Les perles du bac, cette arnaque

Chaque année, les perles du bac font le bonheur des sites d'info. Mais d'où viennent-elles ? Pour la plupart, d'une unique et même source. De quoi douter.

Parmi ces bacheliers, l'un d'entre eux parviendra peut-être à caser une pépite malgré lui sur perlesdubac.com (Crédits image : Direct Matin)

Parmi ces bacheliers, l'un d'entre eux parviendra peut-être à caser une pépite malgré lui sur perlesdubac.com (Crédits image : Direct Matin)

Marronnier : /ma.ʁɔ.nje/masculin. (Journalisme) Sujet qui revient de façon cyclique au fil des saisons lorsque l’actualité est calme.

Depuis mardi 24 juin, de nombreux sites d'information généraliste appâtent le chaland avec le marronnier du début de l'été : les fameuses perles du bac, ces bourdes écrites par les lycéens lors du sacro-saint examen. "Vous les attendiez", claironne le Nouvel Observateur.com en titre. "...des perles et des bourdes de haut niveau", pétarade le Parisien.fr, premier sur le coup, mardi 24. 20 Minutes.fr, plus modéré, évoque tout de même un "cru" 2014, et croit devoir nous indiquer qu'il y a là "déjà de quoi bien rire".

Le Parisien, 20 Minutes, France Bleu ou encore Le Nouvel Obs renvoient à l'unique et même site internet : www.perlesdubac.fr. Ici, pas de chichis : on sait tout de suite ce sur quoi on va tomber. Une interface simpliste et le minimum de pages permettent à l'internaute de naviguer entre perles différentes : Perles du bac 2014, Perles du bac 2013, Perles du bac 2012, mais aussi Perles du rugby, Perles des hommes politiques, Perles des mots d'excuses, Images insolites... etc.

Provenance douteuse

Mais d'où viennent-elles ? Le site dispose d'une rubrique intitulée "Proposer une perle", là où le simple quidam du web peut donc proposer sa propre contribution de perle du bac. Et si on nous informe par avance que "Les perles sont d'abord validées avant d'être publiées", rien n'oblige le contributeur... à être professeur correcteur, et donc à avoir eu accès aux copies pour en extraire les fameux aphorismes.

(Capture d'écran du site lesperlesdubac.com)

(Capture d'écran du site lesperlesdubac.com)

En fait, il y a donc de fortes chances que les fameuses Perles du bac 2014 n'en soient donc pas vraiment. Le tout est que le site perlesdubac.fr s'offre chaque année depuis l'année dernière l'exclusivité de la diffusion de prétendues bourdes de lycéens et les publie au moment opportun.

Et quand bien même les sujets du bac "sont corrigés dès le lendemain ou le surlendemain des épreuves", la Maison des Examens de l'Académie de Paris nous confie tout de même qu'elle "ignore où ils vont les chercher".

Après avoir contacté le fondateur du site Perles du bac, la journaliste de BFMTV Alexandra Gonzalez est en mesure de confirmer que ce portail n'a qu'une destination "humoristique". Il ne recherche en aucun cas l'authenticité de la provenance des dites "perles" et confie à la journaliste :

Je ne fais que publier des contributions d'internautes depuis plusieurs années, et certains contributeurs sont des 'habitués', mais je n'ai jamais vu aucune copie! (...) Je ne m'attendais pas à voir les perles reprises un peu partout dans les médias...

Nous non plus.

Génération perdue

Le plus amusant reste sans doute certaines réactions qu'elles déchaînent dans l'agora d'Internet. Dans un article du Plus, le magazine du Nouvel Obs.com (oui, le même Nouvel Obs.com qui s'est empressé de relayer le site www.perlesdubac.fr), on peut lire une diatribe contre ce marronnier. Selon l'auteur, "les perles du bac surfent sur le sentiment de la supposée décadence de la jeunesse".

À défaut de partir en quête de l'authenticité des perles, l'auteur de cet article pousse un coup de gueule contre la théorie décliniste et affirme que "Si cette moquerie est bon enfant (c'est le cas de le dire), il ne faut pas oublier que nous rions d'eux, à défaut de rire avec eux". Bref, que l'on ne rit pas des perles, mais des jeunes.

Il va jusqu'à tendre un parallèle flippant entre grosse poilade générale sur le dos des bacheliers et aigreurs réactionnaires de partisans du déclin de notre douce France : "Ce fond de pensée fait du péril jeune un enjeu politique dans lequel s'engouffrent les pires réactionnaires". 

(Capture d'écran du site lesperlesdubac.com)

(Capture d'écran du site lesperlesdubac.com)

Peu importe que certains crient au loup, c'est déjà gagné pour le site perlesdubac.com. Il n'y a qu'à regarder les très nombreuses retombées presse de l'année 2013 ou les articles de nos confrères tombant au compte-goutte pour s'en convaincre.

Or, deux problèmes subsistent : d'une, le ressort comique des perles du bac tient dans le fait qu'un élève ait vraiment écrit une telle énormité lors de l'examen. C'est dans l'authenticité de la bêtise du bachelier que tient le gag. À partir du moment où elles sont montées de toutes pièces, ça perd un peu de sa saveur, non ?

De deux, les médias, du Parisien au Nouvel Observateur, ne remettent jamais en doute l'authencité de ces fameuses "Perles du bac". Ce faisant, il n'améliore pas l'image que l'on peut avoir des lycéens. Dans chaque article, rien n'est dit à propos de la provenance des écrits et la manière dont ils ont été récoltés par le site Perles du Bac.

Faux en série

Les faux, rumeurs et exagérations sont monnaie courante en période d'examen. Fantasme de réponses sibyllines au bac récompensées par des notes mirobolantes, fausses fuites de sujets, mais aussi simples falsifications se multiplient avec les réseaux sociaux, dont chacun sait aujourd'hui s'emparer.

Ce matin même, lors de l'épreuve de français du Brevet des Collèges, un Tweet donnait à voir le prétendu sujet : l'étude des paroles de la chanson "Bella" du rappeur pour cours de récré Maître Gims. À l'heure de la rédaction de cet article, l'intox a été retweetée plus de 1100 fois et un article à ce sujet a fait les affaires de Melty, un site "prisé par les adolescents" comme le constate Le Monde.

Au final, il s'agit évidemment d'un faux : les élèves des classes de troisième n'avaient pas à plancher sur les paroles d'une chanson du rappeur issu de Sexion d'Assaut, mais à la lecture des véritables sujets, hébergés par LeMonde.fr (série générale, série professionnelle), pas trace de l'inoubliable rimeur. Désolé.

Article mise à jour 27 juin 10:45

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.