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Oui, Apple a bel et bien aidé Pékin à lutter contre l'anonymat en ligne

Après la disparition suspecte de la majorité des applications de VPN de son "store" chinois, Apple a admis sa collaboration avec le régime de Pékin.

Un Apple Store en Chine. (© VCG/VCG via Getty Images)

Bon, avouons-le, on s’y attendait un peu : après la disparition soudaine et inexpliquée de plusieurs applications de VPN sur la version chinoise de l’App Store le week-end du 29 juillet, il y avait de fortes chances pour qu’Apple ait appliqué des consignes venues de Pékin. Bingo : dimanche 30 juillet, dans la soirée, la firme de Tim Cook a publié un communiqué, relayé par TechCrunch, pour confirmer qu’elle était bien à l’origine des suppressions. "Plus tôt cette année, le ministère chinois de l’Industrie et des technologies de l’information a annoncé que tous les développeurs de VPN devaient désormais obtenir un permis gouvernemental. Nous avons été sommés de retirer certaines applications VPN de Chine qui ne se conforment pas à la nouvelle régulation. Ces applis restent disponibles dans tous les autres marchés", écrit l’entreprise. Pas sûr que les défenseurs de la liberté d’information se satisfassent de l’alibi législatif.

Pour rappel, les VPN, ou réseaux privés virtuels, sont des logiciels permettant de contourner la censure d’État sur Internet en brouillant l’adresse IP de l’utilisateur, qui permet de localiser géographiquement sa machine. Des logiciels depuis longtemps dans le viseur de Pékin, qui possède déjà un immense système de censure numérique surnommé "le Grand Firewall". Depuis janvier 2017, tous les VPN doivent obtenir une autorisation gouvernementale sous peine d’être illégaux, et le gouvernement s’apprête à forcer ses trois grands fournisseurs de télécoms à bloquer l’accès à tous les dispositifs anti-censure d’ici à février 2018, selon Bloomberg.

La migraine de Tim Cook

Selon une analyse de l’université de Washington, publiée en avril 2017, il semble cependant difficile de croire que la Chine parviendra à bloquer efficacement l’accès de tous ses citoyens à la majorité du Web (le challenge technique étant presque impossible à relever), mais le gouvernement pourrait très bien se contenter de limiter le nombre de VPN disponibles pour mieux les infiltrer via des portes dérobées, les transformant de facto en outils de surveillance. Une analyse qui, pourtant, semble déjà relativement obsolète, puisqu’elle cite ExpressVPN comme l’un des logiciels les plus utilisés dans le pays et donc candidat à l’infiltration… alors que celui-ci a été le premier à disparaître de l’App Store chinois, le 29 juillet, et à tirer la sonnette d’alarme en publiant le message qu’Apple lui avait envoyé. Depuis, selon la firme, "tous les plus importants services de VPN" ont disparu de l’App Store.

Comme développe TechCrunch, la décision d’Apple est loin d’être anodine et a de quoi filer quelques migraines à Tim Cook. En effet, il est difficile, en voyant la déférence avec laquelle Apple a obéi à l’ordre du gouvernement chinois, de ne pas repenser au combat acharné qu’elle menait en 2016 contre le FBI, lorsque celui-ci voulait obtenir l’accès de l’iPhone de Syed Rizwan Farook, alors auteur présumé de la tuerie de San Bernardino. La firme de Tim Cook n’avait alors pas hésité à s’ériger en héraut de la vie privée en ligne, gagnant le soutien de plusieurs acteurs des libertés individuelles. Parmi eux, Golden Frog, éditeur de VyprVPN, l’un des logiciels concernés par le grand nettoyage opéré sur l’App Store chinois.

Autre exemple de ce "deux poids, deux mesures" ? En janvier 2017, Apple – grand défenseur des libertés fondamentales, donc –, supprimait l’application du New York Times de sa plateforme chinoise sur demande du gouvernement, qui invoquait des "menaces à la sécurité nationale" aussi absconses que les justifications de la firme à la pomme. Qu’Apple ait fondamentalement besoin de rester en bons termes avec le gouvernement chinois est tout à fait compréhensible, l’empire du Milieu représentant son deuxième marché le plus important après le marché américain, rappelle TechCrunch, malgré des résultats en baisse de 4 points en 2016 (alors même que la vente de smartphones en Chine progressait de 9 %).

Pour ne pas risquer de perdre un marché d’une importance capitale, la firme n’a pas d’autre choix que de faire des concessions, quitte à laisser partir une partie de ses utilisateurs chinois vers le plus permissif Android. Le problème, c’est qu’une décision comme celle qu’elle vient de prendre pourrait vite revenir la hanter : que se passera-t-il la prochaine fois que le gouvernement Trump exigera d’Apple des mesures similaires au nom de la sécurité nationale? Que se passera-t-il avec la Russie, qui vient à son tour d’interdire les VPN ? Difficile de réutiliser le coup de la défense des libertés civiles… À l’heure où les réalités économiques viennent fracasser les engagements éthiques, on aimerait rappeler une chose à Apple : le "courage", ce n’est pas supprimer la prise jack de son téléphone ; le courage, c’est de donner à ses actes le reflet de ses déclarations.

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