En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Leak

Leak, la messagerie qui permet de flirter anonymement

À mi-chemin entre Secret et WikiLeaks, le service de messagerie anonyme Leak fait actuellement pas mal parler. On a posé quelques questions à son créateur, Laurent Desserrey.

(Capture d'écran du site JustLeak.it)

Frank Underwood est partout (Capture d'écran du site JustLeak.it)

Un gif de Frank Underwood en train d'écrire sur son ordinateur, ses lunettes noires sur le nez. C'est le premier élément qui attire l'oeil lorsqu'on débarque sur le site de Leak – actuellement en maintenance, victime de son succès. Ce service de messagerie n'est pas comme les autres : il permet d'envoyer des messages anonymement à l'aide de cinq possibilités.

"Collègue", "Famille", "Amie" ou "Ami(e) d'ami(e)" ou, surtout, "Quelqu'un" vous sont proposés. Autant de destinataires qui pourront recevoir un message sans savoir qui se cache derrière l'expéditeur. Pour le moment, aucune possibilité de mettre des pièces jointes : seuls les mots ont le pouvoir.

À la rédaction, on s'envoie des messages anonymes bizarres

À la rédaction, on s'envoie des messages anonymes bizarres

La plateforme, qui a bénéficié d'une certaine attention dans les médias américains, de Vice à TechCrunch, a été conçue et réalisée par deux Français, Laurent Desserrey et Sébastien Thiriet, qui se définissent comme des "entrepreneurs" ayant déjà créé "plusieurs applications". Le premier lance la communication et le côté marketing, le deuxième fait dans le code et le développement.

"Dating, private jokes, confidences et révélations"

Dans un post sur le site Medium, Laurent raconte la genèse de son projet. À coups de captures d'écran de mail, d'une page Google Analytics et même de la devanture d'un café, il témoigne, comme s'il se trouvait dans un film, comment Leak a été conçu, fignolé en un week-end et lancé comme une messagerie à mi-chemin entre Secret et WikiLeaks.

Contacté par Konbini, Laurent explique l'utilité première de Leak :

On a lancé le site comme un ovni, sans vraiment savoir où ça allait. Cependant, on savait qu'on avait quelque chose avec beaucoup de potentiel entre les mains. Tout ce dont nous étions sûrs était que nous voulions que Leak soit utilisé de manière positive #anonymityforgood.

Et de préciser :

Il est vrai que des personnes peuvent envoyer des "leaks" négatifs, mais ce n'est pour cela qu'on l'a créé. C'est un outil qui permet de dire ce que l'on n'ose pas dire à quelqu'un. Un nombre important de nos utilisateurs utilisent effectivement Leak pour avouer un "crush".

Effectivement, au regard des premières captures d'écran de mails qui ont été mises en avant par Leak, on a droit à un assortiment, comme le précise Laurent, entre "dating, private jokes, confidences et révélations". Un article parle même de Leak comme d'un service de messagerie qui peut "ruiner des vies".

3033705-inline-i-1-i-lied-to-you-a-few-days-ago-the-leak-app-and-anonymous-honesty

"Je passe beaucoup de temps avec toi parce que tu connais du monde", "Être avec toi, c'est comme boire pour la première du Coca Cola" - des messages anonymes envoyés via JustLeak.it (Crédit Image : Leak)

Rapidement, le succès est au rendez-vous. Le site se retrouve sur les réseaux sociaux et voit son concept être analysé par des publications comme Business Insider ou The Huffington Post. La médiatisation accrue l'utilisation de Leak : au compteur, dix messages anonymes sont envoyés chaque seconde, majoritairement d'Amérique du Nord (les États-Unis occupent la moitié des échanges), avec New York en tête des villes séduites par ce système.

C'est vraiment anonyme ?

Passé le joli storytelling, une question, posée par une internaute et draguée parmi les méandres de Yahoo! Answers, résonne dans notre tête : est-ce vraiment anonyme ? À cette interrogation, petite mise au point : il faut faire la différence entre anonymat et secret ("privacy" en anglais).

Lorsqu'on demande si les données des expéditeurs comme les e-mails des destinataires sont conservés, Laurent Desserrey ne nous surprend pas : en utilisant Leak, on est anonyme face à celui à qui est adressé le message, mais pas à l'intermédiaire :

Nous conservons les IPs pour des raisons légales. L'e-mail de l'expéditeur ne peut être utilisé que pour confirmer le rapprochement entre un leak à une adresse IP en cas de demande de la justice ou de la police. Il n'y a aucune utilisation marketing des e-mails des expéditeurs.

Et Laurent de préciser :

Nous ne sommes pas des "partners in crime". Si les autorités légales réclament une IP en raison d'un usage illégal de Leak , nous serons évidemment enclin à leur communiquer. Si vous souhaitez utiliser Leak à usage illégal, nous ne vous couvrirons pas et nous soutiendrons toujours les éventuelles victimes. Et cela va pour le bien de notre communauté.

L'anonymat, valeur refuge d'Internet ?

Pour le créateur de Leak, "l'anonymat fait partie de l'ADN d'Internet. On a tous commencé à utiliser Internet de cette façon. L'arrivée de Facebook a modifié la tendance, mais tout le monde ressent toujours le besoin de s'exprimer anonymement, ce qui est impossible sur les réseaux existants".

Cet anonymat, qui permet aujourd'hui à Leak de relayer des messages dits "honnêtes", le Français compte bien continuer à s'en servir :

Nous sommes déjà en train d'écrire le prochain épisode de Leak. Cela ne s'oriente pas vers une approche à la WikiLeaks, mais d'avantage vers une utilisation ludique de l'e-mail anonyme. Cependant, certains journalistes utilisent déjà Leak pour obtenir des infos de leurs sources.

À l'heure où les réseaux sociaux ont pris le pas sur la notion de vie privée – même si Mark Zuckerberg semble avoir compris la leçon – et où Snowden a révélé les agissements d'une agence comme la NSA, Leak semble être le symptôme d'une nostalgie : revenir à ces bons vieux chats qui permettaient de se cacher derrière des pseudos foutrement moches. En 2014, pour être heureux, envoyons des messages cachés.

-> À lire : Facebook lance “Ask”, un bouton pour flirter

Journaliste culture depuis 1956. Musique, cinéma et un peu de photographie.