Une députée propose la légalisation du cannabis sous contrôle de l'Etat

Une députée de la majorité a remis un rapport qui préconise légalisation du cannabis dans la sphère privée et le contrôle de la vente par l'Etat. 

Sera-t-il un jour possible de faire ça chez soi ?

Sera-t-il un jour possible de faire ça chez soi ?

Ce jeudi 20 novembre, deux députés, l'un UMP et l'autre PS, présentaient à l'Assemblée nationale un rapport sur l'évaluation de la lutte contre l'usage des substances illicites. Leur constat est simple : échec de la politique de répression actuelle, notamment en matière de cannabis, drogue préférée des Français. Selon les estimations de l'OFDT, près de 1,2 million de citoyens en consomment régulièrement. Par ailleurs, ils seraient au moins trois fois plus nombreux à en fumer de manière occasionnelle.

BFMTV, qui a eu accès au rapport en question, note que les deux parlementaires s'étonnent de concert de l'inégalité de la répartition du budget annuel de 2 milliards d'euros destiné à lutter contre les substances illicites. Les fonds sont répartis comme suit : 850 millions d'euros sont consacrés à l'application de la loi, 830 millions d'euros aux soins... et seulement 300 millions sont destinés à la prévention.

Selon le rapport, le nombre de procédures judiciaires pour usage a doublé au cours des années 2000 : de 72 000, il est passé à 135 000 en 2010. Eh oui, c'est quand on parle en chiffres que le cannabis fait le plus planer : cette substance illicite est la plus prisée des consommateurs de drogue en France. Le Figaro Santé rappelle que la marie-jeanne représente 80% de la consommation de l'ensemble des drogues, et concerne 3,9 millions de consommateurs, dont 1,2 million de consommateurs réguliers. A l'âge de 16 ans, les Français sont les premiers consommateurs de cannabis en Europe.

"Affaiblir les criminels en réduisant la demande"

Pour pallier la politique de répression jugée inefficace par les parlementaires, deux postures alternatives sont proposées : celle de l'UMP Laurent Marcangeli propose de transformer le délit en contravention de troisième catégorie, punissable d'une amende de 450 euros. "Il faut supprimer la condamnation à de l'emprisonnement", estime-t-il dans ce rapport rédigé à quatre mains.

Mais la socialiste Anne-Yvonne Le Dain va plus loin : elle propose la légalisation de l'usage individuel dans la sphère privée... et une vente permise sous contrôle de l'Etat (un peu comme en Uruguay, donc). Ce matin, face à Thomas Sotto dans les studios d'Europe 1, elle tenait un discours pro-légalisation que les Français n'avaient pas entendu depuis longtemps dans les médias :

Il ne s'agit pas de vouloir faciliter la consommation d'une drogue mais de prendre acte d'un fait. Je pense qu'on n'arrêtera pas ce déploiement du haschisch en France. C'est devenu récréatif, festif et banal. Il y a 30 ans, les jeunes fumaient : aujourd'hui, ils ont 60 ans et continuent à fumer.

Je pense qu'on pourrait imaginer une vente sous contrôle de l'Etat. [Une politique qui permettrait] d'affaiblir les réseaux criminels en réduisant la demande, procurerait des recettes fiscales affectées à la prévention et au soin, et permettrait aux forces de l'ordre de redéployer des moyens sur la lutte contre le trafic.

En 2012, le recadrage de Vincent Peillon

Depuis que Vincent Peillon, alors ministre de l'Education, s'était prononcé favorable à la "réouverture du débat" sur le cannabis en octobre 2012, la fumette était pour ainsi dire totalement absente des discussions politiques. Recadré fermement par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, Vincent Peillon s'était ainsi fait notifier qu'on n'effleurerait pas le sujet au gouvernement.

Qu'importe, Anne-Yvonne Le Dain n'est pas ministre. Elle confiait ce matin, à propos de son rôle de parlementaire : "C'est aussi notre rôle de député de dire les choses, et de les faire avancer."

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.