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Riga, la future "petite capitale hipster de l'Est" ?

Après Barcelone, Londres et Berlin, la capitale lettone, Riga, a-t-elle le potentiel pour devenir la prochaine destination branchée ? Des expatriés français répondent.

Marché vintage au MIIT Café, à Riga. La fille au centre tiendrait un blog mode (Crédits image : Eat Riga Tours)

Marché vintage au MIIT Café, à Riga. La fille au centre tiendrait un blog mode (Crédits image : Eat Riga Tours)

De-ci de-là, bruissent à nos oreilles des messages alarmants. Comment ? Berlin ne serait plus la ville "la plus cool" d'Europe ? Selon Rolling Stone, qui a sonné la retraite des hipsters le premier, c'est la trop grande popularité de la scène électronique berlinoise et du Berghain en particulier qui l'auraient tué. Reste alors à chercher un digne successeur européen à la capitale germanique. Mais les critères sont exigeants : lieux de cachet, boutiques branchées, musique électronique de pointe, douceur de vivre... voilà les défis à relever.

C'est alors que Presseurop, voilà quelques mois, titrait "Riga, rendez-vous hype". De quoi scruter d'un peu plus près la capitale de la Lettonie. La Lettonie ? Mais oui, voyons. Ce petit pays balte de 65 000 km2, niché confortablement entre l'Estonie au nord, la Lituanie au sud, la Russie à l'est et une grande étendue d'eau salée à l'ouest.

Sa capitale Riga est regardée de près. De tradition multiculturelle, la ville de naissance d'Eisenstein semble aujourd'hui vue par les dénicheurs de hype comme LA prochaine métropole qui va compter en Europe. Après Paris, Berlin, Londres et Barcelone, Riga peut-elle lier bonnes conditions de vie et repaire de nouvelles tendances ?

Des étudiants français expatriés à Riga dans le cadre de l'échange européen Erasmus nous répondent.

Le plaisir, par hasard

Même si c'est difficile à croire, la plupart des jeunes français en Erasmus à Riga avec qui nous nous sommes entretenus s'y sont retrouvés "par hasard". Mais leur soif de curiosité ne les a pas trompés : pas un seul ne nous a témoigné son envie de prendre ses jambes à son cou et de quitter la cité balte pour de meilleurs horizons.

Et certains s'en étonnent d'eux-mêmes : "Jamais je n'aurai imaginé passer un an de ma vie dans un pays balte" raconte Elliot Deredec, 21 ans. Ce qui l'a séduit dans cette "ville à taille humaine" (Riga est largement sous le seuil du million d'habitants), c'est la qualité de vie.

Entre les burgers au Dailysnac, la vodka dans les supermarchés et les soirées en boîte, la vie d'Elliot et de ses amis ne diffère pas énormément de celle d'un étudiant de Bordeaux, Paris ou Lyon. Emeline, étudiante en commerce, est une inconditionnelle des sorties à Riga. "Riga tend à devenir de plus en plus attractive en terme de culture, événements, etc".

Pour elle, c'est certain : elle témoigne qu'en l'espace de six petits mois, elle a vu l'offre de concerts progresser. Oubliez les clichés que vous pourriez avoir sur les villes de l'Est : Bonobo, Gold Panda, Araab Muzik et Depeche Mode se produisent, parmi d'autres, dans les clubs de la cité lettone. "C'est pas à Paris qu'on pourrait voir Till Von Sein pour même pas 10 euros et se payer une tournée de shots avec lui après son set !", assène cette connaisseuse de musiques électroniques.

Ambiance au 9K1 NAMS de Riga (Crédits image : 9K1 NAMS)

Ambiance au 9K1 NAMS de Riga (Crédits image : 9K1 NAMS)

Pop, concept et branchée

Et si les artistes se déplacent, c'est qu'il y a de quoi faire : les Français à Riga connaissent les recoins les plus fun de la ville et le font savoir. Emeline parle d'une quantité "impressionnante" de bars, dont certains n'hésitent pas à jouer la carte du lieu "branché".

Et il y en a pour tous les goûts : il y a le Cita Puse qui propose des soirées électro dans une galerie d'art, mais aussi le Aussie Bar, qui n'est autre qu'un van où on peut boire des verres. "Concept places", "endroits atypiques", boîtes de nuit dont l'entrée est "gratuite, pour la plupart" : lorsqu'il s'agit d'évoquer les lieux, nos jeunes expatriés font dans l'éloge.

Visuel d'une soirée au 9K1 NAMS (Crédit image : 9K1 NAMS)

Visuel d'une soirée au 9K1 NAMS (Crédit image : 9K1 NAMS)

Emeline nous parle même d'un café intitulé le YOLO Bar (sic) dans lequel sont disposés des hamacs. Des lieux "branchés", "pop", voire "concept". Vous avez dit "hipster" ? C'est sans doute parce qu'Emeline vous a ôté les mots de la bouche :

Je pense que dans quelques années, ce sera la petite capitale hipster de l'Est.

Rien que ça. Eh oui : tel Kreuzberg, East London où les quartiers les plus malfamés du 11ème arrondissement parisien, Riga a son lot de hipsters, cette tribu méprisée par le monde entier. "Dans mon quartier, on en trouve beaucoup" explique Elliot. 

Et d'ajouter :

Les petits bureaux de start-up, les Macbook, les fixies... c'est une ville à fort potentiel économique, une bonne base pour créer son entreprise. Donc culturellement ça progresse en parallèle.

