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L’argent, les chatbots et les Français : rencontre avec le big boss de Messenger

Le cash va-t-il mourir ? Faut-il mettre son portable en mode avion la nuit ? Qui sont vraiment les chatbots ? On ne va rien spoiler, il faut lire l’interview.

Qui êtes-vous ?

David Marcus, 44 ans, Français installé aux États-Unis. Je suis responsable de l’appli Messenger et vice-président de Facebook. J’ai un passé d’entrepreneur. J’ai commencé tôt en lançant ma première boîte à 23 ans, il y en a eu trois en tout.

La dernière, Zong, qui proposait des solutions de paiement mobile, m’a amené dans la Silicon Valley avant d’être rachetée par Paypal en 2011. Ensuite, de 2012 à 2014, j’ai dirigé Paypal.

Puis Mark Zuckerberg est venu me chercher pour développer Messenger à ses côtés. En trois ans, on a rajouté un milliard de nouveaux utilisateurs et créé plein de nouveaux services.

Est-ce que Mark Zuckerberg vous traite bien ?

Il me traite très bien et on s’entend très bien. C’est génial de bosser avec lui. On se voit souvent en réunion et on se parle beaucoup… via Messenger.

Vous êtes à Paris pour nous annoncer deux nouvelles ?

La grosse nouvelle, c’est le paiement ultra-simple, rapide et sécurisé entre amis sur Messenger. Il ne faudra que la carte bancaire, pas besoin de RIB ou d’une appli tierce. Étant donné le nombre de personnes qui utilisent Messenger en France, ça me paraît presque révolutionnaire pour le marché.

(© Messenger/Facebook)

L’autre nouvelle, c’est "M" : un service de suggestions qui permet de recommander, par exemple, des stickers, des gifs animés ou de l’envoi d’argent. Le tout pour anticiper les besoins des utilisateurs.

En l’appelant "M", vous vouliez faire un clin d’œil à James Bond ?

Heu non, pas vraiment… On aurait pu… mais non.

Revenons à l’argent. Vous offrez maintenant la possibilité d’envoyer de l’argent via une appli. À terme, vous pensez que le cash va disparaître ?

À long terme, ce sera le cas, mais ça prendra un peu de temps avant que les espèces ne disparaissent. Les espèces sont encore très utiles. Et il y a ce truc de dingue : en France, plus de la moitié des échanges d’argent de personne à personne se font encore en chèque ! C’est un truc de fou car il faut aller à la banque pour être payé. Si l’on propose un paiement dix fois plus simple, les gens changeront leurs habitudes.

Un pronostic quand même sur la mort du cash ?

Ça va mettre un certain temps. On en a encore pour plusieurs dizaines d’années, mais ça arrivera.

On pourra payer un jour en bitcoins sur Messenger ?

Pour moi, le bitcoin n’est pas encore une monnaie très "efficace" car elle connaît beaucoup de fluctuations. Vous ne voulez jamais être la personne qui a acheté la pizza 50 000 euros quatre ans plus tard. Je vois plus les cryptomonnaies comme un produit de placement, comme avec l’or, sauf que là, c’est de l’or numérique.

Vous possédez des bitcoins ?

Depuis longtemps. J’ai commencé à m’y intéresser assez tôt, en 2012 [ndlr : le bitcoin existe depuis 2009].

Avez-vous des enfants ?

Trois : ils ont 17, 14 et 8 ans.

Ils ont le droit d’utiliser Facebook et Messenger ?

Les deux premiers, oui. Ils sont aussi sur Instagram. Celle de 8 ans a un compte Messenger sans compte Facebook.

Ah bon, c’est possible ?

Oui, pour utiliser Messenger, il suffit juste d’un numéro de téléphone. Facebook est de toute façon interdit aux moins de 13 ans.

Vous imposez à vos enfants une limitation de temps ?

On essaie d’imposer gentiment une limitation de temps en appliquant quelques règles mais c’est toujours un peu compliqué… Mais bon, ils sont super raisonnables, je trouve qu’ils n’en font pas une utilisation excessive.

