Facebook : une censure à deux vitesses

Facebook semble avoir une conception de la censure bien à lui. Alors que les images de nu offusquent le moindre modérateur, des vidéos de viol ou de décapitation se retrouvent en ligne, parfois plusieurs jours durant. Chaque jour ou presque, une nouvelle histoire de ce type vient entacher l'image du premier réseau social au monde. La censure Facebook, est-elle sensée ?

Sous le sourire de Mark Zuckerberg, une étrange politique de censure.

L'histoire se répète et se ressemble. Sur Facebook, la censure semble plus prompte à censurer L'Origine du monde de Gustave ou Courbet ou des photos d'Helmut Newton que des vidéos de viol ou des photos "comiques" de violence conjugale.

Dans une lettre ouverte à Mark Zuckerberg, relayée par Slate, un groupe d'association des droits des femmes a mis les pieds dans le plat. Women Action and the Media demande explicitement à Facebook de définir comme un discours d'incitation à la haine les images et textes qui banalisent la violence conjugale et le viol et présents sur sa plateforme.

Nous faisons spécifiquement référence à des groupes, des pages et des images qui encouragent le viol ou la violence conjugale, ou suggèrent qu’il s’agit de sujets dont on peut rire. Par exemple: “Fly Kicking Sluts in the Uterus” (balançons des coups de pied dans l’utérus des salopes)… ou  “Violently Raping Your Friend Just For Laughs” (violer violemment votre amie juste pour rire)… et beaucoup, beaucoup d’autres.

La journée du nu n'aura pas lieu

Pourtant, le réseau social a la censure facile. Du moins avec ce qui l'arrange. Ainsi, si de nombreux particuliers se sont vus retirer leurs photos dénudées, c'est jusqu'à la Tribune de Genève, l'Express, Le Monde, les comptes de Justice, du Jeu de Paume (qui a vu son compte se faire bloquer pendant 24 heures) et du Centre Pompidou qui se sont vus recadrer à cause de certains contenus.

En réaction, un utilisateur a voulu organiser une journée du nu sur Facebook le 21 mai. Initiée par Alain Bachellier, la page a été fermée par le puissant réseau social aux alentours de 13 heures ce même jour.

En quelques lignes, voilà ce qu'elle demandait :

Il existe d'autres moyens pour permettre à ces contenus d'exister sur un réseau social. Comme sur Flickr, l'utilisateur devrait pouvoir signaler que le contenu qu'il publie est sensible et celui-ci ne serait pas visible par tous, par défaut. À l'internaute de choisir ce qu'il veut voir ou pas, pour l'instant Facebook porte un jugement et ça n'est pas acceptable.

On est loin du satire priapique qui veut voir le premier réseau social se transformer en plage naturiste.

Le nu, mais pas que

Mais si la politique de censure de Facebook censure les contenus publics, se permet-elle de censurer des messages privés ? Marc Rees de PCinpact confirme nos craintes. Facebook s'accorde aussi le drit de fouiner dans vos messages privés... et même de censurer ceux qui ne lui plaisent pas précise Marc Rees :

Il faut en tout cas considérer Facebook comme un service postal qui s’autorise à contrôler des contenus dans les messages privés selon des critères secrets, mais erronés.

Capture d'écran Facebook

Au-delà, le problème n'est pas tant dans ce que Facebook censure. Mais plutôt dans ce qu'il ne censure pas. On apprenait aujourd'hui grâce à Slate que la vidéo du viol d'une jeune Américaine de 12 ans par trois adolescents pas beaucoup plus âgés qu'elle avait atterri sur la plateforme.

Par contre, la décapitation, c'est ok

Ailleurs, c'est 01net qui annonce que la vidéo de la décapitation d'une femme était restée en ligne plusieurs jours. Devant les alertes envoyées par les internautes, la firme de Mark Zuckerberg avait même répondu, par la voix de son agence de relations publiques allemande, que "[sa] décision de ne pas supprimer cette vidéo est basée sur le fait que les gens ont le droit de décrire le monde dans lequel nous vivons, de présenter et de commenter les actions". Après quelques journées de pression, la vidéo a finalement été supprimée.

Mais si la vidéo d'une décapitation peut légitimement rester en ligne pour "décrire le monde dans lequel nous vivons", qu'en est-il vraiment ? Sur notre Tumblr Facebook & Censure, nous alertions de certains contenus supprimés par Facebook. Pourquoi Facebook censure-t-il la photo d'une jeune Egyptienne non voilée ?

Une photo d’une Égyptienne non voilée censurée par Facebook.

Ou encore celle d'une torche humaine diffusée par Le Monde ? Ou même le chaste cliché d'un indigné espagnol brandissant une pancarte sur laquelle il demande une démocratie totale, sans monarchie ? Mystère.

Une charte et des modérateurs

Seront censurés les "contenus incitant à la haine ou à la violence, menaçants, à caractère pornographique ou contenant de la nudité ou de la violence gratuite". Article 7 de la "Déclaration des droits et responsabilités".

C'était sans compter, comme le rapporte Gawker.com, un autre document, celui-ci de 13 pages. Il invoque que Facebook supprimera tout photographie de nu, d'acte sexuel, de tortures (envers les animaux et les humains), d'appel à la violence et de drogue, sauf la marijuana.

Mais comme le précise un porte-parole de Facebook, interrogé par Le Monde :

Certains de nos modérateurs manquent de culture, alors ils censurent sans savoir.

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Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.