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Entretien avec un ancien trader reconverti en guide touristique en Laponie

Tuomas Rautanen a fait carrière dans les institutions européennes et financières. En 2013, alors âgé de 34 ans, il entame un virage à 180 degrés pour se consacrer au tourisme écologique dans le cercle polaire arctique.

©  White Adventure

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Formé en macroéconomie à la Helsinki School of Economics, Tuomas, un jeune Finlandais, entre dans le monde du travail en tant qu’analyste-chercheur à la Banque centrale européenne à Francfort. Il passe ensuite deux ans à Bruxelles comme attaché parlementaire du député européen Alexander Stubb, devenu ensuite ministre des Finances en Finlande.

Il s’oriente ensuite vers le secteur privé en travaillant à Zurich comme analyste de la politique climatique au sein de First Climate, une entreprise de trading et de gestion de fonds du marché du carbone. Il y restera cinq ans et occupera durant ses deux dernières années le poste de chef du département consulting.

Cette carrière brillante en aurait comblé beaucoup. Mais en 2013, après huit années passées à l’étranger, Tuomas décide de retourner à ses racines nordiques. Il tergiverse sur son plan de carrière, tiraillé entre l’idée de se laisser porter par ses rêves ou de continuer sur sa lancée fulgurante. Il choisira la première option. Entretien.

Konbini | Qu'est-ce qui t'as soudainement décidé à abandonner ta vie de trader pour devenir guide touristique en Laponie ?

Tuomas Rautanen | Mes huit années passées aux institutions européennes et comme consultant étaient fascinantes, mais je voulais faire quelque chose qui soit plus en phase avec la nature. Pendant cette période, une amie m'a envoyé par hasard le lien d'une ferme de chiens de traîneaux et ça m'a tout de suite attiré ! Je savais que le Grand Nord serait ma prochaine destination. J'ai commencé à chercher des fermes sur Internet avec l'idée d'aller y travailler le temps d’un hiver.

"J'ai décidé d'offrir des retraites d'une semaine dans la nature et le silence en petit groupe"

Je suis alors tombé sur le site d’une formation de guide de nature arctique dans le village de Muonio, en Laponie. J'ai présenté ma candidature, qui a été retenue. Après cette formation d’un an, j'ai travaillé un hiver comme guide, avec des chiens de traîneaux, pour des groupes de touristes auxquels j'ai fait découvrir la nature arctique avec des moyens non motorisés (raquettes, skis, huskys...). J'ai eu de très bons retours, donc j'ai décidé de me lancer à plein temps dans l'entrepreneuriat. Alors que presque tous les autres organismes se concentrent sur le tourisme de masse, j'ai décidé d'offrir des retraites d'une semaine dans la nature et le silence en petit groupe.

Pourquoi avoir choisi le cercle polaire arctique en particulier?

Ce qui me tentait avec la Laponie, c'était les vastes étendues de nature sauvage à l’infini et le mode de vie des régions polaires. Et, bien sûr, les cieux mystiques avec les aurores boréales... Par ailleurs, pour travailler avec des huskys il faut aller dans des régions froides. Ces chiens peuvent courir de longues distances uniquement si la température de l'air est inférieure à 10 degrés, sinon leur corps est en surchauffe.

©  White Adventure

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"Le silence, c'est le nouveau luxe"

Tu organises notamment un trek "Silence and Nature" …

Le silence et la nature sont des ressources abondantes en Finlande. Beaucoup de gens qui viennent chez moi, en Laponie, me disent que le silence, c'est le nouveau luxe. Et c'est ce luxe qui me fait revenir moi-même en Laponie chaque hiver. Par ailleurs, pendant mon année de formation, j'ai été surpris de constater à quel point le tourisme en Laponie utilisait massivement le scooter des neiges.

Je n'ai aucun problème avec ça, mais cela m’a semblé très éloigné d'un tourisme axé sur la nature. Et il me paraissait difficile de se connecter à la magie de la nature glaciale et à son silence en voyageant avec de grands groupes. J'ai alors envisagé une façon d’organiser un trek qui me procurerait un véritable plaisir en tant que guide : le trek "Silence et Nature" était né.

