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Konbini Book Club : 5 livres à dévorer si tu écoutes le dernier Orelsan en boucle

Dès l’annonce fracassante de son retour, avec la publication du clip Basique, on sentait qu’Orelsan préparait un gros coup. Avec la sortie de son nouvel album, La Fête est finie, on en est maintenant sûr. Pour ceux qui l’écoutent en boucle, le Konbini Book Club a décidé de prolonger le plaisir et vous propose cinq livres à dévorer d’urgence au son des tubes du rappeur du Caen.

Si tu kiffes la chanson "Bonne Meuf"

Contexte de la chanson : On se souvient tous des débuts houleux d’Orelsan au mic. Avec des chansons comme Sale Pute et St Valentin, il crée d’entrée la polémique. Ses textes provocants et misogynes suscitent l’indignation des collectifs féministes au premier rang desquels Ni putes ni soumises, et certaines phrases bien trash comme "Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner" ou "J’te quitterai dès qu’j’trouve une chienne avec un meilleur pedigree" lui valent une action en justice pour incitation à la violence envers les femmes avant d’être relaxé en appel en 2016.

Alors bien sûr, on le soupçonne d’avoir joué la carte de la provocation pour faire le buzz, mais quoi qu’il en soit, Orelsan semble aujourd’hui avoir bien changé. Son mea culpa, il l’a déjà fait à sa manière, toujours avec cynisme et une bonne dose de provocation. Cette chanson en est une nouvelle preuve puisqu’il prend le parti risqué de l’autodérision trash pour clamer ses erreurs du passé et attaquer une société qui érige en valeur ultime "la bonne meuf".

"J’avais pas l’niveau pour les bonnes meufs
J’ai jamais su plaire aux bonnes meufs
Alors j’détestais les bonnes meufs
J’ai même insulté les bonnes meufs
Dans des chansons sur les bonnes meufs
Qui m’ont rendu connu comme plein d’bonnes meufs"

Tu liras : Vernon Subutex et tout Virginie Despentes

Avant même de s’improviser féministe sur le tard, Orelsan faisait du Despentes. Chez les deux artistes, il y a cette habileté rare à mélanger poésie et trash. Les mots crus servent à dépeindre avec cynisme un monde qui marche sur la tête. Marginalisation de la jeunesse, clivages sociaux toujours plus profonds, libération des mœurs, obsession de la pornographie, exploration des limites de l’obscénité : leurs œuvres ont tellement en commun !

La similitude est encore plus frappante dans le vocabulaire des auteurs. Baise-moi, Les Chiennes savantes, King Kong théorie, les titres des livres de Virginie Despentes pourraient figurer sur le dernier album d’Orelsan. Un exemple parfait, la dernière œuvre en date de la romancière, la trilogie Vernon Subutex. L’histoire d’un ancien disquaire parisien expulsé de chez lui à la suite de la faillite de sa boutique et qui va chercher parmi ses anciens amis des bonnes âmes prêtes à l’héberger temporairement… Avec lui en fil rouge, de canapé de pote en canapé de pote, Despentes entame une fresque bouleversante sur l’état de notre société. Deux mecs sur un canapé qui refont le monde, ça ne vous dit rien ?

Vernon Subutex de Virginie Despentes, trois tomes aux éditions Grasset, 19,90 euros le volume.

© Éditions Grasset

Si tu kiffes la chanson "Défaite de famille"

Contexte de la chanson : "Défaite de famille", c’est de loin la chanson la plus drôle du nouvel album. Orelsan s’est trouvé un nouveau terrain de jeu fertile où laisser exploser son imagination. Un peu à la manière d’un comique de stand-up, il se lance avec une cruauté parfaite dans la description d’une réunion de famille grotesque. Tout le monde en prend pour son grade et il tombe à chaque fois juste (pas de mensonges entre nous, vous y reconnaîtrez forcément au moins l’un des membres de votre propre famille). Une vraie critique du mirage de l’institution familiale et une galerie de personnages bien barrés. Ça doit être sympa les fêtes de fin d’année du côté de Caen.

