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De l’affaire Weinstein à #BalanceTonPorc, comment la parole des victimes d’agressions sexuelles se libère

Parallèlement aux nouvelles accusations contre Harvey Weinstein, la parole des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles se libère sur les réseaux sociaux.

Depuis le 5 octobre, l’affaire Weinstein prend de plus en plus d’ampleur. La liste des victimes présumées du producteur américain, qui les auraient harcelées ou agressées sexuellement, voire violées, continue de s’allonger. Ce 15 octobre, c’est l’actrice britannique Lysette Anthony qui a ainsi raconté avoir été violée par Weinstein dans les années 1980.

L’actrice Alice Evans aurait été harcelée sexuellement, tout comme l’actrice et réalisatrice Sarah Polley, ou encore Minka Kelly. Vendredi 13 octobre, Marlène Jobert a déclaré au micro d’Europe 1 que sa fille, l’actrice Eva Green, aurait également été victime du puissant producteur.

Mickaël Chemloul, le chauffeur à Cannes de Weinstein pendant six ans, a quant à lui expliqué à L’Obs avoir été témoin de nombreuses exactions. Il se souviendrait par exemple de cette fille qui "adorait" Harvey Weinstein "et avait espéré qu’il l’aiderait dans sa carrière". Le producteur l’aurait "plantée là, après l’avoir consommée". Et il n’aurait "aucun remords" quant à ses agressions présumées selon son frère, Bob Weinstein, qui déclare avoir "divorcé", il y a déjà plusieurs années, de celui dont il qualifie la conduite "d’indéfendable" .

La libération de la parole s’ouvre dans le cinéma

L’ampleur et la gravité des violences sexuelles qu’aurait commises le producteur bouleversent tout Hollywood, et libère la parole des victimes présumées de l’industrie : l’artiste Björk a déclaré sur Facebook avoir été harcelée sexuellement par un "réalisateur danois". Asia Argento, qui avait annoncé avoir été violée par Weinstein, a déclaré sur Twitter qu’à l’âge de 26 ans, "un grand réalisateur d’Hollywood" l’avait droguée en lui administrant du GHB, puis violée quand elle était inconsciente.

Des Françaises ont également fait le lien entre les agressions sexuelles de Weinstein et celles d’hommes de pouvoir du cinéma français. Florence Darcel, qui avait raconté être une victime de Weinstein, a également déclaré avoir été harcelée sexuellement par des producteurs français. Pour Isabelle Adjani, qui s’est exprimée dans une tribune dans le JDD, au-delà d’Harvey Weinstein, il faut en finir avec l’impunité des harceleurs sexuels dans le domaine du cinéma français, comme dans tous les autres :

"En France, c’est autrement sournois. […] Mais ce n’est pas un jeu, et il est grand temps de rappeler que, dans libertinage, il y a liberté et que quand une femme dit non, elle dit non, que son corps lui appartient et qu’elle seule est libre d’en disposer.

[…] Laissons savoir à ces messieurs les harceleurs que les actrices, tout comme les ouvrières, les agricultrices ou les ingénieures, les commerciales ou les institutrices, les mamans ou les putains, sont toutes libres de baiser, libres d’avorter. Et libres de parler !"

C’est chose faite avec le hashtag #BalanceTonPorc, qui s’attache à dénoncer le harcèlement sexuel au travail, dans tous les domaines.

Le harcèlement sexuel se produit dans tous les domaines d’activité

L’écrivaine canadienne Anne T. Donahue avait déjà lancé une première initiative avec le hashtag #MyHarveyWeinstein, le 5 octobre, comme le rapporte Le Monde. Mais ce n’est que ce 13 octobre que la mobilisation a vraiment démarré. Elle a été lancée par Sandra Muller, journaliste à La Lettre de l’audiovisuel, qui a proposé aux internautes de raconter le(s) harcèlement(s) sexuel(s) dont elles avaient été victimes au travail, à travers le hashtag #BalanceTonPorc. Elle a immédiatement commencé, en nommant son harceleur.


Depuis, des milliers de tweets ont été publiés avec ce hashtag, pour raconter des harcèlements sexuels, voire agressions sexuelles, commises par des hommes en position de supériorité dans tous les domaines d’activité. Celui qui revient peut-être le plus est, a priori, le journalisme : Sandra Muller et Raphaëlle de Metz accusent par exemple toutes les deux Éric Brion, ancien PDG d’Équidia, de harcèlement sexuel.

