Culture, art et scène underground : pourquoi aller à Athènes cet été

Athènes, ce n’est pas que les sites archéologiques et les savons à l’huile d’olive. Athènes, c’est aussi une scène alternative et underground diversifiée, riche et excitante. C’est une ville qui évolue à grands pas malgré la crise qui frappe le pays et qui pourrait très vite réussir à rivaliser avec les capitales les plus cool du monde.

@Laetitia Gorsy / Konbini

@Laetitia Gorsy/Konbini

Athènes, au cœur de la Méditerranée, est une des plus vieilles villes du monde. Nichée entre mer et montagne, c’est une ville antique chargée par son histoire et ses mythes, c’est aussi le berceau historique de notre démocratie. On a tous déjà un peu cette image d’Athènes : colossale, antique, chargée d’une histoire tumultueuse et complexe comptant heures de gloire, déclin, guerre du Péloponnèse, conquête macédonienne, domination romaine, sites archéologiques et autres déesses et dieux, soit. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut aussi visiter et sentir les vibrations d’Athènes, sans se battre avec ses vieux cours d’Histoire et toute la mythologie en 10 volumes !

Athènes, ville de contrastes

Athènes attire chaque année des millions de touristes, mais la plupart du temps, les visiteurs font le tour du centre historique, visitent l’Acropole (qui domine la ville) et le musée national archéologique, ils partent ensuite très vite passer leurs vacances et se dorer la pilule sur les îles helléniques alentours.

Acropole / @Laetitia Gorsy / Konbini

Acropole. (@Laetitia Gorsy/Konbini)

Pour comprendre Athènes, il faut donc regarder les choses d’un peu plus près… On débarque dans une ville qui sent bon la fleur d’oranger et la bonne cuisine grecque malgré la pollution bien présente. Le métro est ultra clean (depuis les Jeux olympiques de 2004), les rues ne sont pas surpeuplées et l’ambiance est plutôt posée mais toujours animée.

Les routes larges offrent des dizaines de bifurcations possibles et très vite on se perd dans des petites ruelles chaleureuses et charmantes. Les façades des bâtiments sont bien souvent propres. On ressent une influence orientale très forte et on a en même temps l’impression de se balader dans le sud de l’Italie. On a l’embarras du choix en matière de restaurants et de cafés, autant de petits endroits tenus par des gens du coin que de restaurants chics et haut de gamme. Ce sont ces forts contrastes qui dépaysent complètement, le tout sans jamais être bling-bling, ni prétentieux…

@Laetitia Gorsy / Konbini

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Athènes underground, par les habitants

La ville offre une scène underground et alternative riche et en pleine expansion. Son université propose une approche intéressante des études sociales et son école des beaux-arts est fraîche et active. Les meilleurs endroits d’Athènes se trouvent derrière des portes de garage ou au fond des patios… Il faut donc être curieux et prendre son temps.

On trouve ainsi à Athènes de nombreuses galeries, artist-run spaces, salles de concerts, librairies, plateformes éditoriales influentes, théâtres indés, cinémas, bikes shops. Des projets menés soit par de vrais Athéniens soit par des gens qui ont décidé après Paris, Berlin, Los Angeles de poser leurs valises ici pour un moment. Il y a une énorme vague DIY. Les gens créent ensemble et de plus en plus partagent des espaces de coworking ou des ateliers. On se rend compte aussi au fil des discussions que les gens sont ouverts aux collaborations, aux projets innovants, aux idées décalées aussi. Seul le temps nous dira comment tout cela va évoluer mais on peut clairement sentir une vague de "pré-gentrification". On a rencontré à Athènes quelques personnes qui ont eu leurs propres expériences là-bas et qui nous ont largement donné leur avis sur la ville, avec leurs tips à eux…

Paul Makowski, jeune artiste, a débarqué à Athènes un peu par intuition et y a ouvert avec un ami (et peu de moyens) deux lieux d’expositions temporaires appelés "super", leur but était de monter des expos avec de très jeunes artistes n’ayant jamais exposé leurs œuvres et d’avoir ainsi une expérience "internationale" un peu brin dépaysante…

"C’est une très chouette ville, très dense. Tu t’y sens un peu comme dans un petit New York, très cosmopolite avec une super énergie. Bien sûr on ressent encore la crise, les gens souffrent de ça mais on sent que chacun y donne du sien, ce qui donne une atmosphère très positive et attractive."

