En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Le secteur du livre doit se mettre à la page sur le développement durable

Un rapport épingle le manque de durabilité du secteur de l’édition qui pourrait pourtant se réinventer pour être plus écologique.

© Lysander Yuen/Unsplash

On n’y pense pas forcément mais le secteur de l’édition est chronophage en papier (donc en arbres), avec des conséquences sociales et environnementales préoccupantes. S’il n’est pas question d’arrêter de lire pour être écolo, la filière de l’édition pourrait en revanche se réinventer pour adopter un tournant plus durable. C’est ce que préconise l’étude "Un livre français : évolutions et impacts de l’édition en France" réalisée par le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic) et relayée par BFM Business. Le document soulève un paradoxe : la production du secteur de l’édition – pourtant en crise – ne cesse d’augmenter, transformant ce bien culturel très prisé des Français en un objet de consommation de masse au coût environnemental exorbitant et pris au piège de la surproduction.

Manque de traçabilité de la filière

Le Basic a étudié l’ensemble de la filière de l’édition, de la chaîne du papier (exploitation forestière, fabrication de pâte à papier et de papier) à celle du livre (impression, édition, diffusion et distribution, vente et fin de vie). Comme la plupart des industries – essentiellement régionales jusqu’aux années 1990 –, celle du papier a subi de plein fouet la mondialisation et s’est délocalisée vers les pays émergents : principalement la Chine, le Brésil et l’Indonésie. Leurs avantages ? Des politiques sociétales et environnementales moins strictes (pour ne pas dire inexistantes) et donc garantes de bas coûts, de productivité et de rentabilité.

De nouvelles industries papetières se sont développées en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, notamment grâce à la monoculture d’eucalyptus et d’acacias, avec à la clef la précarisation des employés, entre bas revenus et mauvaises conditions de travail. Une hausse de la déforestation et de la pollution serait aussi constatée dans les pays concernés, ainsi que l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Les auteurs de l’étude taclent également l’opacité de cette filière :

"Chaque acteur [est] dans l’ignorance partielle ou complète du fonctionnement des autres maillons, surtout en amont. Alors que les éditeurs et les libraires avaient autrefois une bonne maîtrise de la chaîne du livre, essentiellement nationale, la filière est aujourd’hui fortement désintégrée."

Arrêter de penser les livres comme des produits

Le rapport souligne en outre les effets néfastes de la mondialisation appliquée au secteur du livre, des biens culturels devenus des produits de consommation, et ce alors même que la filière est en crise. En effet, si le livre restait en 2015 le premier objet culturel acheté par la population, il ne rassemblait plus que 14 % des dépenses des Français en 2015 contre 25 % en 1968. L’étude insiste d’ailleurs largement sur la surproduction :

"Cette vigueur de la production dans un contexte de baisse de la demande est typique d’une économie de l’offre : les maisons d’édition doivent créer la demande en 'inventant' constamment de nouveaux produits. Il s’agit pour les éditeurs de multiplier les titres tout en continuant d’occuper le terrain pour créer un 'effet de masse'".

Le rapport cite à cet effet l’éditeur Gilles Colleu (éditions Vents d’ailleurs) qui confirme cette tendance en affirmant que "les livres sont des produits frais avec une date de péremption". Le rapport encourage ainsi à basculer vers des modèles de productions durables (plantations de bois certifiées, fibres recyclées), l’adoption de nouveaux modèles de lecture comme la liseuse, ainsi qu’une meilleure gestion des flux et des impressions (comme l’impression "à la demande" à flux tendu). Mais il alerte sur le fait qu'"aucune de ces alternatives ne peut à elle seule mettre fin aux impacts constatés" et conclut sur le besoin de faire émerger, avec tous les acteurs français, une filière du livre durable.