Peux-tu nous parler du concept de ce trek ?

On part à six maximum. Nous restons cinq jours et six nuits hors des lumières des villages, ce qui nous permet de voir les aurores boréales, même les plus faibles. L'hiver passé, chacun de mes groupes en a vu ! Pendant trois jours, nous explorons le paysage gelé d'un parc national à raquettes.

"Cette nouvelle vie m'apporte un sentiment de plénitude"

J'interromps le trek de temps à autres pour écouter le silence, qui est absolu. Puis, nous entamons un voyage de deux jours en chiens de traîneaux. Pendant deux nuits, nous dormons dans un refuge sans eau courante ni électricité, au sein d’un parc national. Les autres nuits dans des chalets tout confort, mais de style authentique. Il y a aussi un sauna traditionnel finlandais pour se baigner. Et les visiteurs apprécient beaucoup les repas traditionnels préparés en commun.

Penses-tu que la société a besoin de plus de silence et de se reconnecter avec la nature ?

Oui. Je suis sûr que la société, mais aussi que chaque individu, pourrait prendre de meilleures décisions avec plus de silence et de calme.

Est-ce venu d'un constat personnel ?

Oui. Déjà, pendant mes années à Bruxelles et à Zurich, je commençais toujours mes vacances d'été par quatre ou cinq jours, seul, sur une île de la mer Baltique. Au début, j'avais toujours du mal à m'arrêter : le manque de mes amis et de la vie citadine se faisait sentir. Mais après quelques jours, la solitude devenait la meilleure chose au monde. J'ai toujours eu mes meilleures idées pendant ces quelques jours-là !

©  White Adventure

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Qu'est-ce que la vie sauvage te procure que ta vie d'avant ne t'apportait pas ?

Cette nouvelle vie m’apporte beaucoup de choses : un sentiment de plénitude – bien que cela est également beaucoup dû à mon activité entrepreneuriale. J’ai le sentiment de mieux comprendre le monde, que ce soit d’un point de vue "business", politique ou des relations humaines. Je suis une personne plus agréable et présente pour les autres. Après, il ne faut pas trop romancer non plus... Je fais des treks en pleine nature, mais je vis avec tout le confort que l'on peut trouver dans un village moderne de la Laponie.

Il est important de parler du volet écologique de ta démarche : peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Pour atteindre la Laponie, il faut pratiquement toujours prendre l'avion. Je suis très conscient de promouvoir une activité qui n'est pas 100 % durable. Néanmoins, les deux compagnies aériennes avec lesquelles la plupart de mes clients viennent en Laponie (Finnair et Norwegian), ont heureusement les flottes d'avions les plus modernes en Europe et sont donc beaucoup moins polluantes que d’autres compagnies.

"En planifiant mon changement de vie, j'ai souvent eu peur"

De mon côté, j’incite à découvrir la nature en treks non motorisés. Ce n'est pas seulement une expérience plus profonde pour les visiteurs, mais aussi un hommage à la nature. Et grâce à l'expertise que j'ai acquise dans le domaine du climat, je discute souvent des effets du changement climatique et de la complexité des enjeux de la politique environnementale avec mes groupes. Je n'impose mes idées à personne, mais je trouve que la nature arctique est un environnement inspirant pour échanger sur ce sujet.

Quel conseil donnerais-tu à tous ceux qui souhaitent se reconvertir aux antipodes de leur job actuel ?

Ce serait trop facile de dire qu'il ne faut pas avoir peur et qu'il faut juste faire ce que le cœur nous murmure. La peur est un sentiment naturel pour presque tout le monde. En planifiant mon changement de vie, j'ai souvent eu peur. J'ai passé d'innombrables nuits sans dormir, en mettant en question mes plans et décisions. À mon avis, il faut surtout accepter ses angoisses, apprendre à les gérer et éviter de prendre des décisions pendant des moments d'angoisse ou de fatigue, qui sont deux très mauvais conseillères.

Une retraite dans la nature lapone vous tente ? Retrouvez les treks de Tuomas sur le site White Adventure.

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