Pour la justice américaine, il n’est plus illégal de publier des plans d’armes en 3D

Les pistolets à télécharger, c’est reparti !

The Liberator © Vvzvlad/Wikimedia/CC

 

L’enquête que vient de publier le journal Wired est aussi passionnante que glaciale. Il y a cinq ans, Cody Wilson, un jeune radical libertarien texan, publiait sur son site web, Defcad.com, des fichiers permettant à quiconque d’imprimer un pistolet avec une imprimante 3D. Il l’avait baptisé "The Liberator".

En moins d’une semaine, il recevait une lettre de l’U.S. Department of State exigeant qu’il ferme immédiatement son site web, sous peine d’être poursuivi. Ce qu’il fit, avant d’attaquer en 2015, avec d’autres plaignants, le gouvernement américain en justice.

Motif : le Department of State avait privé Cody Wilson de deux de ses droits fondamentaux, celui de partager librement de l’information et celui de porter une arme. Deux droits respectivement gravés dans les premier et second amendements de la Constitution américaine.

Concrètement, Cody Wilson, innocenté, pourra à nouveau poster ses fichiers et n’importe qui pourra donc se fabriquer, en toute impunité, un ghost gun, une arme non tracée par les autorités américaines, ne comportant aucun numéro de série.

Et Defcad.com renaîtra bientôt de ses cendres, mais en mieux : les contributions extérieures seront possibles. Tout le monde, affirme Cody Wilson, pourra poster de nouveaux modèles ou améliorer l’existant, presque aussi facilement qu’une recette de cuisine sur Marmiton. Le start-upeur du pistolet parle même de projet "encyclopédique".

Wired s’est aussi introduit chez Defense Distributed, une organisation à but non lucratif, lancée au début de l’aventure par Cody Wilson et ses copains, employant en tout quinze personnes. On y fait de la recherche, du design, du développement et de la fabrication de produits et même du consulting autour des armes à feu.

Defense Distributed commercialise en ce moment un produit phare, le "Ghost Gunner" vendu 1 500 $. Il s’agit d’une fraiseuse contrôlée par ordinateur, permettant de fabriquer des châssis pour deux modèles d’armes, le AR-15S (bien lourd) et le 1911 (un peu moins lourd). À ce jour, 6 000 exemplaires ont été écoulés.

L’histoire de Cody Wilson nous parle de l’Amérique contemporaine. Le jeune concepteur d’armes avait été attaqué en justice sous l’administration Obama. Il a été relaxé sous l’administration Trump (pro armes, pour rappel). Il n’y a évidemment nulle preuve d’intervention, mais il y a une expression bien utile pour décrire ce qu’il se passe : "C’est dans l’air du temps."

 

Observateur tech perplexe