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L’ONU alerte sur l’inadéquation entre l’agriculture intensive et les enjeux de notre siècle

Les sols se dégradent à vitesse grand V si bien que nous perdons 24 mille millions de tonnes de terres fertiles chaque année, rapporte une nouvelle étude menée par les Nations Unies. L’agriculture intensive en est l’une des principales causes.

(© Will Fuller/Flickr)

"Les pressions exercées sur les ressources terrestres mondiales aujourd’hui sont plus fortes qu’à n’importe quelle autre époque de l’histoire humaine", alerte l’étude "Perspectives territoriales mondiales" menée par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Selon les chiffres du Guardian, nous perdrons ainsi chaque année 24 mille millions de tonnes de terres fertiles. En outre, cela signifie qu’un tiers des sols de la Terre sont désormais peu fertiles ou infertiles.

Une dégradation inquiétante puisque sans une répartition et une gestion équitable et durable des ressources, c’est le maintien de la paix qui est menacé avec, à la clef, une augmentation de la vulnérabilité de millions de personnes, des flux migratoires, l’insécurité et l’exacerbation des inégalités. En cause, une population qui croît rapidement et la hausse des niveaux de consommation avec son corollaire : les cadences infernales imposées aux sols avec l’agriculture intensive, devenue inadaptée aux enjeux de ce siècle, selon l’étude.

Le court-termisme de nos modèles alimentaires n’est plus adapté aux enjeux actuels

Avec nos tendances actuelles de production, d’urbanisation et de dégradation de l’environnement, nous perdons et gaspillons actuellement beaucoup trop de terres, alerte l’étude, notant que "notre système alimentaire s’est focalisé sur la production à court terme et les profits plutôt que sur la durabilité environnementale à long terme". Si elle reconnaît que "le système agricole moderne a permis d’énormes augmentations de productivité, éradiquant le risque de famine dans de nombreuses régions du monde", elle interroge sur la pertinence à poursuivre avec un tel système qui "repose sur des monocultures, des cultures génétiquement modifiées et l’utilisation intensive d’engrais et de pesticides qui nuisent à la durabilité à long terme".

Ainsi, cette production alimentaire représente 70 % de tous les prélèvements d’eau douce et 80 % de la déforestation. Elle avance d’autres chiffres sur l’accélération de cette tendance en notant que de 1998 à 2013, environ 20 % de la superficie végétale de la Terre a montré une tendance persistante à la baisse de productivité, visible dans 20 % des terres cultivées, 16 % des terres forestières, 19 % des prairies et 27 % des pâturages.

À noter que l’agriculture n’est pas le seul facteur impliqué dans la dégradation des sols qui sont aussi victimes de l’urbanisation, de l’extraction des mines et carrières, la production d’énergie ou encore des facteurs indirects notamment économiques ou démographiques. Néanmoins l’agriculture est de loin la plus grande utilisation humaine de la terre puisqu’elle couvre environ 38 % de la surface terrestre, hors pôles, et accapare les ressources en eau.

Aller d’un "âge du pillage" vers un "âge du respect"

"Le monde a atteint un point où nous devons concilier ces différences et repenser la manière dont nous planifions, utilisons et gérons la terre", note l’étude qui encourage à adopter des stratégies d’adaptation et de renforcement de la résilience. Pour les auteurs, un infléchissement de cette tendance est possible mais il nécessite de changer de paradigme et passer de l'"âge du pillage" à "l’âge du respect" qu’ils définissent ainsi :

"Un nouvel âge du respect nécessiterait une transformation de la façon dont nous consommons, produisons, travaillons et vivons ensemble."

Un programme auquel ils apportent plusieurs voies de réponse notamment une approche multifonctionnelle des terres, l’adoption d’alternatives plus résilientes et moins chimiques, un changement de régime alimentaire avec une diminution de la consommation de viande ou encore la lutte contre l’accaparement des terres. L’organisation rappelle que notre système productiviste actuel est de surcroît une aberration économique avec, à l’échelle mondiale, des coûts estimés de la dégradation des terres qui varient entre 18 milliards et 20 milliards de dollars par an.

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