Le changement climatique va provoquer la plus grande crise migratoire de l’Histoire

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Selon les experts, le nombre de réfugiés climatiques pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions de personnes dans la prochaine décennie. Ils appellent les gouvernements à anticiper cette crise migratoire sans précédent.

Kalacha, Kenya, en 2006 : des bergères cherchent de la nourriture pour les quelques bêtes qu’il leur reste, après une période de sécheresse longue de trois ans que la pluie vient de briser. Cette région semi-aride est l’un des endroits au monde qui souffrent le plus des effets du changement climatique avec des changements de conditions météorologiques de plus en plus brutaux et extrêmes. (© Gideon Mendel/Corbis via Getty Images)

Des dizaines de millions de personnes à travers le globe vont être forcées de quitter leurs terres dans les dix prochaines années en raison des conséquences du changement climatique : inondations, cyclones, sécheresse ou glissements de terrain… Des flux migratoires sans précédent qui vont provoquer la plus grande crise de réfugiés jamais connue à ce jour selon une nouvelle étude publiée jeudi 2 novembre par l’ONG britannique de défense des droits de l’homme, Environmental Justice Foundation, relayée par le quotidien britannique The Guardian.

Un énorme défi géopolitique que les gouvernements et les acteurs non étatiques doivent absolument anticiper, et l’un des plus gros enjeux auxquels l’Europe va devoir faire face dans les vingt prochaines années. Sous peine de se retrouver complètement dépassée par les événements.

"Si l’Europe pense avoir un problème avec la migration aujourd’hui, attendez de voir dans vingt ans"

Selon les experts militaires et de sécurité cités dans le rapport de l’Environmental Justice Foundation, le nombre de réfugiés climatiques sera par exemple incomparable avec celui que nous connaissons actuellement en Europe en raison du conflit syrien. Et lorsque l’on voit à quel point l’Europe est actuellement complètement dépassée, on ose à peine imaginer ce que serait un scénario migratoire multiplié par dix.

"Si l’Europe pense qu’elle a un problème avec la migration actuellement, attendez de voir dans vingt ans, ironise presque Stephen Cheney, un ancien haut gradé de l’armée américaine à la retraite cité par le quotidien britannique. Attendez de voir ce qui se passera quand le changement climatique va déplacer les populations hors d’Afrique – en particulier du Sahel – et on ne parle pas d’un ou deux millions de personnes mais de 10 ou 20 millions. Ils ne vont pas aller en Afrique du Sud, ils vont traverser la Méditerranée."

Par conséquent, les auteurs de cette étude appellent les gouvernements à travailler dès à présent sur un cadre légal pour accueillir ces réfugiés climatiques dont les populations sont extrêmement vulnérables. Pour rappel, le statut de réfugié climatique n’est toujours pas défini juridiquement dans le droit international. Ils notent par ailleurs que si les pays du Sud sont particulièrement touchés, l’Occident n’est pas en reste, notamment les États-Unis où la liste des déplacés climatiques commence déjà à prendre de l’ampleur.

Une source d’instabilité géopolitique

Les experts préviennent que le déplacement de dizaines de millions de personnes aura des répercussions considérables sur la stabilité de l’ordre mondial :

"Le changement climatique est l’ingrédient imprévisible qui, ajouté à des tensions sociales, économiques et politiques déjà existantes, a le potentiel d’entraîner des violences et des conflits aux conséquences désastreuses", prévient Steve Trent, le directeur de l’Environmental Justice Foundation.

Pour sir David King, ancien conseiller scientifique du gouvernement britannique, "ce dont nous parlons ici est une menace existentielle pour notre civilisation sur le long terme". Elle nécessite par conséquent "une réponse humaine à la hauteur, ce qui par le passé n’a jamais été accompli".

Pour les observateurs, la migration massive qui se dessine à l’horizon doit être une priorité pour les décideurs politiques et économiques. Elle confirme en effet l’urgence de lutter contre le réchauffement climatique en diminuant considérablement nos émissions de gaz à effet de serre, pour aller vers un monde plus résilient et plus sûr. Ce rapport espère ainsi mettre le sujet des réfugiés climatiques sur la table de la COP23 qui se tiendra à Bonn du 6 au 17 novembre prochains.

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