"Pardon, mais j’ai passé l’après-midi à gonfler des ballons
Dans une ambiance d’installation militaire imposée par le daron
Pendant qu’mon beau-frère récitait des clichés politiques avec passion
Me regardait porter des cartons
En tripotant ma frangine toutes les trois secondes
Y a pile le nombre de gobelets par personne
Faut écrire vos noms
Parce que tata est l’genre de crevarde qui lave les assiettes en carton"

Tu liras : Mon combat, de Karl Ove Knausgaard

S’il y a un écrivain qu’on érige aujourd’hui comme le peintre cruel de l’institution familiale, c’est bien Karl Ove Knaussgaard. En littérature, c’est lui le boss de la provocation, du cynisme et de l’autodérision. Son œuvre : une autobiographie monstrueuse de 3 000 pages intitulé Mon combat (oui, oui, comme Hitler, je vous avais prévenu, le mec va très loin) dans laquelle il décrit jour après jour les moindres détails de sa vie intime et de ses proches sans aucun filtre. Tout le monde est cité, tout le monde est percé à jour, personne n’est épargné.

Un premier tome sur l’alcoolisme et la mort sordide de son père qui le coupe de sa propre famille, un second tome dans lequel son ex-femme découvre en même temps que le lecteur ses infidélités : rien n’arrête celui qu’on surnomme "le Proust norvégien" et qui a en plus contre lui le fait d’être un immense beau gosse à qui tout réussit. Bref, un ovni littéraire, un chef-d’œuvre inexplicable du quotidien qui vous emmène toujours plus loin dans l’intime pour le peindre sans la moindre concession. À côté de ça, croyez-moi, Orelsan est un petit joueur.

Mon combat, de Karl Ove Knausgaard, quatre tomes aux éditions Denoël, 26,90 euros le volume.

© Éditions Denoël

Si tu kiffes la chanson "San"

Contexte de la chanson : C’est la chanson qui ouvre l’album mais c’est surtout celle qui exprime le mieux le profond changement dans l’état d’esprit d’Orelsan. La Fête est finie apparaît comme un examen de conscience et la chanson San est la confession poignante d’un homme qui ne veut pas vieillir mais qui se rend compte de l’évolution de sa vie et de ses erreurs passées. Un spleen étonnant qui révèle l’une des facettes les plus riches du rappeur. Ajoutez à tout cela un sens de l’autodérision bluffant et une maîtrise hors pair du sarcasme et vous comprenez l’attachement du public à cet ovni musical.

"Je suis dans le premier Mario
À chaque fois je crois que j’ai fini le jeu
Ça repart à zéro
En plus rapide, en plus dur
je devais être plus mûr, j’ai dû me tromper de futur
j’aimerais retrouver la magie du début
rien ne fonctionne quand le cœur n’y est plus
ça fait mal à la fierté, j’ai du mal à l’admettre
mais j’ai jamais été aussi perdu "

Tu liras : Tous ces chemins que nous n’avons pas pris, de William Boyd

Dans sa manière de créer des personnages excessifs et des situations toujours plus loufoques pour interroger les trajectoires de nos vies, l’écrivain écossais culte William Boyd partage la même vision de l’écriture qu’Orelsan. Lorsqu’il raconte, dans son nouveau recueil de nouvelles, l’histoire d’un kleptomane qui analyse le cours de sa vie en étudiant les objets qu’il a volés, ou celle d’un séducteur compulsif qui s’impose la chasteté mais ne peut se retenir d’embrasser toutes les femmes qu’il croise, il multiplie les tranches de vie avec un humour kitsch et un côté un peu malicieux. Un clin d’œil au côté sensible et bienveillant d’Orelsan.

Tous ces chemins que nous n’avons pas pris, de William Boyd, éditions du Seuil, 304 pages, 21 euros.

© Éditions du Seuil

Si tu kiffes la chanson "Christophe" (feat. Maître Gims)

Contexte de la chanson : De loin la chanson la plus étrange de l’album, "Christophe" est un délire qui donne la bougeotte. Orelsan et son poto Maître Gims s’éclatent à crier haut et fort leur plaisir d’appartenir à une nouvelle génération qui s’amuse à déstabiliser les habitudes des vieux pantouflards. Un tacle glissé aux réacs racistes mais aussi aux chanteurs de variété, jeunes ou vieux, qui ronronnent avec des tubes niais et sans relief. Une attaque drôle et gratuite qui nous régale dès la première écoute. Une preuve s’il en fallait qu’Orelsan aime vous détruire avec le sourire, un vrai rap de troll.

"J’aurais pu sauver la vieille France, aider la patrie d’mon enfance
Donner aux racistes de l’espoir, mais j’fais d’la musique de Noir"

Tu liras : Les Peaux rouges, d’Emmanuel Brault

"Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j’ai pas fait trente mètres, que paf… une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l’ai fait exprès, que c’est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j’aurais fait mon sourire de faux cul et tout serait rentré dans l’ordre. Mais non, je trouve rien de mieux que de lui cracher : 'fais pas chier sale rougeaude'."

