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Sans complexe, la Norvège étend l'exploitation de ses réserves d'hydrocarbures en Arctique

La Norvège, ce pays si green et si parfait, ne serait-elle pas en train d’essayer de nous la faire à l’envers ?

MOSCOW, RUSSIA - SEPTEMBER 14: General view of the Arctic oil rig 'Prirazlomnaya' in the Barents Sea owned by energy giant Gazprom on September 14, 2014 near Naryan Mar, Russia. (Photo by Dmitry Korotayev/Kommersant Photo via Getty Images)

La plateforme offshore Prirazlomnaya de la compagnie russe Gazprom, en mer de Barents, septembre 2014, 2014. (© Dmitry Korotayev/Kommersant Photo via Getty Images)

Il y a des pays qui ne s’embarrassent pas de contradictions. D’un côté, la Norvège fait la course en tête des pays les plus écolos du monde avec l’interdiction progressive des voitures à essence, l’objectif zéro déforestation ou l’adoption de la neutralité carbone d’ici 2030. D’un autre côté, elle reste l’une des rares nations à pratiquer encore la chasse à la baleine malgré un moratoire international. Par ailleurs, comme le soulignent Les Échos, la Norvège a récemment offert aux compagnies pétrolières d’explorer un nombre record de ses réserves de pétrole et de gaz situées dans l’Arctique. Et ce alors que les ONG s’échinent à en faire une zone préservée de l’exploitation des hydrocarbures.

Le détail du programme d’octroi des licences d’exploration a été dévoilé par Oslo mercredi 21 juin aux compagnies pétrolières, malgré l’inquiétude de sa propre administration et des ONG dont Greenpeace. En effet, le ministère norvégien du Pétrole et de l’Énergie a proposé l’exploration de 102 blocs (zones contenant des hydrocarbures), 93 en mer de Barents et neuf en mer de Norvège, en dépit des appels de l’Agence de l’environnement norvégienne, rapporte Business Insider, citant l’agence Reuters.

Cette proposition signe un nouveau record pour la Norvège dont la précédente offre s’élevait à 72 blocs.L’appel à candidatures est ouvert jusqu’au 30 novembre et l’obtention de licences sera annoncée au premier semestre 2018.

Une contradiction avec l’accord de Paris sur le climat

Dans un communiqué diffusé par l’AFP et relayé par Le Figaro, le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Søviknes, justifie cette décision par le fait que "l’ouverture de nouvelles étendues à l’exploration soutient l’activité de long terme, la création de valeur et l’emploi dans l’industrie pétrolière à travers tout le pays".

De son côté, la Direction des hydrocarbures norvégienne, chargée de réguler l’industrie ; se frotte les mains : "Il est important de faciliter l’exploration de la superficie de cette zone […] Il y a un intérêt fort qui montre que 2017 est en train de devenir une année record dans l’exploration de la mer de Barents."

Pour les ONG en revanche, il s’agit plutôt de nier en bloc l’implication de la Norvège dans l’accord de Paris sur le climat. "C’est une attaque envers l’environnement [et] une confirmation que le gouvernement norvégien ne prend pas ses engagements de Paris au sérieux", s’est agacé Truls Gulowsen, le directeur de Greenpeace Norvège. Et d’ajouter : "Les blocs offerts sont pour la plupart extrêmement loin au nord, dans des zones très fragiles […] mais aussi très chères à exploiter. C’est donc à tous les égards du pétrole qui devrait rester sous terre."

Pour rappel, les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés à limiter la hausse des températures à la surface du globe à +2 degrés d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Sur cette base, les défenseurs de l’environnement ont déjà intenté un procès à l’État norvégien pour protester contre l’ouverture l’an dernier d’autres zones de la région à la prospection pétrolière. Celui-ci doit s’ouvrir le 14 novembre prochain.

Une décision populiste ?

Pays incontournable sur le marché des hydrocarbures (14e pays producteur de pétrole au monde, et à la 6e place pour le gaz), la Norvège voit sa production d’hydrocarbures péricliter depuis le début du siècle. Pourtant, la coalition actuelle réunissant le Parti conservateur et le Parti du progrès (populistes de droite) tient à montrer qu’elle croit encore en l’avenir de ce secteur. Il s’agirait donc – à moins de trois mois des élections législatives –, de faire miroiter une relance de cette industrie fortement touchée par le chômage afin de remonter dans les sondages. Et peu importe si ces zones ont été épargnées jusqu’à présent par les gouvernements précédents.

Parallèlement, le pays était jusqu’à cette année le principal bailleur de fonds des programmes de protection de la forêt amazonienne, avec des dons à hauteur de 1,1 milliard de dollars. Forer l’Arctique mais contribuer à sauver l’Amazonie, ce serait donc ça la fameuse "neutralité carbone" prôné par le gouvernement norvégien en 2017…