On est quand même d’accord pour dire qu’il faut mettre son portable en mode avion le soir ?

Oui, de préférence. Il faut savoir couper, il faut des moments de calme. Et c’est tout aussi bien de garder le portable dans la poche pendant les repas.

Je vous pose ces questions parce qu’on entend de plus en plus parler de l'"économie de l’attention" où les fabricants essaient de gagner notre temps d’attention disponible avec des fonctionnalités qui nous poussent à rester ou à revenir sur les applis. Le terme d’addiction revient souvent…

Je ne partage pas ce point de vue sur Messenger. Les utilisateurs ont un contrôle absolu sur les notifications qu’ils souhaitent recevoir pour chacune des conversations en quelques clics. On réfléchit beaucoup à ces problématiques et nous continuerons à le faire dans le futur.

On peut imaginer qu’un jour Facebook fasse de la prévention sur la "surconnexion" ?

Je ne peux m’exprimer que sur Messenger qui est un outil de communication : ça me semble très difficile de dire à nos utilisateurs "vous communiquez trop".

On a parlé de vos enfants… et si on parlait maintenant des Français en général : comment utilisent-ils Messenger ?

Heu… À part dire que les Français utilisent énormément notre appli, je ne vois pas trop… Ah si, vous voulez une anecdote ? Notre petit jeu de basketball lancé l’année dernière a fait un carton inattendu chez les Français. C’est presque devenu un phénomène de société.

Le jeu de basket qui a déchaîné tant de passions.

On a aussi remarqué que les Français adoraient les appels vidéos groupés avec les effets de réalité augmentée.

On entend de plus en plus parler de vos chatbots…

Je n’aime pas trop le terme chatbot qui est plutôt réservé aux développeurs. Je préfère parler d'"expérience". Il y a bien sûr celles qui sont développées par les marques. Air France, SNCF ou Lara de Meetic, par exemple, sont très populaires.

Mais y a tout un tas d’autres expériences qui ont un impact social. En Italie, des développeurs ont fabriqué un alter ego pour les personnes souffrant d’Alzheimer. Cela permet aux malades d’avoir une conversation avec un chatbot qui connaît leurs goûts et leur vie afin d’éviter de poser la question à des proches et leur redonner une certaine indépendance. Il y a aussi une expérience pour les alcooliques anonymes, développée au Brésil ou une autre pour aider les réfugiés syriens à trouver des traducteurs volontaires.

Et donc quand Zuckerberg sera à la Maison-Blanche, est-ce que toutes les démarches administratives seront remplacées par des chatbots - assistants virtuels ?

Je vais décomposer ma réponse en deux parties, si vous le voulez bien.

Zuckerberg et la Maison-Blanche : je n’ai pas grand-chose à vous dire.

Sur l’automatisation des services gouvernementaux, il y a un vrai futur et certaines entreprises travaillent déjà dessus. La Transportation Security Administration, qui gère la sécurité dans les aéroports, a par exemple développé un bot [sic] auquel on peut demander si on a le droit d’embarquer tel objet ou pas en cabine.

Mais ces agents conversationnels ne vont pas piquer tous les boulots des humains ?

Je ne pense pas. Je pense qu’ils vont "augmenter" nos jobs à nous. Les tâches les plus répétitives seront automatisées et les humains auront des boulots avec plus de valeur ajoutée. Dans les services clientèles des grosses marques, on a constaté qu’il n’y avait pas de diminution d’emploi, seulement une augmentation de la qualité. C’est plus agréable pour les clients et pour les gens qui travaillent dans ces métiers-là.

Pour finir, une question sur le futur : est-ce que ça vous botterait qu’on ait tous des puces dans le cerveau pour chatter avec ses amis ?

Je pense d’abord que la grosse innovation dans les dix/quinze prochaines années, ça sera la réalité augmentée, dans des lunettes par exemple. Elle nous permettra de superposer informations réelles et virtuelles.

Quant aux puces, je n’ai pas vraiment peur. Je suis généralement optimiste. La technologie, à condition qu’elle suive le cours de l’histoire passée, améliore le monde.

slash, tech et médias.