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Selon un rapport inquiétant, l’Internet français est de moins en moins libre

Le rapport 2017 de l’association Freedom House sur la liberté du numérique voit à nouveau la France chuter, pour la quatrième fois de suite.

Image tirée de la série Mr. Robot. (© AMC)

Petit à petit, la France descend dans le classement des pays où l’usage d’Internet est le plus libre. Oh, pas grand-chose, rassurez-vous, quelques petites places par-ci par-là, un nouvel indicateur un peu bougon, une ou deux lois de surveillance numériques votées au milieu d’un grand package sécuritaire, rien d’alarmant. Rassurons-nous : en 2017, la France reste quand même l’un des pays où les individus sont le plus libres de se balader dans les recoins les plus inavouables du Web, poster leur avis sur tout et n’importe quoi sans redouter de voir dans l’heure sa porte défoncée au bélier par une équipe du GIGN, ou devoir utiliser massivement des VPN pour accéder à leurs plateformes de contenus. Tout va donc (relativement) bien. Sauf que…

Sauf que cette année encore, l’association américaine des libertés numériques Freedom House a publié son rapport sur l’état de l’Internet mondial et que cette année encore, la note de la France a baissé (à l’image de la tendance mondiale, par ailleurs). Sur le baromètre de 100 points établi par l’ONG, où 100 est la plus mauvaise note et 0 signifie la liberté totale, l’Hexagone obtient la note de 26.

Une note honorable, qui ne suffit néanmoins pas à masquer une tendance : en 2013 et 2014 – un monde déjà lointain où les attentats du Bataclan et de Paris n’existaient pas dans la mémoire collective –, cette note était de 20 ; en 2015, après la proclamation de l’état d’urgence, la note descendit à 24, avant de perdre un nouveau point en 2016 et 2017. Un historique qui dessine une nette évolution : oui, la liberté des usages numériques se réduit bien dans notre pays, année après année, loi sécuritaire après loi sécuritaire.

Liberté (surveillée), égalité, fraternité

Une observation d’autant plus inquiétante lorsque l’on regarde le détail de cette note globale, fournie par Freedom House : pour parvenir à cette estimation, l’ONG se base sur trois critères : les obstacles à l’accès à Internet, les restrictions sur les contenus et les violations des libertés individuelles. La France obtient sa moins bonne note, 15 sur 40, sur ce dernier critère.

Lorsque l’on reprend l’historique des évaluations de notre pays, on remarque également que ce sont les deux derniers indicateurs qui ont évolué le plus négativement, les obstacles à l’accès à Internet restant sensiblement marginaux. Un bilan malheureusement limpide du quinquennat Hollande, puisque le rapport 2017 de Freedom House couvre la période du 1er juin 2016 au 31 mai dernier – le mandat Macron ayant débuté le 14 mai, Freedom House ne l’a pas inclus dans ses conclusions.

Mais rassurons-nous, au vu des politiques menées tambour battant par le gouvernement actuel, avec en tête de gondole l’inénarrable loi "renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme" adoptée le 3 octobre (la douzième loi sécuritaire en quinze ans, rappelons-le) pour inscrire les mesures de l’état d’urgence dans le droit commun grâce à un simple tour de passe-passe sémantique, la note de la France devrait tranquillement continuer à dégringoler sous la présidence d’Emmanuel Macron.

Heureuse coïncidence : Numerama rapportait le 14 novembre, au lendemain de la publication du rapport de Freedom House, que la première des "boîtes noires", ces algorithmes installés chez les fournisseurs d’accès à Internet pour identifier de futurs terroristes à partir des données de connexion (en surveillant tout le monde à la fois), était active depuis un mois, selon les dispositions contestées de la loi Renseignement de juillet 2015. Avec ce genre d’initiative, la liberté (surveillée) des Français se porte bien.

Science, tech, culture numérique et galéjades. Internet est mon église.