À l’ère du renouvelable, l’Australie veut construire une gigantesque mine de charbon

À l’heure où la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique sont des priorités pour la plupart des nations, l’Australie a décidé de donner son feu vert à la construction de l’une des plus grandes mines de charbon du monde…

Une mine de charbon à Estercuel, Teruel, en Espagne. (Image d'illustration. © Jennifer Woodard Maderazo/Flickr/CC)

Une mine de charbon à Estercuel, Teruel, en Espagne. (Image d’illustration. © Jennifer Woodard Maderazo/Flickr/CC)

Visiblement, l’Australie était dans une autre dimension ces dernières années, si bien que les enjeux relatifs au réchauffement climatique semblent lui avoir totalement échappé. Et pourtant, la plus grande île du monde (qui est aussi l’un des pires émetteurs de gaz à effet de serre au niveau mondial) a bien ratifié l’accord de Paris sur le climat en 2016. Sauf que le pays, qui est le premier exportateur mondial de charbon, vient de confirmer le lancement du chantier de la mine Carmichael dans l’État du Queensland.

Un projet pharaonique conduit par le conglomérat multinational indien Adani (du nom du milliardaire qui détient la société) dont les travaux devraient commencer dès le mois de septembre. En 2011, Adani avait acquis le port d’Abbot Point, situé au nord-est du pays, pour 2 milliards de dollars (environ 1,8 milliard d’euros) afin d’y construire un terminal charbonnier lui permettant d’exporter du charbon australien vers l’Inde.

À deux pas de la Grande Barrière de corail

Un paradoxe qui, comme souvent, s’explique par des enjeux financiers colossaux. Comme le rapporte Le Monde, il s’agit du plus gros investissement jamais réalisé par l’Inde en Australie, à hauteur de 22 milliards de dollars australiens (14,8 milliards d’euros). Un projet qui, une fois achevé, comprendra cinq mines souterraines et six à ciel ouvert et produira jusqu’à 60 millions de tonnes de charbon par an.

Évidemment, le projet est ardemment combattu par les défenseurs de l’environnement et les ONG, qui s’y opposent depuis des années. Pour Greenpeace, la mine d’Adani représente "un désastre pour le climat" à plusieurs niveaux car la combustion du charbon en ferait l’une des pires sources de pollution du pays en contribuant à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et donc au réchauffement climatique. Avec à la clé, la perturbation des écosystèmes de la Grande Barrière de corail : aggravation du blanchiment des coraux, mise en danger de mammifères rares comme les dugongs, qui pourraient être heurtés par les immenses bateaux minéraliers, pollution engendrée par le dragage des fonds marins. "Si on veut vraiment sauver la Grande Barrière et si on veut vraiment respecter l’accord de Paris, le charbon doit rester sous terre", assène le professeur Terry Hughes, spécialisé dans la préservation de la Grande Barrière de Corail, dans les colonnes du Monde.

La guerre est déclarée

Mais la guerre fait rage entre la multinationale indienne et le gouvernement australien, qui portent le projet, et les groupes pro-environnement qui s’y opposent. Les ONG ont gagné une première bataille en convainquant les quatre plus grandes banques du pays, et certaines à l’international (saluons par exemple BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale), de ne pas donner un centime pour financer cette mine. Alors, le groupe indien a demandé un prêt d’un milliard de dollars (665 millions d’euros) au gouvernement australien – qui semble disposé à lui accorder – en avançant l’argument (contesté) de la création de 10 000 emplois dans la région. De leur côté, les ONG ont annoncé des actions en justice pour empêcher un financement de la mine par les fonds publics.

Ainsi, pour le ministre des ressources minières, Matthew Canavan, l’officialisation du lancement du projet est "un grand jour pour le Queensland". Le gouvernement australien avait auparavant appelé à boycotter les banques qui refusaient de prêter de l’argent au milliardaire indien et accusé les militants de ne pas soutenir l’emploi dans leur région et, pire, d’empêcher des dizaines de millions d’Indiens d’avoir accès à l’électricité. Visiblement, le réchauffement climatique est le cadet des soucis du gouvernement australien :

"Quand des personnalités ont demandé au Premier ministre de ne plus soutenir le projet, celui-ci a affirmé que si l’Inde n’achetait pas le charbon à l’Australie, elle l’achèterait ailleurs, et que donc cela ne changerait rien pour le réchauffement climatique", rapporte le quotidien.

Comme dit la célèbre maxime : "Chacun pour soi et Dieu pour tous."