Paul nous recommande vivement le Lohan, le club de Lindsay Lohan…

Despina Charitonidi, 26 ans, est née à Athènes et y a étudié aux Beaux-Arts, elle définit Athènes comme "une ville trop orientale pour être occidentale et trop occidentale pour être orientale" et a, selon elle "en plus d’être une capitale européenne un 'je ne sais quoi' en plus"… Elle compare aussi Athènes à Berlin…

"Je suis née ici… je pourrais dire qu’Athènes est un peu kitsch d’un côté avec tout son côté ruines antiques… mais néanmoins, les gens, le climat, le coût de la vie, la cuisine sont exceptionnels. Il y a une vraie variété de divertissements, les théâtres, les musées, la vie nocturne… On se sent vivre là-bas, on se sent vrai sans pression sociale, où le beau et le laid se côtoient sans complexes. Je trouve ma ville charmante avec ses graffitis vintage et ses taxis jaunes. Nos soirées ne sont pas basées sur les drogues mais sur la musique, les échanges, le langage corporel. À Athènes, la jeunesse est aussi politiquement engagée et active. Les jeunes s’engagent car il y a de l’espoir."

@Laetitia Gorsy / Konbini

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"Athènes pourrait être un 'Berlin by the Sea', mais, même si Athènes est plutôt hype, la ville n’est pas encore à son paroxysme… tout n’est pas romantique et tout est à construire… Ce qui est jusqu’ici certain, c’est qu’on peut noter qu’il y a de plus en plus de jeunes gens arrivant de l’étranger, on parle de plus en plus anglais dans la rue, comme si Athènes était 'the place to be' en ce moment…"

Pour une véritable expérience grecque, Despina recommande une virée à Vathis Square pour un falafel à 1 ou 2 euros ou une salade grecque, au cœur d’Athènes, là où de multiples cultures se rencontrent. Elle nous conseille aussi le Asylo bar (y aller après 2 heures ou 3 heures du mat'), les gens boivent, dansent sur un mix bizarre de Britney Spears, de Metallica ou de pop musique grecque…

Ernst Sylvester est un artiste allemand, un brin nomade qui pose, depuis 2015, régulièrement ses valises à Athènes. Pour lui, la ville est une vraie source d’inspiration…

W139 / @Ernst Sylvester

W139 / @Ernst Sylvester

"À Athènes, tout le monde vit au même rythme, on prend part aux choses et on partage, même si la réalité est dure et que si on veut vraiment s’installer à Athènes, on sera forcément confronté à un certain nombre de difficultés comme de trouver un travail par exemple… les difficultés locales vous ouvrent les yeux, c’est une conséquence logique, il faut vivre avec Athènes et respecter son rythme."

@Laetitia Gorsy / Konbini

@ Laetitia Gorsy/Konbini

"La ville me donne envie de me lever le matin, de sortir, de marcher, de faire des choses. Il y a ce truc ouvert et en action qui me touche beaucoup. Certes vous pouvez visiter les grandes institutions comme le Benaki Museum (musée d’art et d’histoire d’Athènes) ou le EMST (le musée d’art contemporain) mais les vraies choses, elles se passent dans la rue, en interaction avec les gens et les endroits cool se trouvent avec le bouche-à-oreille. Par contre, pour moi, c’est impossible de comparer Athènes à Berlin, les dynamiques sont différentes, le climat et le style de vie aussi."

Ernst recommande d’aller manger à Ouzeri Tou Laki (restaurant où on vous servira le poisson le plus frais et savoureux de la ville), de boire un verre au Galaxy Bar (pour une virée chic), d’aller au Koukles Club (tenu par des Drag-Queens super sympas) et au Cantina Social (un bar branché avec projection de films classiques à la tombée de la nuit). Il nous conseille aussi de voir l’atmosphère du centre-ville à 6 heures du matin.

