers quatre États américains : du Dakota du Nord à l'Illinois, en passant par le Dakota du Sud et l'Iowa. Une partie des terres devant être traversées par l'ouvrage, au niveau du lac Oahe (une retenue d'eau artificielle située sur le fleuve Missouri) pose particulièrement problème. Ce terrain, à quelques centaines de mètres de la réserve indienne de Standing Rock, appartient à l'armée américaine, qui a été obligée en septembre de suspendre son autorisation des travaux.

Près de 300 tribus sont unies contre le projet de construction et des centaines de manifestants se sont installés sur la réserve de Standing Rock. Les manifestants se sont autoproclamés "protecteurs de l'eau", et s'opposent au "serpent noir" que représente l'oléoduc. Face à eux, l’entreprise Energy Transfer Partners est bien déterminée à mener à terme la construction de ce pipeline à 3,7 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros), alors que l'hiver commence déjà à arriver – ce qui devrait rendre les conditions de vie des opposants sur place encore plus compliquées.

Un projet risqué

La tribu des Sioux de Standing Rock affirme que le pipeline — qui doit passer sous le fleuve Missouri –pourrait affecter l'eau qu'elle consomme. Celle-ci risquerait notamment d'être contaminée par des fuites de pétrole brut. Les opposants se demandent aussi ce qu'il se passera en cas d'accident et qui prendra en charge les frais pour réparer les dégâts.

Energy Transfer Partners a indiqué qu'aucun site amérindien n'a été dérangé et que des employés seront chargés de contrôler les fuites. L'entreprise a également affirmé que les pipelines souterrains étaient une méthode de transport du pétrole plus sûre que les camions ou les trains.

De nombreuses figures publiques s'opposent au projet, à l'instar du sénateur du Vermont Bernie Sanders, ou de Jill Stein (ex-candidate du parti Vert à l'élection présidentielle américaine), qui demandent l'arrêt complet des travaux. Des célébrités comme l'acteur Mark Ruffalo, Shailene Woodley, Scarlett Johansson ou encore le révérend Jesse Jackson, militant historique pour les droits civiques se sont joints à la protestation. Barack Obama a fini par annoncer, fin octobre, que des tracés alternatifs pour le pipeline étaient à l'étude, afin d'éviter la zone du lac Oahe.

Violentes manifestations

Cependant, il y a quelques semaines, les autorités ont commencé à chasser les manifestants des lieux des travaux et des routes environnantes. C'est à partir de ce moment-là que les tensions se sont accentuées, les deux camps s'accusant mutuellement de faire escalader la violence.

Le 20 novembre, des manifestants ont ainsi soutenu que la police a eu recours à du gaz lacrymogène, des projectiles en caoutchouc et des canons à eau, alors qu'il faisait moins 3 degrés. Au moins 400 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, et certaines ont souffert de conditions de détention dégradantes, selon un rapport de l'ONU.

Sur la page Facebook du mouvement, les manifestants dénoncent de nombreux faits de violences de la part de la police, des forces anti-émeutes, de la garde nationale et les membres d’entreprises de sécurité privées engagées par Energy Transfer Partners.

"Qu'on soit bien clairs : les actes de brutalité de la police du Dakota du Nord contre les 'protecteurs pacifiques' sont des actes de pure lâcheté." 

Pour autant, les manifestants ne se découragent pas et le combat continuera, d'après Dave Archambault II, le chef de la tribu sioux qui a tristement rappelé dans une tribune du New York Times : "Nous savons depuis toujours que la justice est rendue différemment dans les territoires indiens."

Toutefois, le président élu Donald Trump ayant des liens financiers étroits avec Energy Transfer Partners et Phillips 66 (deux compagnies qui soutiennent le projet), l'oléoduc controversé risque d'être désormais plus soutenu que jamais à Washington.