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Comment Martin Shkreli a berné la terre entière avec l’album de Kanye West

Dimanche 14 février, l’homme le plus détesté du Web a monté un gros canular sur Twitter, assurant s’être fait plumer par un faux proche de Kanye West.

Tête à claques.

Tête à claques. (Capture d’écran CNN)

Il nous a bernés jusqu’au bout et nous donne, au passage, une nouvelle raison de le détester. Le 14 février dernier, Martin Shkreli, qu’on ne présente plus, faisait croire à la terre entière (du moins à ses followers) qu’il s’était fait arnaquer de 15 millions de dollars par un pseudo-proche de Kanye West du nom de Daquan. Un piège destiné uniquement à faire parler de lui et dans lequel tout le monde (même nous) est tombé, un peu lamentablement.

Après s’être emparé de la copie unique d’Once Upon a Time in Shaolin du Wu-Tang Clan pour 2 millions de dollars, l’entrepreneur s’est mis à convoiter, comme un sale gosse pourri gâté, le nouvel album de Kanye West intitulé The Life of Pablo. Sur Twitter, il n’a pas hésité une seconde à interpeller Yeezy, marchandant son dernier opus à 15 millions de dollars. Après quelques autres tweets affirmant l’acquisition des droits de The Life of Pablo, Martin Shkreli balance sur sa page qu’il a été victime d’une escroquerie.

Il y aurait donc une justice dans ce monde ? L’homme le plus honni d’Internet (pour avoir augmenté de 5 400 % le prix d’un médicament essentiel dans le traitement de maladies graves, dont le sida) aurait finalement été victime du karma ? L’équilibre de l’univers se serait-il rétabli ? Absolument pas.

Martin Shkreli a tout mis en scène. C’est toujours sur Twitter que l’entrepreneur américain a “subtilement” indiqué que Daquan, la personne qui lui aurait soutiré de l’argent, serait complètement fictif. Ce prénom fait référence à un mème circulant sur Internet, expliqué sur le site Know Your Meme :

“Daquan est un personnage de fiction qui apparaît dans des blagues utilisées dans la communauté noire de Twitter, associées à des photos d’agence d’enfants blancs qui se font gronder par un adulte. Le personnage est décrit comme un jeune Afro-Américain urbain qui exerce une mauvaise influence sur de jeunes femmes blanches impressionnables.” 

Par ailleurs, le détestable homme d’affaires confirmait avoir payé l’album en bitcoins, et surtout, avoir contacté le créateur de ce sytème de paiement, Satoshi Nakamoto (qu’il a mal orthographié “Sitoshi”) pour retrouver son argent. Sauf que Satoshi Nakamoto est un pseudonyme. Personne n’a jamais su qui se cachait derrière cette identité virtuelle. Il n’y a donc que peu de chance que Martin Shkreli ait pu dialoguer avec lui.

Autre souci, avec le bitcoin, il est impossible d’annuler une opération et le principe de ce système de paiement veut que les transactions et leurs montants soient accessibles à tous. Or aucun virement de 15 millions de dollars ordonné par Martin Shkreli n’a été observé en février. Shkreli affirme avoir payé en plusieurs fois mais s’il a bien viré 38 000 dollars en janvier à un certain Daquan, il n’apporte aucune preuve tangible concernant d’autres versements.

Pour terminer avec cette grossière entourloupe, le président de Turing Pharmaceuticals a retweeté mardi un article publié par un média indépendant australien intitulé : “L’homme le plus intéressant d’Amérique a monté un canular aux médias du monde entier.” On s’est bien fait avoir.

Au final, trop d’indices laissaient croire à une vaste supercherie, et on aurait pu s’en douter. Mais, il faut l’admettre, voir Martin Shkreli en mauvaise posture avait quelque chose de jouissif et très satisfaisant.

Alors, fier de toi Martin ?