En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

chin

En images : les visages tatoués des femmes Chin en Birmanie

Depuis 2001, Jens Uwe Parkitny photographie les visages tatoués des femmes Chin en Birmanie. Il nous explique cette tradition à la fois symbolique et douloureuse en train de disparaître.

BW Chin Woman 10 Parkitny watermarked

Le photographe allemand Jens Uwe Parkitny est un habitué du voyage. Après avoir rempli des missions journalistiques dans près de 25 pays en l'espace de sept ans puis avoir travaillé pour une agence de voyage, il a élu domicile il y a deux ans à Singapour et changé de métier pour devenir vice-président du marketing numérique dans l'agence d'hôtellerie Accor pour l'Asie Pacifique. Cela ne l'a pas empêché de continuer ce qui est devenu au fil des années une obsession, celle d'immortaliser les visages tatoués des femmes Chin.

La première fois qu'il rencontre une de ces femmes, c'est en 2001 alors qu'il voyage dans l'État reculé de Chin en Birmanie pour explorer le Mont Victoria, un des plus grands sommets de cette région.

Alors que je repérais les lieux pour organiser ma randonnée dans les montagnes le lendemain, une femme s'est approchée de moi pour me vendre une pipe en terre dans les rues de Kanpelet. J'ai regardé son visage et j'ai tout de suite été fasciné par les lignes de tatouage qui y couraient verticalement de haut en bas.

Le motif de son visage était la signature de son groupe. Je lui ai alors demandé si je pouvais la revoir le lendemain pour prendre une photo car la lumière se dégradait.

C'est donc de cette manière, un peu par hasard, qu'il réalise le premier portrait d'une longue série photo qu'il alimente au fil des ans en retournant régulièrement en Birmanie, pays d'origine de sa femme. Son but : "capturer leur beauté".

BW Chin Women 09 Parkitny watermarked

Une pratique qui tend à disparaître

Si cette première rencontre l'a particulièrement fasciné, c'est bien parce qu'il n'avait jamais vu de femmes tatouées de la sorte au visage. Il s'est ainsi pris de passion pour ces traditions et a alors découvert qu'il y a encore une centaine d'années, plusieurs groupes ethniques perpétuaient ce genre rituel, surtout en Asie.

Il cite alors les Aïnous au Japon, les Atayal de Taïwan, les Brâu au Vietnam, mais aussi les Indiens d'Amériques, les Berbères au Maroc et en Algérie, les Inuits dans les régions arctiques et sub-arctiques, ou encore les Maoris en Nouvelle-Zélande.

Appartenance à un groupe, statut social, expression de la spiritualité, mise en valeur de la beauté ou maîtrise des différentes étapes de sa vie sont autant de raisons pour laisser ces traces visuelles de manière permanente.

Mais, ce qui l'a particulièrement frappé dans les tatouages faciaux des Chin, exclusivement réservés aux femmes, c'est qu'ils sont particulièrement élaborés. Fruit d'une longue tradition, la légende dit qu'ils étaient utilisés pour les enlaidir et ainsi empêcher les Rois birmans de les prendre comme esclaves. "Néanmoins, il n'y a aucune preuve historique ou scientifique que les Chin pratiquaient les tatouages faciaux pour défigurer leurs femmes", précise-t-il. Curieux de connaître leur point de vue, il discutait avec chaque femme dont il faisait le portrait.

La raison la plus courante qu'elles me donnaient c'était la tradition de la communauté, que toutes les autres femmes du village en avaient aussi et que cela amplifiait leur beauté. Certaines m'ont aussi dit que sans ces tatouages, elles n'auraient pas trouvé un homme qui aurait voulu se marier avec elles.

BW Chin Woman 08 Parkitny watermarked

Effectués par des maîtres qualifiés, les tatouages sont une manière de montrer également qu'une jeune fille a atteint la pré-puberté ou la puberté. Chez les Chin, elles avaient en général entre sept et quinze ans lorsqu'on leur a fait le tatouage.

Censée être interdite depuis plusieurs décennies, cette pratique est de moins en moins répandue. Jens estime qu'elles sont moins de 2 000 femmes tatouées encore vivantes.

"Blood faces", une tradition particulièrement douloureuse

Lorsqu'il a voulu réunir dans un ouvrage la plupart de ses portraits, c'est le nom "Blood faces" (visages de sang) qu'il a choisi assez instinctivement pour nommer son livre sorti en 2007.

Le titre "Blood faces" vient à l'esprit assez rapidement lorsque que vous imaginez du sang mêlé à des larmes sur les visages de ces jeunes filles, dont certaines sont à peine âgées de 7 ans, lors de la procédure de tatouage.

Le visage est une des parties les plus sensibles du corps en raison de la forte concentration de nerfs, et piquer une partie de la peau est extrêmement douloureux.

BW Chin Woman 06 Parkitny watermarked

En effet, il raconte alors que les méthodes varient en fonction des traditions. Quand certaines ont subi plusieurs petites coupures pour laisser des cicatrices, d'autres sont piquées à l'aide d'épines ou d'aiguilles. Pour les femmes Chin, ce sont des épines de rotin ou de citronniers provenant des montagnes qui sont utilisées.

Jens explique également qu'en fonction de la tradition du groupe et de la douleur que peuvent supporter les jeunes filles, le tatouage facial est réalisé en une seule fois, soit une séance d'une demi-journée, ou en plusieurs sessions qui peuvent s'étaler sur plusieurs mois voire plusieurs années.

Toutes les femmes que j'ai rencontrées gardent en souvenir cette atroce douleur et m'ont raconté qu'elles ne pouvaient pas manger correctement pendant quelques jours. Pour autant, aucun femme – sauf une –  n'a eu de regrets car c'était la tradition et cela permettait d'élever leur statut social au sein du groupe.

BW Chin Woman 07 Parkitny watermarked

Par ailleurs, si cette tradition est si peu connue en France, c'est aussi parce qu'elle se perpétue dans une région très reculée où peu de touristes osent s'aventurer. En janvier dernier, il a même rencontré une femme de plus de 100 ans qui a lui confié qu'il était seulement le deuxième étranger à qui elle parlait.

Elle fait ainsi partie des dernières femmes Chin tatouées encore vivantes, même s'il a récemment fait la rencontre de l'une d'elles, une jeune fille âgée de 17 ans.

Il est intéressant de voir un renouveau du tatouage facial chez les jeunes Maoris en Nouvelle-Zélande et je ne serais pas surpris d'observer une tendance similaire chez les jeunes femmes Chin à un certain point plus tard.

En effet, alors que le tatouage facial reste une pratique rare, surtout s'il n'est pas issu d'une longue tradition, il paraît qu'il est de plus en plus répandu en Angleterre.

Chin Women 05 Parkitny watermarked

Chin Women 01 Parkitny watermarked

Chin Woman 04 Parkitny watermarked

Chin Women 03 Parkitny watermarked

Chin Woman 02 Parkitny watermarked

Pour voir davantage de ces magnifiques portraits, rendez-vous sur le site de Jens Uwe Parkitny.