La RATP repousse (encore) la couverture 3G/4G dans le métro à fin 2019

shares

Alors que la régie des transports parisiens promettait l’accès à l’Internet mobile dans le métro depuis 2015, elle vient de le repousser une nouvelle fois à fin 2019.

© Jac Depczyk/Getty Images

Le 31 décembre 2017, Twitter n’a pas pu s’empêcher d’aller titiller la queue du serpent de mer de la RATP. En même temps, difficile de résister : le 27 janvier 2015, le compte officiel de la Régie autonome des transports parisiens annonçait avec un certain panache le déploiement de la 3G/4G "dans son intégralité sur le réseau métro et RER" pour "fin 2017". Raté. Le 2 janvier 2018, constat d’échec effectué et nouvelle annonce : cette fois-ci, la RATP vous le promet, vous aurez droit à l’Internet mobile dans le métro pour "fin 2019". Bon, d’accord, peut-être plutôt début 2020, mais pas après.

Allez, ne soyons pas trop durs avec la régie, après tout, nous aussi, on repousse tout le temps nos dates de rendu, c’est comme ça que ça marche, et puis deux ans de retard, c’est pas si grave… Le petit problème, c’est qu’en remontant le fil des promesses de l’Internet mobile métropolitain, grâce au joli travail d’archéologie du twittos @_GaLak_, on a un peu l’impression d’embarquer dans une DeLorean aux côtés du Doc, qui nous ramènerait directement au début de la décennie.

En 2012, la RATP signait deux partenariats avec Bouygues et SFR et promettait 170 stations équipées fin 2014 et l’intégralité du réseau couverte fin 2015. L’année suivante, Orange signait à son tour, et la RATP reportait déjà ses prévisions d’un an, promettant aux Franciliens une couverture complète métro/RER pour fin 2016. En décembre 2014, Free sera le dernier opérateur à s’aligner, ce qui reportera à nouveau le projet d’un an. Depuis 2015, pourtant, la RATP confiante restait arc-boutée sur cette échéance de fin 2017, à tel point que sa présidente, Élisabeth Borne, martelait cette promesse au micro de France Info en… février 2017. Au 2 janvier 2018, 120 stations sont équipées de l’accès 3G et 4G, selon le dernier communiqué de la RATP. Le métro parisien en compte 302.

L’air familier des "difficultés techniques" sur le réseau

En publiant un communiqué le 29 décembre dernier, la RATP assume la responsabilité de son échec. Faute avouée, faute à moitié pardonnée, d’autant que les raisons techniques invoquées par la régie pour justifier un retard de quatre ans sur la date initiale tiennent la route. Contrairement aux métros de la majorité des grandes capitales, celui de Paris est vieux. Excessivement vieux, même (la première ligne date de l’exposition universelle de 1900). Et la RATP de rappeler que si "dès 2000, elle a été l’un des premiers réseaux au monde à déployer la 2G sur son réseau, alors même que le taux de pénétration du mobile n’était que de 50 % […], le déploiement de la 3G/4G est toutefois beaucoup plus complexe".

En cause : l’exiguïté des locaux, qui ne permettent pas de travailler dans des conditions optimales ; les plages de fonctionnement du métro, qui ne laissent aux techniciens que quelques heures par nuit pour installer les nouveaux équipements ; la nécessité, enfin, de travailler avec quatre opérateurs de téléphonie (ce qui multiplie par autant le nombre d’équipements à installer ? Mystère…). Bref, la RATP nous fait le coup des difficultés techniques sur le réseau, un refrain déjà bien connu des 4,1 millions de passagers quotidiens du métro parisien.

Motifs d'espoir et priorités

Pour terminer par les bonnes nouvelles et les motifs d’espoir, rappelons quand même, à l’instar de la RATP, que près d’un tiers du réseau est déjà couvert (usagers des lignes 1, 6 et 14, vous ne réalisez pas votre chance) et que globalement, le réseau RER se porte à peu près bien dès lors qu’on sort de Paris intra-muros, à en croire l’outil "Mon réseau mobile" de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes). À en croire le nouveau calendrier de la RATP, le déploiement de la technologie 3G/4G se fera "dès le premier trimestre 2018" dans "le noyau dur des 60 plus grandes stations" – si vous avez lu "Châtelet-Les Halles" entre les lignes, bravo, c’est probablement de ça dont il s’agit en priorité.

Espérons-le… même si franchement, on n’ose plus trop rêver au jour où on pourra tranquillement mater une vidéo dans les tréfonds des tunnels parisiens. Coïncidence du calendrier : le 3 janvier, le PDG de la SNCF, Guillaume Pepy, annonce lui aussi la mise en place du wifi sur les RER B et D, une fois que la majorité des lignes TGV sera équipée. Petit problème : celui-ci risque fort d’être payant, à l’instar de la plateforme TGVConnect. Entre la lenteur du service public et la cupidité du secteur privé, l’accès libre à Internet dans les transports parisiens n’est pas pour demain.