Petit guide pratique pour que les hommes mettent fin au sexisme 

Harvey Weinstein, #BalanceTonPorc, #MeToo : les femmes de la rédaction de Konbini ont souhaité s’adresser à leurs lecteurs hommes, pour les inciter à s’engager contre le sexisme.

(© Splendor Films)

L’affaire Weinstein, par sa gravité et son ampleur, a entraîné une libération de la parole des victimes autour des hashtags #BalanceTonPorc sur le harcèlement sexuel au travail, et #MeToo sur les violences sexistes et sexuelles en général. Ils ont permis de montrer à quel point cela concerne toutes les femmes. La question se pose d’ailleurs de savoir s’il y a des filles, des femmes qui ont été épargnées par les manifestations violentes du sexisme qui structure notre société.

Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes 52 % de la population française, et pourtant nous sommes opprimées par cette culture patriarcale. De ses manifestations quotidiennes, "ordinaires", à ses conséquences les plus violentes, comme les agressions et les viols.

Mais le fait que les femmes réussissent à parler ne fera pas vraiment changer les choses si, en face, les hommes n’écoutent pas et ne prennent pas leurs responsabilités. Nous ne pourrons jamais complètement sortir de la position de victimes dans laquelle ce système nous enferme si ceux qui en bénéficient ne participent pas activement au mouvement. Les hommes n’ont pas forcément conscience de perpétuer ce système d’oppression, mais ayant grandi en son cœur, en position de domination, ils ont de fait leurs responsabilités. Et il est grand temps de les assumer.

Aujourd’hui, en tant que femmes, nous avons besoin d’être entendues et nous espérons voir un changement dans vos comportements au quotidien. Nous avons compilé des choses évidentes, basiques, mais aussi des passages à l’action plus difficiles. Une blague misogyne réfrénée, un mot de soutien, une interposition entre une femme et son agresseur…

L’un après l’autre, ces gestes feront avancer les choses.

Liberté, égalité et respect

  • Les femmes ne sont pas inférieures aux hommes

Parce que le sexisme se manifeste au quotidien, même dans ce qui peut sembler anecdotique, certaines attentions peuvent déjà changer beaucoup de choses.

Ne pas couper la parole à une femme quand elle parle, et ne pas faire de mansplaining est par exemple essentiel. Ce sont les pratiques de ce genre qui alimentent et perpétuent le sexisme ambiant. Couper de manière systématique la parole aux femmes, c’est leur signifier que leur parole ne compte pas, qu’elles-mêmes ne comptent donc pas et qu’elles sont inférieures aux hommes – et les maintenir expressément dans cette position.

C’est la même logique à l’œuvre avec les inégalités salariales, qui reposent sur le principe que les femmes sont considérées moins compétentes que les hommes, et c’est aussi ce qui fait qu’on les cantonne (et qu’elles se limitent elles-mêmes) à certains domaines d’activité jugés plus "féminins", comme l’éducation ou le social.

C’est également ce même postulat qui s’exprime quand on juge l’intelligence d’une femme en fonction de sa tenue vestimentaire, de son apparence physique ou de sa sexualité réelle ou supposée. Les femmes font ce qu’elles veulent d’elles-mêmes, vous n’avez même pas à commenter, vous n’avez pas à juger. Vous n’avez donc à aucun moment le droit de leur demander de sourire, d’être agréables, de se calmer ou d’être complaisantes. Les femmes ne sont pas là pour vous être agréables, et elles ne vous doivent rien. Jamais.

  • Sans consentement clair et éclairé, c’est toujours non

Parce que le corps des femmes leur appartient, vous n’avez jamais le droit de le toucher sans leur consentement explicite et éclairé. Par exemple, combien d’entre nous avons un jour senti la main d’un homme se poser sur notre taille au prétexte d’une bise ? Ce geste n’est en rien anodin, c’est une façon de nous signifier que nous sommes la propriété des hommes. Là aussi, comme toujours, il faut demander.

