L'inquiétant "phénomène" de la roulette sexuelle à Barcelone

Une radio espagnole s'inquiète de l'émergence d'un phénomène à Barcelone, la "roulette sexuelle".

Image tirée du film Ken Park de Larry Clark

Image tirée du film Ken Park de Larry Clark.

C'est Equinox, "média français de Barcelone", qui tire la sonnette d'alarme dans l'Hexagone avec un article, publié le 18 avril dernier, intitulé "La roulette sexuelle, un phénomène inquiétant à Barcelone". On y découvre l'émergence de soirées dites "effrayantes".

En cause, le principe de "roulette sexuelle". Un concept qui voit des personnes se rassembler pour participer à une orgie, sans protection. Mais pas seulement. L'idée, soi-disant inspirée par la roulette russe, est d'incorporer un porteur du VIH parmi le groupe, afin de procurer la sensation de flirter avec le danger.

Equinox précise :

"Certaines fêtes n’acceptent que des porteurs du virus [à quoi bon parler de "danger" si les participants sont porteurs du VIH ?, ndlr], tandis que d’autres proposent des comprimés bleus [il s'agit de comprimés de Truvada en PrEP, un outil de prévention contre le VIH, non autorisé en Espagne, utilisable par des personnes séronégatives, ndlr] censés prévenir la contraction du virus, des médicaments non prescrits en Espagne et donc achetés au marché noir".

Rien ne dit si ce concept et "phénomène" de "roulette sexuelle" existe vraiment, étant donné que des personnes séropositives peuvent être sous traitement, donc non contaminantes.

Un article du journal catalan L'Indépendant, citant la station de radio espagnole Cadena Ser qui a rédigé un sujet mis en ligne le 18 avril dernier, évoque l'exemple d'un hôpital : l'Hospital Clínico y Provincial de Barcelona serait témoin de ce phénomène macabre. Cette institution de référence accueillerait chaque jour des centaines de personnes voulant se renseigner à propos du VIH et du Sida (deux choses bien distinctes), et soignerait 4 500 personnes infectées.

Aussi, ces "roulettes sexuelles" auraient eu pour conséquences non seulement une augmentation des infections dues à l'hépatite C mais aussi la réapparition de la syphilis (une MST, comme on le constatait récemment en France, sans lien avec le procédé d'orgies), la chlamydia (une infection transmissible sexuellement) ou la gonorrhée (là aussi une IST, souvent appelé la "chaude-pisse").

Sur le site de la Cadena Ser, une seule personne témoigne. Il s'agit d'un participant à ces orgies, un jeune homosexuel de 22 ans, qui explique "préférer prendre le risque d'avoir le sida que de porter un préservatif toute sa vie", et précise qu'il y aurait la possibilité de trouver sur le marché noir, en Espagne, des "comprimés bleus" permettant d'empêcher la contraction du virus.

Le média des Français de Barcelone croit savoir qu'il s'agit d'un phénomène qui a déjà eu lieu aux États-Unis, dans le courant des années 1990. Une information fausse, liée à la publication dans le tabloid satirique américain Weekly World News d'un article daté d'avril 1999 intitulé "New gay game is sexual russian roulette", comme le précise Hoax Net.

Sida : un état des lieux alarmant chez les jeunes

Des chiffres et comportements qui traduisent une méconnaissance et une absence de peur à l'égard du VIH. Le 1er avril 2016, Konbini relayait les résultats d'une enquête réalisée par l'Ifop testant les connaissances des jeunes Français à propos du sida et du virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Qu'est-ce qu'on y constatait ? Un recul de la peur du VIH en comparaison à 2015 : 76 % des interrogés disent aujourd’hui craindre le VIH alors qu’ils étaient 83 % il y a un an.

Pire, en plus d’être moins nombreux à redouter la maladie du sida, les jeunes ont des convictions totalement erronées sur la façon dont se transmet le virus. Ils sont 30 % à avoir des croyances fausses (et aberrantes) sur la maladie.

Par exemple, l’étude montre qu’ils sont 20 % à penser que l’on peut attraper le virus en embrassant quelqu’un, contre 15 % l’an dernier. En 2016, 15 % des jeunes sont certains que s’asseoir sur la cuvette des toilettes publiques comporte des risques de contamination.

Bien évidemment, ces affirmations sont absolument incorrectes, comme le confirme l’OMS :

"Le VIH peut se transmettre par le contact étroit et non protégé avec les liquides organiques d’un sujet infecté : sang, lait maternel, sperme et sécrétions vaginales. Le sida se transmet par le sang ou par des rapports sexuels non protégés".

Rapport sexuel signifie aussi préliminaires : une fellation sans capote peut également transmettre le virus. Pour se protéger, le préservatif est l’unique moyen d’éviter la contamination, bien que selon l’enquête de l’Ifop, 17 % des jeunes croient que la pilule du lendemain est un médicament qui empêche la transmission.*

Article mis à jour le 5 mai à 16 heures

Journaliste culture depuis 1956. Musique, cinéma et un peu de photographie.