Vous commencez à comprendre le petit jeu d’Emmanuel Brault dans son premier roman. En racontant l’histoire d’Amédée Gourt, un raciste déclaré que la société entreprend de rééduquer, il dresse le portrait loufoque d’un véritable antihéros. Son objectif, apporter un nouveau souffle au traitement d’un sujet vu et revu dans les romans actuels. Il partage avec Orelsan ce tempérament d’une jeunesse qui compte bien tout se permettre pour perturber l’immobilisme de nos sociétés. Provocation et humour trash pour divertir et dépoussiérer : Orelsan, Emmanuel Brault, on n’a pas le même maillot mais on a la même passion.

Les Peaux rouges, d’Emmanuel Brault, éditions Grasset, 198 pages, 17,50 euros.

© Éditions Grasset

Si tu kiffes la chanson "La Pluie" (feat. Stromae)

Contexte de la chanson : "La Pluie" est musicalement parlant l’une des chansons les plus abouties de l’album, peut-être en partie parce qu’elle bénéficie de la voix envoûtante de Stromae. Mais c’est aussi parce que le message d’Orelsan frappe fort. Il s’attaque de front, avec l’humour noir qu’on lui connaît, au déterminisme social qui existe entre la campagne et la ville, entre la banlieue et les quartiers chics, entre Paris et la province. Se moquer des clichés pour mieux les dénoncer et ébranler les certitudes des différentes classes sociales, on est dans du Orelsan pur jus et on se régale.

"J’viens d’la France où on danse la chenille
Où on prend plus de caisses que des crash tests dummies
J’ai des potes diplômés, d’autres qu’ont pas lu deux livres
Qui sont sûrement sur un muret, dans les rues du centre-ville
Mon père a gravi l’échelle pour devenir c’qu’il voulait être
Ma mère est la ménagère à qui les publicitaires veulent la mettre"

Tu liras : Demain c’est loin, de Jacky Schwartzmann

Bon, OK, on a aussi choisi ce livre parce que le titre est évocateur et le raccourci vite fait avec le film réalisé par Orelsan, Comment c’est loin, sorti en décembre 2015. Mais on a surtout été bluffé par l’écriture du polar de Jacky Schwartzman qui mêle sans temps mort violence crue et humour noir. La première phrase, géniale, suffit à planter le décor : "Je m’appelle François Feldman, comme l’aut’con. Mais je suis pas chanteur. Et je suis pas juif." De l’Orelsan dans le texte.

Ce François Feldman donc, est un jeune de la cité des Buers, près de Lyon, qui cherche à s’en sortir en multipliant les business foireux. À tel point que sa banquière, Juliane Bacardi, ne veut plus entendre parler de lui et encore moins lui apporter une quelconque aide financière. Pourtant, elle va avoir besoin de lui quand elle écrase par accident un des cousins du caïd de la cité. Il lui sauve la mise et se retrouve pris au piège avec elle dans une course-poursuite infernale. Un thriller social bien trash avec des dialogues comiques de haut vol. Un pur décalage orelsanien, comme si Pierre Richard se retrouvait dans la série Braquo.

Demain c’est loin, de Jacky Schwartzmann, éditions du Seuil, 192 pages, 17 euros.

© Éditions du Seuil

 

Bonus nippon : Six-quatre, de Hidéo Yokoyama

On ne pouvait pas faire une liste de lecture dérivée de l’univers d’Orelsan sans parler de sa fascination pour le Japon et sa culture. il le répète partout, il est un vrai geek passionné de manga, et plus largement, il s’intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin au pays du Soleil-Levant. Et ça tombe bien, parce qu’un roman japonais se distingue ces dernières semaines. Six quatre de Hidéo Yokoyama est le polar surprise de la rentrée littéraire. Six-quatre comme l’an 64 du règne de l’empereur Shôwa (Hirohito), durant lequel une fillette a été enlevée et assassinée sans que jamais aucun coupable ne soit démasqué. En replongeant dans ce crime non résolu, l’auteur nous entraîne au cœur de la société japonaise et de ses codes si particuliers. Un roman noir intense très hollywoodien qui n’a rien à envier aux plus grands auteurs du genre.

Six-quatre, de Hidéo Yokoyama, éditions Liana Lévy, 624 pages, 23 euros.

© Éditions Liana Levi