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De mystérieux SOS cachés dans les étiquettes de Primark

De mystérieux messages appelant au secours ont été découverts sur les étiquettes de vêtements de la marque irlandaise Primark. Un canular pour certains, une nouvelle alerte sur les conditions de travail dans les entreprises de textile pour d'autres.

Une tempête médiatique souffle actuellement sur Primark. Depuis quelques jours, la célèbre marque de textile irlandaise, connue pour ses vêtements à petits prix, est accusée de malmener ses travailleurs à l'étranger. La raison ? Un appel au secours retrouvé cousu sur l'étiquette d'un de ses vêtements.

La semaine dernière, Rebecca Gallagher, une fidèle cliente de l'enseigne, affirmait avoir trouvé au Primark de Swansea (une petite ville du sud du Pays de Galles) un étrange message cousu sur l'étiquette d'une robe fraîchement achetée 10 livres : "Forced to work exhausting hours" ("Forcé à travailler durant d'épuisantes heures").

Rebecca Gallagher et sa trouvaille © WALES NEWS SERVICE

Rebecca Gallagher et sa trouvaille © WALES NEWS SERVICE

La jeune femme de 25 ans confiait au South Wales Evening Postun journal local :

J'ai été stupéfaite quand j'ai découvert l'étiquette, en regardant les conditions de lavage. Le message, "Forcé à travailler durant d'épuisantes heures", y était cousu à la main.

Pour être honnête, je n'avais jamais vraiment pensé aux conditions de fabrication des vêtements. Mais cela me fait beaucoup réfléchir [...] J'ai peur de penser que mon haut d'été ait été fait par une personne exténuée par des heures de travail harassantes dans une usine à sueur.

Rebbeca Gallagher a bien essayé d'appeler Primark pour leur demander une explication. En vain.

Un nouveau scandale pour Primark

Si l'affaire fait du bruit, elle n'est pourtant pas nouvelle. Déjà, l'année dernière, une autre cliente de l'enseigne, Rebbeca Jones, dénonçait sur Twitter avoir trouvé un message similaire dans un haut acheté dans le même magasin. Un "Conditions dégradantes de la main-d'œuvre", là encore cousu à la main.

En 2011, Karen Wisínska retrouvait dans la poche d'un pantalon acheté deux ans plus tôt dans un Primark de Belfast (Irlande du Nord) un texte manuscrit en chinois. Le message, targué de "SOS !" et enveloppant une carte d'identité de prison, demandait de l'aide à la communauté internationale dans le but de condamner le gouvernement chinois, pour violation des droits des prisonniers.

Amnesty International avait traduit le message :

Nous sommes des prisonniers de la prison Xiang Nan de la province de Hubei en Chine. Notre travail (...) est de produire des vêtements pour l'exportation. Nous travaillons quinze heures par jour et la nourriture que nous mangeons ne serait même pas donnée à des chiens ou à des cochons.

Nous travaillons aussi dur que des bœufs dans les champs. Nous en appelons à la communauté internationale pour condamner le gouvernement chinois pour violation des droits de l'homme !" peut-on lire sur le morceau de papier.

Un canular selon la marque

Très vite relayée sur les réseaux sociaux via le hashtag #labelgate ("crise de l'étiquette"), cette affaire d'étiquettes enflamme la Toile. Du Guardian à The Independant en passant par Le Monde, tous pointent du doigt le mystérieux scandale.

D'autant plus que cette histoire surgit un an seulement après l'effondrement de l'immeuble du Rana Plaza en avril 2013, celui-là même qui avait causé la mort de près de 1 200 travailleurs du textile dans les faubourgs de Dacca, la capitale du Bangladesh. Là où l'enseigne irlandaise faisait confectionner la plupart de ses vêtements.

Dhaka Savar Building Collapse

L'effondrement de l'immeuble du Rana Plaza en avril 2013 (Crédit Image : Flickr)

De son côté, Primark a ouvert une enquête pour définir l'origine de ces troublantes étiquettes. Mais dans un communiqué de presse publié sur le site de la marque le 27 juin, l'enseigne parle déjà d'un canular. Selon elle en effet, les deux pièces (celles qui portent les messages "Forcé à travailler durant d'épuisantes heures" et "Conditions dégradantes main-d'œuvre exploitée") n'ont pas été fabriquées dans la même usine. Ce qui exclurait de facto que les étiquettes aient été cousues par la même personne, qui aurait souhaité envoyer un message de détresse :

Notre enquête sur les étiquettes cousues sur deux vêtements conçus dans deux usines différentes nous a menés à la conclusion qu'il est plus probable qu'il s'agisse d'un canular réalisé au Royaume-Uni.

L'éternel problème des conditions de main-d'œuvre

Si certains crient au canular, et qu'on ne connaîtra probablement jamais l'auteur de ces petits mots glissés sur les étiquettes, cette histoire soulève une nouvelle fois le problème de la délocalisation des géants du textile, et des mauvaises conditions de travail infligés à leurs travailleurs. Et ce en dépit de la médiatisation du problème.

Récemment, la journaliste française nous emmenait dans les coulisses troubles du géant suédois H&M grâce à son documentaire “Le Monde selon H&M”, diffusé sur Canal +. Un film à travers lequel elle dévoilait les petits secrets cachés sous l’étiquette d’une firme mondiale alignant 3000 magasins et affichant ses 1,92 milliards d’euros de bénéfice en 2013 à la vitrine du monde.

Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.