De quoi expliquer en partie cette gentrification par le cool, qui se poursuit au coeur même de la culture lettone. "Les gens se lancent, tentent de nouveaux concepts, certains restent, d'autres pas, mais ça bouge beaucoup ! Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir" explique Noémie Maury, une jeune apprentie de 25 ans venue pour faire un stage de six mois à Riga.

Electro balte

Et si de grands musiciens passent par la capitale, elle semble elle aussi comporter son lot de pépites - qui peuvent passer dans des lieux hyper-appropriés, tel le fabuleux 9K1 NAMS. Anne Guérin est étudiante en communication à Riga. Très attachée à partager son expérience, elle tient "Un vrai Rigal", son blog plutôt fourni sur son expérience dans la capitale lettone.

Elle admet qu'en termes de soirées, "ça bouge beaucoup". Alors qu'elle prépare un article sur les meilleurs DJ de la ville, elle a souhaité en partager une sélection avec nous histoire de donner un rapide coup d'oeil vers cette musique électronique venue du froid.

Ils se nomment Kaspar Kondrat, Uppfade, Elvi / Dunian, Daniell Mariash, Ksenia Kamikaza, Electricano ou encore DFRNT. Ils illuminent les soirées des Erasmus et des locaux, distribuant généreusement leurs basses chaloupées, telles que celles qu'on trouverait dans un club berlinois (au hasard, hein).

Ci-dessous, trois exemples qui nous ont plutôt tapé dans l'oreille : Uppfade, Daniell Mariash et Ksenia Kamikaza.

"Rien à voir avec Paris !"

Se lancer et tenter de nouvelles choses, vivre tranquillement, fréquenter des lieux en constante mutation. Un rythme de vie décrit comme "très nature" par Noémie, qui ajoute que la culture lettone est décidément bien plus attachée aux forces de notre planète que la nôtre :

Ils suivent les saisons et mangent beaucoup de fruits et de légumes correspondant à la période de l'année. Diverses célébrations à la gloire des "anciens dieux" prennent place également, avec celles des solstices d'été et d'hiver notamment.

Pour elle, c'est certain : les Lettons de Riga vivent vraiment "au rythme de la nature". Juliette Saury, étudiante en communication, nous parle d'une "capitale très calme avec beaucoup d'espaces verts dans le centre", avant d'ajouter : "Rien à voir avec tout le trafic parisien !"

Mais Riga, ce sont aussi des immeubles très typiques, un centre Art Nouveau inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 1997 et le marché central, l'un des plus grands d'Europe.

L'un des ornements les plus célèbres de la ville de Riga, fameuse pour sa folie Art Nouveau survenue dès le début du XXème siècle (Crédits image : Russova/Wiki)

L'un des ornements les plus célèbres de la ville de Riga, fameuse pour sa folie Art Nouveau survenue dès le début du XXème siècle (Crédits image : Russova/Wiki)

Mais tout cela fait-il de Riga le nouveau petit paradis de vos prochaines vacances d'été ou de vos petites escapades en week-end ? Peut-être pas. Nombreux sont les expatriés à nous avertir de la froideur des habitants - et non pas du climat. S'ils parlent d'un pays aux moeurs qui évoluent, quelques Français regrettent la fermeture d'esprit de certains autochtones - qu'on nous décrira comme "nationalistes", "très fiers" et "heureux d'être indépendants".

Tourisme sexuel ?

En fait, certains craignent tout naturellement que leur pays ne devienne une destination privilégiée du tourisme sexuel, comme on peut le voir avec ces rumeurs relayées ici et sur le net. "C'est sûr, les Lettons n'apprécient pas les étrangers qui viennent à Riga pour la prostitution. Ils demandent parfois "Pourquoi êtes-vous venus à Riga ? Pour les filles ?'", raconte Bastien Bournicon.

La barrière de la langue est sans doute un autre obstacle à l'amabilité lettone. Et finalement, on finit souvent par faire dire aux étudiants français que ce sont surtout les personnes âgées qui refusent de communiquer avec les étrangers. Mais qui n'a pas fait lui-même l'expérience désagréable et culpabilisante du rejet d'étudiants étrangers dans sa propre université, ici-même, en France ?

Entre Europe et Russie

Ce qu'il faut aussi savoir, c'est que Riga est, depuis le 1er janvier, la capitale européenne de la culture pour l'an 2014. Juste après Marseille, donc. La mission de ces cités, à qui l'on décerne cette responsabilité depuis 1985 est de "promouvoir la diversité des opinions au sein de la société civile et d'encourager le multiculturalisme".

Libération a interrogé Sergei Kruk, ancien directeur de la section russe au sein de la radio nationale lettone et professeur à l’université Stradins de Riga. Selon lui, "la politisation du programme a conduit à privilégier une relecture positive du passé allemand de Riga au détriment de l’influence russe". De quoi expliquer, peut-être, l'engouement des Européens de la génération Y pour la capitale de l'Est - qui attend une augmentation de la fréquentation touristique de 12% sur l’année.

Ce qui est certain, c'est que la hype - à l'instar de la mode, des tendances musicales ou du vote des Français - est difficilement prévisible. Et si Riga ne tient pas ses promesses, Slate nous apprend que nous pourrons toujours nous rabattre sur Leipzig (Allemagne), d'ores et déjà surnommée "Hypezig". Après tout, c'est plus près que Brooklyn.

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.