Yana Rotner est une artiste basée à Tel Aviv. Elle a passé 2 mois dans un centre d’art pour travailler sur ses projets artistiques. Pour elle, Athènes est devenue une ville très familière, par sa mentalité et ses dynamiques culturelles et sociales.

"Pendant mon séjour à Athènes, j’ai vraiment rencontré la scène artistique locale, j’y ai travaillé avec beaucoup d’artistes grecs. J’ai aimé la manière dont les jeunes artistes constituent leur réseau en créant et contribuant à beaucoup d’événements dans la ville. Selon moi, Athènes a le rôle d’une sorte de 'nouveau Berlin'. C’est hype et frais, les gens sont engagés et on échange de vraies idées, il y a quelque chose de très authentique ici."

"Un jour, j’ai voulu m’échapper du centre-ville, nous avons roulé 30 minutes et nous nous sommes retrouvés à la bordure d’Athènes, à Agia Marina. Nous nous sommes baladés et nous avons ensuite bu un verre en haut de la colline au café Telescope, la vue sur la ville est improbable et son ambiance m’a complètement fait penser aux vibrations de Los Angeles, dans sa banlieue. Juste au-dessus, il y a une petite église moderne très surprenante…Athènes a sans aucun doute des centaines d’endroits secrets comme celui-là."

Yana recommande les fermiers du marché de Kolonaki tous les vendredis pour acheter du vrai fromage grec et du ziporo (meilleur que le raki) puis d’aller prendre un cappuccino au Kostarelos… Elle nous recommande aussi d’aller voir la super librairie indépendante Ommu, de découvrir des petites galeries comme la Snehta Residency et d’écouter Radio Athènes (radio indé, art et culture).

On fait quoi d’autre, sinon ?

En quelques exemples, voici quelques spots et lieux qui donnent à la ville son charme et son intérêt…

Pour se promener, on peut commencer à faire un tour dans le centre-ville populaire. Il entoure l’Acropole et constitue un triangle entre Omonia (épicentre commerçant de la ville), Syntagma (centre géographique et politique) et Monastiraki (épicentre touristique). Ce sont un peu les "incontournables" et il faut compter environ 15 minutes d’une place à l’autre. C’est aussi un coin où on peut se poser boire des vrais cafés grecs ou bien y trouver les parfaites paires de spartiates "made in Greece". À ne pas rater dans le coin : les puces et le marché de poissons et viandes, impressionnants (âmes sensibles, s’abstenir).

Les puces - Monastiraki / @Laetitia Gorsy / Konbini

Les puces, Monastiraki. (@Laetitia Gorsy/Konbini)

Autre idée, à 30 minutes en taxi du centre, le port du Pirée, c’est de là qu’on prend le bateau pour les îles grecques. C’est très pollué aux quais des arrivées et départs des ferries mais on peut quand même longer le port et se faire son propre avis sur le lieu. C’est aussi l’expérience de la réalité où on se retrouve face à une triste vérité - arrivée et départ des touristes mais aussi des migrants ensuite livrés à eux-mêmes. Si on longe le port, on arrive assez vite sur le port de plaisance, plus calme et agréable. C’est aussi un lieu où on peut se fournir en masse du matériel en tout genre, la niche des artisans athéniens, à voir.

Port de Pirée / @Laetitia Gorsy / Konbini

Port de Pirée / @Laetitia Gorsy / Konbini

Et pour les fans de tourisme de masse, on vous conseille le quartier de Pláka (juste au pied de l’Acropole). C’est le quartier le plus visité soit, le plus fatigant aussi… On y trouve toutes les boutiques de souvenirs les unes à côté des autres, des restaurants à touristes (un peu arnaque mais pourquoi pas pour un drink après la visite de l’Acropole).

