En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

40 ans après la légalisation de l'avortement, rien n'est acquis

À l'occasion des 40 ans de la loi Veil, qui a permis la légalisation de l'avortement en France, les femmes décident de redescendre dans la rue pour réaffirmer leurs droits. C'est le moment de faire un état des lieux de l'IVG en France et dans le monde.

Veil

Simone Veil à l'Assemblée Nationale lors du vote de la loi autorisant l'IVG, le 17 janvier 1975

C'était il y a 40 ans. Le 17 janvier 1975, Simone Veil, à l'époque ministre de la Santé, parvenait à faire voter la loi permettant la légalisation de l'Interruption Volontaire de Grossesse, malgré des débats plus qu'houleux. Autant dire que cela constituait une énorme avancée pour les droits des femmes.

La bataille était enfin gagnée. Après la légalisation de la contraception en 1967 et le Manifeste des 343 en 1971, les femmes allaient pouvoir avorter légalement.

Un tiers des femmes ont recours à l'avortement en France

Une récente étude de l'INED (Institut National d'Études Démographiques) revient sur l'évolution de l'IVG en France depuis sa légalisation. Ce que l'on retient principalement est que le pourcentage des femmes ayant recours à l'avortement a diminué. En 2011, une femme se fait avorter 0,53 fois au cours de sa vie contre 0,66 fois en 1975.

Cependant, le nombre d'IVG répétées a augmenté. Autrement dit, une femme qui a déjà avorté le fera à plusieurs reprises. Ce constat est néanmoins à nuancer puisque l'étude indique que seulement "9,5% des femmes ont recours deux fois à l'IVG, et 4,1% trois fois ou plus au cours de leur vie".

La durée légale pour avorter est passée de 10 à 12 semaines en 2001. En 2011, les avortements étaient réalisés en moyenne à 6,4 semaines contre 7,1 semaines en 2002. Ce raccourcissement est principalement dû à l'utilisation plus importante de l'IVG médicamenteuse qui facilite la procédure.

L'âge moyen de recours à l'avortement est de 27,5 ans et 25% des IVG sont demandées par des jeunes femmes de 19 à 25 ans. En résumé, un tiers des femmes se font avortées et le recours à l'IVG s'est stabilisé depuis la fin des années 2000.

40 ans après, avorter en France reste un tabou

Alors que le droit à l'avortement est acquis depuis 40 ans, les femmes ont décidé de reprendre la rue. Sophie Janinet, membre du collectif Georgette Sand, nous explique pourquoi il est important de réaffirmer ces droits. La première chose est que l'avortement reste encore et toujours un sujet tabou : "La plupart des femmes qui se sont fait avorter ne le disent pas."

Elle pointe également du doigt le problème des femmes qui subissent un avortement et qui n'ont pas le droit à des jours de congés si elles travaillent. La douleur est autant physique que psychologique :

Comme il y a un tabou, tu restes seule à ne pas être bien, tu n'oses pas en parler. On a l'impression qu'on doit encore se cacher alors que ça fait 40 ans que l'avortement est légal dans le pays.

Se mobiliser ce 17 janvier 2015 est aussi l'occasion de lancer une pétition : "Le but de cette journée organisée par les féministes en mouvement en parallèle de la manifestation est de lancer une pétition pour demander à ce que le droit à l'avortement devienne un critère pour qu'un pays puisse faire partie de l'Union Européenne." Il s'agit également de trouver des moyens "pour libérer la parole et l'acte de l'avortement."

Comme le montre un reportage réalisé par Libération en novembre dernier, une clause de conscience permet toujours à un médecin de refuser une IVG en France. De plus, certains médecins culpabilisent encore les femmes qui ont recours à l'avortement et on se rend compte que c'est toujours très mal vu dans la profession d'en pratiquer.

L'IVG dans le monde

Même si avorter dans l'Hexagone reste un tabou, les Françaises peuvent s'estimer plus chanceuses que de nombreuses femmes habitant dans des pays où l'IVG est interdite.

Un documentaire relayé par 50-50 Magazine donne la parole à des femmes Brésiliennes qui ont avorté, non sans difficulté. En effet, le pays interdit l'avortement sauf en cas de viol, de risques vitaux pour la mère, de malformations ou de maladies. Réalisé par Fádhia Salomão et écrit par Renata Corrêa, le film permet à sept femmes de s'exprimer.

Ce qui ressort principalement de ce documentaire est la culpabilisation que subissent ces femmes. Les médecins qui acceptent de pratiquer des avortements leur disent constamment que c'est de leur faute. Cela les pousse à avorter elles-mêmes en utilisant un médicament : une pratique qui s'avère extrêmement dangereuse.

Comme l'indique 50-50, "tous les deux jours, une femme brésilienne meurt des suites d’un avortement clandestin". Chiffre qui fait froid dans le dos.

Et le Brésil n'est pas le seul pays où les femmes ne peuvent avorter librement. Une carte montre dans quel pays avorter est légal ou non. Et on se rend compte que selon les pays, la législation varie énormément. Le continent Africain ne permet majoritairement pas aux femmes d'avorter sauf si la mère risque de mourir. Le Chili est un des pays qui interdit, dans tous les cas, l'avortement.

Le droit à l'IVG est limité dans plus de deux tiers des pays, ce qui pousse les femmes à avorter clandestinement. En 2008, sur les 50 millions d'avortements réalisés dans le monde, près de la moitié étaient à risque.

Comme le rapporte BFM, les organisatrices de la journée du 17 janvier affirment que "dans le monde, ce sont 47.000 femmes par an qui décèdent des suites d'un avortement clandestin". Et les retours en arrière sont loin d'être impossibles. En Espagne par exemple, alors que l'IVG n'a été autorisée qu'en 2009, le gouvernement voulait revenir sur ce droit avant, heureusement, de se rétracter

Des solutions existent cependant. Une association comme Women on Waves, basée aux Pays-Bas, permet aux femmes n'ayant pas accès à l'avortement dans leur pays d'avoir recours à une IVG, en étant encadrées à distance par des médecins qui leur envoient des médicaments et qui suivent leur dossier.

Les Françaises dans la rue

Pour revenir à la France, des conférences, des tables rondes et une session de questions-réponses avec Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des Femmes, auront donc lieu le samedi 17 janvier à la mairie du IVème arrondissement de Paris.

Comme nous l'explique Sophie Janinet, "il y a également la marche "En avant toutes" qui est organisée. Il y a une telle volonté de rendre hommage à cet anniversaire que cela a donné lieu à plusieurs façons de le faire. Il y a un aspect formel qui est nécessaire pour alerter Marisol Touraine et un côté plus revendicatif qui correspond au passage dans la rue. Toutes les associations féministes seront mobilisées."

Pour conclure, Sophie Janinet nous rappelle que le féminisme doit être plus que jamais assumé et que vivre dans une société où l'on peut avorter en toute sérénité est essentiel :

Le féminisme est un humanisme. Ça ne concerne pas qu'une tranche de la population. Beaucoup de gens sont féministes, même ceux qui revendiquent l'inverse. Privilégier une société où un enfant est attendu et voulu est forcément une bonne chose.

À l'occasion de cet anniversaire toujours, Marisol Touraine compte annoncer certaines mesures pour permettre aux femmes d'accéder plus facilement à l'avortement. Un numéro d'appel sur la sexualité, la contraception et l'IVG devrait être mis en place et un meilleur remboursement de la première consultation est envisagé.

Mais puisque rien ne semble acquis et que les droits des femmes restent fragiles, les mobilisations de ce 17 janvier, pour les 40 ans de la loi Veil, semblent plus que nécessaires.