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En Arizona, Waymo fait déjà rouler des voitures autonomes sans chauffeur

La compagnie filiale de Google révèle que depuis mi-octobre, ses voitures autonomes roulent sans aucun être humain au volant en Arizona. Une première.

Oui, ça fait un drôle d’effet. (© Waymo)

Ça y est, nous y sommes, la "voiture autonome" telle que l’on l’imagine en lisant ces mots existe bel et bien. Le 7 novembre, Waymo, la filiale d’Alphabet (elle-même maison mère de Google) spécialisée dans la conception de véhicules sans conducteur, vient d’annoncer que ses minivans sillonnent les routes d’Arizona depuis mi-octobre sans personne au volant – littéralement.

Si Waymo est loin d’être la seule à faire rouler des voitures autonomes dans l’ouest des États-Unis (Uber, Tesla, Lyft, Toyota…), elle est la première à le faire en se passant du "conducteur de sécurité", systématiquement présent dans toutes les démonstrations de véhicules autonomes (ne serait-ce que pour des questions légales).

L’annonce effectuée par le PDG de Waymo, John Krafcik, lors du Web Summit de Lisbonne fait donc l’effet d’une déflagration dans le monde des voitures sans conducteur, qui ne pensait pas arriver si vite à ce stade d’autonomie : la performance de Waymo place en effet son auto au niveau 3 sur l’échelle définie en 2016 par l’organisation des ingénieurs automobiles SAE International et adoptée par les régulateurs américains, qui en compte 5 jusqu’à l’autonomie complète du véhicule.

Et à en croire les déclarations du dirigeant de la start-up, l’entreprise ne compte pas s’arrêter là et devrait proposer, dans quelques mois, le premier service de taxi autonome au monde. En deux annonces, la start-up acquise en 2015 par Google vient donc de franchir les quelques enjambées qui nous séparent d’un monde où la conduite est devenue une compétence inutile, voire dangereuse.

L’Arizona, un État bien pratique pour Waymo

Voilà pour les grandes déclarations. Passons maintenant aux détails, ou du moins à ceux que l’on connaît à ce stade. Premièrement, la voiture n’est pas entièrement vide lorsqu’elle roule, puisqu’un employé de la firme se trouve sur le siège arrière. Deuxièmement, comme l’explique The Verge, le rayon d’action de ces taxis sans chauffeur sera doublement limité : ils ne seront autorisés à circuler que dans un rayon de 160 kilomètres carrés autour de la ville de Chandler, en banlieue de Phoenix, et ne seront proposés qu’à un nombre réduit d’usagers – soit les membres de l’Early Rider Program de Waymo, qui voyagent déjà en taxi autonome (avec chauffeur au volant) depuis avril.

Le monde n’est sans doute pas prêt à se laisser transporter par un véhicule complètement autonome, et on imagine facilement qu’un accident puisse arriver si un client se jette sur le volant en ne supportant plus l’idée que la voiture conduise toute seule. Ces choses-là prennent du temps.

Si Waymo entend bien être la première entreprise à faire du profit sur un service de taxi sans conducteur *bruit du tiroir-caisse*, l’entreprise va néanmoins être rapidement confrontée à de nouveaux ennemis : la législation américaine et le lobby des assurances. Waymo (comme Uber) ne s’est en effet pas installée en Arizona par hasard : contrairement à la Californie, qui encadre sévèrement la circulation des véhicules autonomes (mais devrait s’assouplir en 2018), l’Arizona ne possède quasiment aucun système de régulation de ce type, d’où la possibilité de rouler sans l’indispensable "chauffeur de sécurité".

Un cauchemar administratif et législatif

Selon Krafcik, une fois le service mis en place autour de Chandler, Waymo commencera à s’étendre (quand ? on ne sait pas), avec l’objectif d’opérer dans un rayon de 1 000 kilomètres carrés autour de Phoenix. Pourquoi pas, mais arrivera fatalement le moment où il faudra sortir des immenses plaines arides d’Arizona et s’aventurer dans les grandes villes, pleines de piétons irrationnels et de trafic dangereux. Or, pour le moment, les lois américaines ne le permettent pas.

Et quand bien même l’administration Trump et le Congrès américain mettaient en place un improbable système national de régulation des véhicules autonomes dans les années à venir – lequel a enfin commencé à prendre forme le 6 septembre dernier avec la signature du Self Drive Act par la Maison Blanche, pas encore approuvé par le Congrès –, Waymo devrait ensuite répondre à une seconde salve de questions : comment assure-t-on un véhicule autonome ? Qui est responsable en cas d’accident, surtout si la décision prise par le véhicule tue son passager pour sauver un piéton, par exemple ? Comment être certain de prémunir à la fois les passagers et les autres usagers de la route des risques liés à l’assurance ?

Un véritable cauchemar pour les assureurs et les constructeurs automobiles, qui pourrait obliger ces derniers à devenir leurs propres assureurs, explique Wired. Pour le moment, Waymo n’a encore aucune réponse à apporter à ces interrogations vitales pour le futur de son activité. L’heure est aux grands sourires et aux vidéos promotionnelles, mais la suite promet d’être infiniment plus compliquée.

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