Plaka / @Laetitia Gorsy / Konbini

Plaka. (@Laetitia Gorsy/Konbini)

Pour s’ouvrir l’esprit ou se cultiver un peu plus, Athènes regorge d’endroits… On peut se la faire "classique" avec visite de l’Acropole, du musée archéologique et du musée d’art cycladique ou plus "underground". On vous conseille alors des endroits comme par exemple le TAF Theartfoundation, lieu culturel alternatif caché derrière une minuscule porte au beau milieu des puces de Monastiraki… On visite les expos en cours, on s’y pose pour boire un verre, c’est un endroit sympa, insolite "with no social pressure".

Le Taf - theartfoundation / @Laetitia Gorsy / Konbini

Le Taf-theartfoundation. (@Laetitia Gorsy/Konbini)

On peut aussi se rendre à la galerie d’art contemporain The Breeder, lieu clairement hype qui présente des artistes et performeurs contemporains en vogue. La galerie se niche dans un immense lieu réhabilité… Les vernissages sont plutôt fous et bondés. Pareil pour l’Ifac AthinaL’Ifac est une plateforme artistique née à New York. En 2016, l’Ifac se lance à Athènes et ouvre un très beau lieu d’exposition avec toujours des choix artistiques et curatoriaux forts et engagés, le tout situé à l’orée d’un énorme centre commercial…

Autre endroit, Daily Lazy Projects. C’est une jeune galerie internationale, fondée par des artistes. En parallèle, ils ont monté un blog où on y parle d’art et qui showcase des expositions en cours, des ateliers d’artistes et des œuvres d’art. Leur lieu est sponsorisé par Efimerida café-bar (un super endroit où boire un verre qui propose aussi des soirées comme on aime).

Côté nightlife, on a l’embarras du choix, comme chaque ville, il y a quelques labels bien en place comme par exemple Analogue qui propose du gros son. On ira alors danser au six d.o.g.s (night and day club avec jardin) ou au Lora Palmer… En réalité, il existe énormément d’endroits fous ou juste sympas, alors, si on veut ne pas rater la meilleure soirée de la nuit, le mieux est juste d’aller au-delà de sa timidité et de rencontrer les gens, demander, parler… c’est comme ça qu’on découvrira tous ces endroits non-officiels et de ce fait super excitants…

Manger et boire sera le cadet de vos soucis à Athènes… Non seulement, on trouve des endroits sympas un peu partout, pas chers, mais en plus on peut faire confiance à la marchandise… Gros fruits et légumes du soleil, poissons frais, fromages, viandes, on mange bien. La moussaka est celle de vos rêves, les olives sont charnues, la tomate n’a pas le goût de l’eau du robinet… Brochettes de viande ou tzatziki, salade grecque (horiatiki) pour les vegans, tarama pour les gourmands, dolmadákia (ou feuilles de vigne), gyros accompagné d’un bon ouzo bien frais… tout ça paraît cliché mais c’est une réalité sur place et on ne s’en plaint pas du tout… C’est l’endroit où à la fois tu pourras tenir ton régime "vert" pour maintenir ton équilibre diététique mais c’est aussi l’endroit où tu pourras prendre 10 kilos, à toi de choisir. On évite quand même les cavernes à touristes, moins charmantes, et on va par exemple au Tyflomiga. C’est une fille ultraclasse qui tient ce petit restaurant et elle cuisine tout elle-même, la carte est surexcitante, la terrasse agréable, il y a parfois des concerts. Il est situé non loin d’un restaurant ultra-huppé Funky Gourmet et pas loin de la galerie/project space Atopos CVC, le quartier n’est pas touristique. C’est une vraie découverte !

Le Tyflomiga / ©Lætitia Gorsy / Konbini

Le Tyflomiga. (© Laetitia Gorsy/Konbini)

INFOS PRATIQUES

Métro : 1,40 euro
Taxi : très abordable
Les rues sont indiquées en alphabet grec mais la plupart du temps aussi dans notre alphabet, ne pas hésiter à demander sa route, les Athéniens sont très sympas.
Acropole : 20 euros, compter une heure de queue.
Juillet-août : hot, hot, hot !