"Le consentement n’est jamais acquis, il peut être repris à tout moment"

Et on ne le répétera jamais assez, quand une femme dit non, c’est non. Un non, ça ne se discute pas, ça ne se négocie pas, que ce soit en faisant peser son pouvoir, sa position ou son argent. S’il n’y a pas de oui clair et éclairé, c’est forcément non, d’autant plus si elle est ivre, ou contrainte par un effet de surprise ou un chantage affectif.

S’il y a le moindre doute, c’est non. Et même si elle dit oui et que, finalement, un peu plus tard, elle change d’avis et dit non, c’est non. Le consentement n’est jamais acquis, il appartient toujours à la personne dont c’est le corps, et celle-ci peut le reprendre à tout moment.

C’est aux hommes de ne pas opprimer les femmes

  • En finir avec les généralités sexistes sur les femmes

Pour enfin imposer et consacrer cette règle absolue du consentement, il faut bannir toutes les objectifications et stigmatisations sexistes de votre quotidien. On ne veut plus entendre d’hommes dire des choses comme "j’aime les femmes" ou "je suis un amoureux des femmes", comme si toutes les femmes étaient les mêmes et que "la femme" était un concept universel. Ça n’a pas plus de sens de dire que toutes les femmes sont douces et fragiles.

Même chose pour les phrases lourdes sur les femmes et leur non-sens de l’orientation supposé, la cuisine, le sexe, leur conduite, les blondes… et que l’on nous impose sous prétexte que "c’est de l’humour".

  • Stop à "l’humour" fait au détriment des femmes

Ce n’est pas de l’humour quand c’est oppressif et que cela participe activement au sexisme, en nourrissant des clichés intégrés par la société. Cela reste de l’objectification, comme lorsque l’on nous classe en fonction de notre apparence physique à l’école ou en entreprise.

Cet humour-là est également malvenu lorsqu’il est question de sujets aussi graves que les violences sexuelles. Tourner ces violences en dérision est une autre violence, consistant à signifier aux femmes qu’elles n’ont aucune valeur, qu’elles ne méritent pas que l’on considère sérieusement les crimes et délits dont elles ont été les victimes.

  • Arrêtez de considérer le masculin comme l’universel

C’est le même message qui est transmis lorsque les mecs s’envoient des insultes sexistes. L’amitié masculine ne devrait pas se construire sur des clichés misogynes aux dépens des femmes, sur des démonstrations de force et de bruit. Il faut arrêter de considérer le masculin comme l’universel, et le féminin comme le particulier.

Et nos libertés élémentaires doivent être respectées sans que l’on ne vous doive pour autant des remerciements en retour. Se comporter respectueusement, c’est juste normal, ça devrait être la base.

  • Ce n’est pas aux femmes de "faire attention" à ne pas se faire agresser par les hommes

Dans la même logique, quand les hommes harcèlent ou agressent les femmes, c’est presque toujours leur faute. Ce n’est plus possible de suggérer aux femmes d’apprendre à se défendre contre les agressions et violences sexuelles alors que ce sont les hommes qui doivent changer leur comportement.

"Apprenez à vos fils à ne pas violer, au lieu d’apprendre à vos filles comment éviter d’être violées"

Ce n’est pas nous qui devons faire attention à ne pas être violées/agressées, c’est aux hommes de ne pas violer/agresser/harceler. Ne nous demandez pas "mais pourquoi tu n’as rien dit ?", demandez-vous plutôt pourquoi on nous a fait subir ça, pourquoi personne ne nous a défendues. Apprenez à vos fils à ne pas violer, au lieu d’apprendre à vos filles comment éviter d’être violées.