Méryl Pinque, autrice, accuse le chroniqueur Éric Brunet de lui avoir fait "des propositions indécentes" en 2006. Pour Giulia Foïs, le harcèlement sexuel serait venu d’un rédacteur en chef d’une grande radio.

L’intermittente Sophie Tissier cite quant à elle Nagui, qui lui aurait dit lors d’une préparation de tournage "mmm tu as du caractère ça va se finir sur l’oreille". Elle dénonce d’autres harceleurs, dont elle aurait été victime dans les coulisses d’émissions de télévision.

La politique n’est pas en reste : Jean Lassalle et Jean-Louis Borloo ont été respectivement dénoncés par Julia Castanier et Fanny Lesbros. Le premier aurait commis une agression sexuelle, "une main aux fesses", sur l’ancienne attachée parlementaire, et le second serait coupable de harcèlement sexuel : il aurait lancé "Vous êtes beaucoup trop jolie mademoiselle pour me poser ce genre de question" à la journaliste.

La journaliste Aude Rossigneux a évoqué des appels reçus en pleine nuit par un "député RPR (devenu ensuite ministre de Sarko)", qui lui aurait fait des propositions salaces. Le milieu de l’édition est également pointé du doigt, avec par exemple ce "chef de secteur de chez Hachette" qui aurait agressé sexuellement une ancienne employée, alors âgée de 20 ans.

La multiplication des témoignages de victimes présumées est telle qu’il est difficile d’énumérer tous les milieux mentionnés, entre la mode, l’économie, l’éducation, le médical ou encore le droit. Pour cause : entre le 13 et le 16 octobre, 16 000 témoignages de harcèlements et d’agressions sexuels ont été publiés sur Twitter sous le hashtag, comme le Huffington Post le rapporte.

Les violences sexistes et sexuelles : un problème systémique global

À tous ceux et toutes celles qui rétorquent simplement aux victimes présumées de porter ces harcèlements et agressions sexuels devant la justice, Sandra Muller répond que "95 % des femmes qui dénoncent des violences perdent leur emploi" et que "la peur doit changer de camp".

Ces dénonciations permettent de montrer la dimension systémique et sociétale de ces fléaux. Le hashtag #MeToo, en proposant aux femmes de signaler d’un tweet disant "moi aussi" qu’elles ont été victimes de violences sexuelles, permet d’en montrer toute l’ampleur.

C’est l’actrice Alyssa Milano qui a lancé le mouvement ce 15 octobre, sur la suggestion d’un·e ami·e. L’idée est, plus précisément, que toutes les femmes ayant été harcelées ou agressées sexuellement publient un "moi aussi" sur Twitter afin de donner aux gens "une idée de l’ampleur du problème".

Comme L’Express le rapporte, le hashtag a été en tête des "trending topics" du réseau social ce dimanche, et le tweet originel comptabilise plus de 38 000 réponses ce lundi. Des personnalités comme Anna Paquin y ont participé, et de nombreuses femmes racontent les incestes, la pédophilie ou encore les viols conjugaux dont elles ont été victimes. Une façon sans appel de montrer comment les violences sexuelles et sexistes rongent la vie privée, familiale et professionnelle des femmes.

"#MoiAussi – par un dermatologue, plusieurs amis de mon père, et l’un de mes premiers patrons. Ça fait bien de dénoncer."

À la lecture des occurrences du hashtag, auquel de nombreuses Françaises participent, un constat s’impose, qui rejoint celui fait par de nombreuses internautes pour #BalanceTonPorc.

La semaine dernière, l’actrice britannique Emma Thompson déclarait précisément sur la chaîne BBC 2 comment Weinstein se situait "au sommet d’un système basé sur le harcèlement, la brutalité, la dépréciation et l’ingérence", système qui "fait partie de notre monde, le monde des femmes, depuis des temps immémoriaux".

Et contre les agressions sexuelles, "parler est le meilleur médicament", comme l’a expliqué Sandrine Rousseau, agressée sexuellement par le député Denis Baupin. C’est donc ce que des milliers de femmes font sur Twitter, faisant changer la honte de camp et peser la culpabilité sur les bonnes personnes. Prochaine étape : que tous les hommes écoutent… et respectent, enfin.