Science-fiction : et si les extraterrestres venaient juste sur Terre pour se marrer ?

Dans Invasion de Luke Rhinehart, le capitalisme, la lutte contre le terrorisme et l’impérialisme américain prennent cher.

SF, pas SF ? Sérieux, pas sérieux ? Difficile de ranger Invasion, le dernier roman de Luke Rhinehart, dans une catégorie ou un genre bien précis. L’intrigue de base est simple : dans un futur proche, des extraterrestres arrivent par centaines sur Terre. Scénario archi vu et revu, certes. La raison de leur présence sur notre planète, en revanche, est franchement inattendue.

Ces extraterrestres, surnommés "PP", possèdent quelques caractéristiques bien précises : dans leur forme normale, ils ressemblent à un ballon de football poilu. Ils peuvent changer de forme au gré de leur imagination, sont très intelligents (beaucoup trop pour nous et ne manquent pas de le faire savoir), et ils n’ont qu’un seul mot d’ordre : se marrer.

Se marrer chez un PP, ça consiste à foutre la pagaille dans le système et, par-dessus tout, dans la société que Rhinehart connaît le mieux : celle des États-Unis. Ces créatures hyper-évoluées, avec des QI à six chiffres, s’emploient donc à détricoter – principalement à coups d’attaques informatiques plus fortes que celles de la Russie et le Corée du Nord réunies – trois abominables obsessions de la société états-unienne : le capitalisme, la lutte maladive contre le terrorisme et l’ingérence belliqueuse dans certaines zones du globe.

On pourrait croire les PP politisés, mais ils sont plutôt philosophes. Faire l’andouille, tout le temps, avec les enfants (qui les adorent tous sans exception) et les adultes (qui sont beaucoup plus partagés), serait la forme d’action et d’intelligence la plus aboutie de l’évolution des espèces. Idéal inattendu, contre-intuitif, bien loin de la sélection naturelle de Darwin et des sempiternelles guéguerres à toutes les échelles.

Les PP s’attachent à une famille en particulier, les Morton. Billy, le père, est le narrateur principal. Américain moyen et intelligent, rebelle et bienveillant, Billy (mais aussi sa femme et ses deux enfants) se retrouve petit à petit embarqué dans les intrigues diablement ludiques fomentées par les PP. La société états-unienne étant ce qu’elle est – paranoïaque au possible – Bill devient rapidement la cible de prédilection du FBI, de la CIA et de la NSA.

Avec ces PP déjantés et cet antihéros quasi-homérien (on pense à Homer Simpson, pas l’autre), l’absurde culmine sur 448 pages, et ça fait plaisir. Au risque parfois de virer dans un manichéisme maladroit, avec des gentils (les PP, on l’aura compris) et des méchants (les Américains capitalistes et impérialistes). À moins que tout cela ne soit que du troisième degré ? Peut-être. Auquel cas il faudra adopter l'état d’esprit des PP lors de la lecture.

Quoique. Outre ce possible troisième degré, les choses sont peut-être un peu plus compliquées que cela. Les PP ne maîtrisent pas toujours les conséquences de ce jeu permanent. Malgré eux, les extraterrestres embarquent leurs proches dans leur merdier. Trop de jeu vire parfois à la perversité. Une thématique que l’auteur connaît bien.

En effet, Luke Rhinehart est devenu célèbre pour son premier roman semi-autobiographique, L’Homme-dé, paru en 1971. On y suit l’histoire d’un homme qui décide de prendre les décisions importantes de sa vie en fonction du résultat d’un lancer de dé. Un mode de vie relevant du hasard, sur un registre ludique. Le but : briser la routine et le conformisme. Comme avec les facéties des PP, une drôlerie jouissive en découle (avec quelques zones d’ombre en prime).

Invasion, de Luke Rhinehart, aux éditions Aux forges de Vulcain. Traduit de l’anglais par Francis Guèvremont. Prix : 22 euros.

Observateur tech perplexe