Écoutez et entendez-nous

  • Écoutez-nous

Nous passons beaucoup trop de temps et d’énergie à essayer de ne pas "blesser" les hommes, alors que ce n’est en fin de compte pas le sujet. Bien souvent, quand on évoque les combats féministes avec des hommes, ils nous opposent des phrases comme "oh, ça va !", "oui, mais….", "je suis féministe, mais…", "y a pas plus important à mener comme combat féministe quand même ?". Ils s’enferment dans leur perception de personnes qui ne sont pas concernées directement par ce qu’on leur explique, et ne nous écoutent pas.

Soutenir les femmes, ce n’est pas les infantiliser ou décider du bien-fondé de leurs combats à leur place. Avant tout, écoutez les femmes. À l’école, entre amis, en famille, lors des réunions professionnelles. Laissez-nous notre place, c’est aussi par là que doit passer l’égalité femmes-hommes.

  • Arrêtez de systématiquement faire primer les hommes

Écoutez le ressenti des femmes qui accusent des hommes, sans systématiquement partir du principe que ce n’était pas ce que ces derniers voulaient faire : il n’y a que le ressenti de la situation qui compte. Arrêtez de faire primer les hommes, leurs intentions, leurs éventuels accomplissements, sur les femmes qu’ils ont mal traitées.

Prenez conscience que la dénonciation des violences des hommes n’est pas un délire de "féministes enragées" ou de "femmes hystériques". Entendez notre fatigue. C’est d’autant plus important en ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles : arrêtez de croire que les femmes inventent tout ça pour "attirer l’attention".

Gardez à l’esprit que l’on a tout à perdre à dénoncer notre agresseur. 95 % des femmes qui ont saisi l’AVFT (Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail) pour harcèlement sexuel au travail ont perdu leur emploi. Pensez à tous ces hommes dénoncés publiquement, connus ou non, et qui continuent d’exercer leur métier en toute impunité.

  • Écoutez les victimes présumées

L’équilibre entre la présomption d’innocence et l’écoute des victimes présumées doit être plus juste. Il faut vraiment apprendre à croire les femmes et à ne pas remettre systématiquement en question toutes leurs plaintes d’agressions ("oui, mais c’est pas sa faute à lui, elle l’a bien cherché…").

Souvent, quand les hommes parlent des femmes, c’est comme si nous n’avions pas le droit à leur empathie. Depuis toujours, on apprend aux femmes à se soucier des hommes, à les comprendre. Il est temps de faire aussi l’inverse : mettez-vous à notre place le plus souvent possible, imaginez que la peur du viol nous est inculquée souvent dès l’enfance, que l’on s’est toutes fait suivre par un mec dans la rue. Et que l’on passe notre vie à être jugées sur notre apparence physique.

Prenez vos responsabilités

  • Vous faites tous partie du problème

Si vous êtes de ceux qui disent "je ne peux pas être sexiste, j’ai grandi avec des femmes", sachez que vous pouvez avoir des réflexes misogynes sans même vous en rendre compte. Avoir des propos ou des comportements sexistes, ça ne veut pas dire que vous êtes une personne horrible qui mérite d’être flagellée sur la place publique.

On a tous grandi dans cette société sexiste, et on a tous intégré ces inégalités comme étant normales. Même la meilleure des intentions peut être teintée d’un sexisme gerbant. En prendre conscience, c’est déjà faire un grand pas. Comprendre qu’en étant un homme, vous êtes une partie du problème, est essentiel.

Vous avez une responsabilité, celle de contribuer à changer les attitudes sexistes de votre entourage au lieu de considérer que c’est un "problème de femme" qui ne vous concerne pas. Et pour ça, il est crucial de comprendre que l’on peut s’attaquer à plusieurs choses en même temps, que l’on peut mener plusieurs combats en même temps : chaque petite action participe à ébranler un système qui ne tient que parce que tout est lié.

  • Vous avez le devoir d’intervenir

Pour changer le système, ce n’est donc pas seulement sur les violences sexuelles qu’il faut s’arrêter, mais aussi sur toutes les petites phrases, remarques ou manques de respect. Il faut que vous soyez conscient de votre pouvoir systémique, reconnaître vos privilèges et les utiliser à bon escient pour aider les femmes contre les hommes violents. C’est en laissant l’irrespect s’installer insidieusement que l’on en arrive à des situations dramatiques.

