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Pourquoi la France n'est pas la "championne de la censure" sur Facebook

Un rapport publié début mai par Facebook dénombrant le nombre de contenus supprimés sur demande gouvernementale place la France en tête. Censure ? Que nenni.

facebook

© Sean MacEntee/Flickr

Oui, c'est vrai, la France est bien "la championne de la censure de contenus sur Facebook" en 2015. Et de loin, même : avec 38 000 pages supprimées dans l'année selon le dernier rapport de transparence publié par le réseau social, l'Hexagone fait mieux que l'Inde, deuxième du classement, qui a au moins l'excuse d'une population 200 fois supérieure à la notre. Pour mettre à l'échelle, constatons que l'Allemagne et le Royaume-Uni ont fait retirer respectivement 554 et 101 pages Facebook. Censure ! Dictature ! C'est 1984, Fahrenheit 451 et Le Meilleur des mondes réunis, c'est le phœnix de l'ORTF ressuscité sur Internet, c'est la liberté d'expression qu'on assassine ! Oui, mais non.

Ces derniers jours, l'écosystème de Twitter a fait (re)surgir ce rapport, pourtant daté du 2 mai dernier, et ce chiffre de 38 000 suppressions pour crier à la censure. S'il est vrai qu'au premier abord, le chiffre peut sembler éloquent – d'autant plus lorsqu'on le compare à ceux de nos voisins européens –, une analyse plus détaillée du rapport produit par Facebook permet de mieux comprendre ce qu'il en est. Et d'envoyer valser les supputations dictatoriales des plus véhéments twittos. Car la majorité des demandes de suppression de contenu effectuées par le gouvernement français a été faite dans les derniers mois de 2015, après les attentats de Paris (au premier semestre 2015, le gouvernement en avait fait retirer deux). Mieux : sur les 38 000 demandes de suppression, 32 000 concernaient la même photo : celle, abominable, de l'intérieur du Bataclan après l'attaque.

L'atteinte à la dignité humaine

En soi, comme le rappelle la rubrique Désintox de Libération, il s'agit bien d'une interdiction (qui représente à elle seule 85 % du contenu supprimé), venue tout droit de la brigade de lutte contre la cybercriminalité française (ou OCLCTIC). Mais une interdiction qui s'inscrit, précise Facebook sur la page dédiée de son rapport, dans la loi française, notamment celle sur l'atteinte à la dignité humaine (article 16 du Code civil). Quant aux 15 % restants, développe Facebook, ils s'inscrivent dans la lutte contre le négationnisme de la Shoah. Il y a donc interdiction et interdiction. Et dans ce cas précis, qu'on se rassure, la France ne s'est pas métamorphosée en quelques mois en dictature socialiste.

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