Cette année, la mode n’a jamais été aussi engagée

En 2017, l’industrie de la mode a prouvé qu’elle était sensible aux grands problèmes de notre monde.

Si la fashion sphère est régulièrement accusée d’être superficielle, cette année passée vient prouver que l’industrie de la mode peut aussi être engagée. Il faut dire que 2017 fut une année particulièrement marquante – notamment pour les États-Unis, avec des événements comme la Marche des femmes du 21 janvier ou les violentes manifestations de Charlottesville.

Nous avons également assisté aux terrifiantes révélations de l’affaire Harvey Weinstein, qui a poussé des femmes du monde entier à prendre la parole contre les violences sexuelles et le patriarcat, notamment en utilisant les hashtags #metoo et #balancetonporc.

Tous ces événements et mouvements ont poussé les stylistes à donner à leurs créations une teinte plus politique. Parce que oui, la mode répond à l’état actuel du monde. Voici une petite sélection des façons dont le monde de la mode a pu s’engager cette année.

#1 La protestation de l’arrivée de Trump au pouvoir

L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche fut particulièrement clivante aux États-Unis. On a ainsi pu observer de nombreux T-shirts arborant les slogans "Feminist AF" (le 45e président américain étant connu pour son sexisme), des morceaux de musique s’intitulant "F Trump", ou encore de grandes manifestations contre lui.

Pour marquer son opposition au nouveau président, la fashion sphère a décidé de prôner la diversité et de soutenir le Planning familial américain – une organisation particulièrement décriée par les conservateurs soutenant Trump – lors des Fashion Week de New York de janvier dernier.

Alors que certains portaient des bandanas blancs symbolisant "l’inclusivité, la diversité et l’unité", d’autres optaient pour des petits badges distribués par le CFDA (Council of Fashion Designers of America) qui visaient à soutenir le Planning familial. Toujours dans le même esprit, certaines célébrités ont affiché leur soutien à l’ACLU (l’Union américaine pour les libertés civiles, une association luttant contre toutes formes de discrimination) lors des Emmy Awards et de la Fashion Week new-yorkaise de l’été, en arborant un petit ruban bleu.

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#2 Le rejet de la politique xénophobe de Trump

En réponse à la politique migratoire de Trump (qui souhaite restreindre l’accès à son pays) Edward Enninful, le nouveau rédacteur en chef de Vogue UK, a réuni en février 81 personnalités du monde de la mode dans une vidéo intitulée "I am an immigrant", devenue très rapidement virale. Lors de la cérémonie des Oscars de la mode, en juin dernier, les créateurs immigrés ont également été mis à l’honneur.

#3 Des minorités de mieux en mieux représentées

Comme le soulignait dernièrement le magazine Fashionista, les campagnes de mode n’ont jamais autant célébré la diversité. Si on relevait déjà de réels changements sur les podiums avec de plus en plus de mannequins non-blancs, ces progrès ont dépassé le cadre des défilés.

En effet, après avoir décortiqué 187 campagnes de pub, The Fashion Spot rapporte que celles-ci ont fait appel à 30,4 % de femmes de couleur en automne, contre 24,5 % au printemps. Ces progrès concernent également les modèles transgenres. Nonobstant, rappelons que si ces mannequins tendent à être mieux mises en avant, leurs salaires restent globalement inférieurs à ceux de leurs consœurs blanches. Seules les mannequins "plus size" ont moins été représentées qu’auparavant. Cependant, Ashley Graham a intégré pour la première fois le classement des 10 mannequins les mieux payées au monde.

Enfin, on a récemment assisté au lancement du magazine Dyke_on, l’un des premiers magazines de mode destinés aux femmes lesbiennes, qui sont trop peu représentées dans le milieu de la mode.

#4 L’année des gestes spectaculaires

Cette année, la mode nous a également régalés en termes de gestes marquants, que ce soit sur le plan politique ou pour remettre en cause les standards de beauté. On pense notamment à la fois où Reebok a décidé d’offrir une paire de sneakers à tous ceux qui avaient brûlé leurs New Balance afin de boycotter Trump (un dirigeant de la marque avait maladroitement laissé sous-entendre que New Balance soutenait le président américain).

Dans la même veine spectaculaire, on retiendra également un mannequin qui a trollé Dolce & Gabbana en plein défilé parce qu’il n’approuvait pas les valeurs de la marque, Adidas qui a recruté une mannequin qui ne s’épile pas, ou encore Gigi Hadid qui a posé pour le magazine Love avec des poils sous les aisselles. De son côté, Pharrell Williams a souhaité exprimer son engagement féministe lors du lancement de ses sneakers Adidas x Chanel.

#5 Les répercussions de l’affaire Weinstein dans la mode

Même si l’affaire Weinstein ne concernait au départ que le monde du cinéma, la sphère mode est rapidement sortie de son silence sur les problèmes du sexisme et des violences sexuelles. En effet Prabal Gurung a déclaré qu’il regrettait ouvertement son silence, la mannequin Edie Campbell a dénoncé la toxicité de l’industrie de la mode, et la mannequin Cameron Russell a brisé les tabous via son compte Instagram en incitant toutes les victimes de harcèlement sexuel à témoigner.

Ces témoignages semblent avoir été entendus car le photographe Terry Richardson, longtemps accusé de harcèlement sexuel, a enfin été blacklisté par le groupe Condé Nast – qui possède notamment des médias tels que le New Yorker, Vogue, GQ ou Vanity Fair. Enfin, en octobre dernier aux États-Unis, un projet de loi visant à lutter contre le harcèlement sexuel des mannequins a été proposé par une députée de l’État de New York.

#6 LVMH et Kering se sont engagés à ne plus recruter des mannequins trop jeunes et trop maigres

En mai, au Royaume-Uni, une étude révélait que les mannequins féminins exposés en vitrine des boutiques étaient "anormalement maigres". Le problème, c’est que même ces corps inanimés en plastique peuvent créer de graves complexes, en prônant la maigreur. Cela n’arrange pas le fait que les mannequins humains sont souvent très jeunes et très maigres.

Cependant, en septembre dernier, les géants du luxe français LVMH et Kering ont annoncé qu’ils avaient adopté une charte commune inédite interdisant formellement le recrutement de mannequins trop maigres et âgé·e·s de moins de 16 ans. Ladite charte proscrit notamment les tailles inférieures au 34 pour les femmes et au 44 pour les hommes. Les deux groupes ont d’ailleurs mis en place un comité de suivi, afin de s’assurer que ces nouvelles règles soient bien respectées.

(© Campagne "Cruise" de Gucci, 2016)

#7 Une mode plus responsable

En parallèle de l’apparition de boutiques éthiques et véganes comme Centre Commercial et Manifeste011 à Paris, le luxe s’est aussi sensibilisé à la question de la souffrance animale. En effet, tandis que Lolita Lempicka dénonçait dans une vidéo la barbarie infligée aux animaux pour la production du cuir, des marques telles que Gucci et Michael Kors ont annoncé cette année arrêter la production de pièces en fourrure, et ce dès 2018.

(© Gucci)