C’est vrai pour les délits et crimes sexuels comme les propos sexistes "ordinaires". Quand un mec fait du mansplaining, prenez position, faites remarquer au gars en question : "Hey, tu lui coupes la parole, elle disait quelque chose." Ce n’est pas non plus acceptable que les réunions de travail (ou conférences publiques, boards d’entreprises, etc.) exclusivement entre hommes soient encore considérées comme normales, il est temps que les hommes refusent et demandent de la mixité.

Parlez si vous savez qu’au sein de votre entreprise, votre collègue femme est moins bien payée que vous bien qu’elle soit aussi qualifiée et expérimentée.

"L’inaction est une action : ne soyez jamais complices"

Si vous riez aux comportements sexistes de vos copains, vous êtes complices. Vous avez le droit, le devoir de l’ouvrir. On ne meurt pas d’être un "rabat-joie". Défendez-nous aussi quand on n’est pas dans la pièce. Arrêtez de dire "mais il est comme ça, tu le connais" ou "naaan, c’est pas possible, machin il est cool" quand on dénonce un comportement anormal.

Arrêtez de protéger vos potes, vos oncles ou autres hommes de vos entourages qui sont des harceleurs ou agresseurs, osez leur dire qu’ils doivent arrêter, et s’il n’y a pas de changement, dénoncez-les (dans le monde du travail comme la famille, etc.). Arrêtez d’ignorer ou fuir les situations de harcèlement dans la rue ou les transports. Faites quelque chose si, à une soirée, quelqu’un veut profiter d’une fille alcoolisée. L’inaction est une action : ne soyez jamais complices.

  • Pour changer tout un système, il faut une implication globale

L’étude Virage publiée en 2016 par l’Institut national d’études démographiques (Ined) a montré qu’une femme sur 26 est violée, et qu’une sur sept est agressée sexuellement. Et les trois quarts des femmes victimes de viols et de tentatives de viols ont été agressées par un membre de leur famille, un proche, un conjoint ou ex-conjoint.

"Soutenez les femmes non pas silencieusement, mais bruyamment"

Ses chiffres sans appel montrent à quel point les violences sexistes sont systémiques, à quel point il s’agit d’un problème global et commun − et que les coupables comme les victimes sont forcément des personnes de votre entourage. Une femme sur 26, une femme sur sept, c’est forcément une femme que vous avez connue, connaissez ou connaîtrez. C’est une femme de votre entourage proche qui a été, est ou sera agressée sexuellement ou violée. Ce chiffre ne peut baisser qu’avec votre implication.

  • Un engagement de tous les hommes

Nous demandons une prise de conscience, un engagement de la part des hommes. Il faut que vous vous empariez, vous aussi, du problème et que vous en parliez entre vous, car tant que les hommes ne reconnaîtront pas que la "culture masculine" perpétue une tradition misogyne, les choses ne changeront pas. Il faut que certains hommes aient le courage de lancer un débat public sur la masculinité et sur sa redéfinition. On demande une masculinité progressiste !

Le silence est d’or pour que rien ne change. Soutenez les femmes non pas silencieusement, mais bruyamment pour que la honte change de camp.

Manifeste rédigé par Mélissa Perraudeau avec l’ensemble des femmes de la rédaction de Konbini France : Camille Abbey, Lucie Bacon, Manon Baeza, Cyrielle Bedu, Jessica Binois, Lucille Bion, Valentine Cinier, Naomi Clément, Donnia Ghezlane-Lala, Pauline Giacomini, Sophie Laroche, Lisa Miquet, Océane Monange, Dora Moutot, Marion Olité, Jeanne Pouget, Delphine Rivet et Astrid van Laer.