Tournage, anecdotes et vin blanc : tout ce qu’il faut savoir sur Ce qui nous lie, le dernier Klapisch

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Débarqué dans les salles obscures le 14 juin dernier, Ce qui nous lie est le dernier long-métrage en date signé du maître de la fresque sociale, Cédric Klapisch. À l’occasion de la sortie en DVD et VOD, Konbini vous propose de visiter les coulisses pour le moins arrosées du film, illustrées avec des photos de Klapisch himself.

© Emmanuelle Jacobson-Roques / Ce qui me meut / StudioCanal

Si vous êtes des inconditionnels du travail de Cédric Klapisch, impossible d’être passés à côté de son dernier film bien du terroir, Ce qui nous lie. L’histoire de trois frères et sœur qui, alors que leur père est sur le point de passer l’arme à gauche, se réunissent dans leur Bourgogne natale afin de s’occuper du vignoble familial. Plus qu’une ode aux vendanges et au métier de vigneron, ce long-métrage célèbre la solidarité au sein d’une fratrie rongée par le deuil.

Une fois n’est pas coutume, Cédric Klapisch a donc relocalisé son tournage dans notre Hexagone, au fin fond des terres bourguignonnes. Il délaisse ainsi les artères bondées de New York, là où a été tourné son film précédent Casse-tête chinois, pour une destination à taille humaine. Ce n’est pas pour autant que le tournage de Ce qui nous lie s’est déroulé dans le plus grand des calmes. On rembobine.

Un tournage long, soumis à la nature

© Cédric Klapisch

À l’écran, Ce qui nous lie retrace la vie de ses personnages centraux durant une année. Par souci de réalisme, Cédric Klapisch a souhaité coller à l’avancement cyclique des saisons. C’est ainsi que le tournage du film s’est vu segmenté en autant de sessions qu’il y a de saisons. D’abord les vendanges à la fin du mois d’août, puis l’automne vers fin octobre, ensuite le froid hivernal en décembre-janvier pour finalement aboutir à la floraison du printemps aux environs de mai-juin.

"En fait, c’est comme s’ils [les acteurs, ndlr] faisaient 4 tournages différents, rationalise Klapisch. Et à partir du moment où on leur a dit 'est-ce que vous êtes libres trois semaines à ces 4 périodes-là', ils nous ont dit d’accord". Au total, le tournage s’est étalé sur huit longs mois, avec forcément des coupures entre-temps. Le léger bémol pour Ana Girardot (Juliette), c’est qu’elle n’a pas eu le droit de toucher à ses cheveux tout au long du tournage. "D’ailleurs, la première chose que j’ai faite le tournage terminé, c’est que je les ai coupés", avoue-t-elle avec humour (et beaucoup de soulagement).

Cédric Klapisch incognito

(© Cédric Klapisch)

Mieux que l’indémodable Où est Charlie ?, sa filmographie nous invite à jouer à Où est Klapisch ?. Les fans du réalisateur le savent, ce dernier a une tradition à laquelle il ne déroge pas. Qu’importe le film sur lequel il bosse, Cédric Klapisch trouve le moyen de s’immiscer devant la caméra le temps d’un bref caméo. Pour son classique Les Poupées russes, il devient un passager lambda de l’Eurostar. Puis, plus tard, dans Casse-tête chinois, le réalisateur endosse le rôle d’un photographe. Cette fois, contexte viticole oblige, il incarne un vendangeur apparaissant dans les dernières minutes de Ce qui nous lie. Alors, allez-vous arriver à le repérer ?

Un nom de personnage lourd de sens

© Cédric Klapisch

Plus que jamais, Ce qui nous lie apparaît comme une œuvre intimiste, personnelle. Principalement grâce à la patte si reconnaissable de Klapisch, mais pas que. Le personnage de Marcel, le défunt père de la fratrie, est une sorte d’hommage de la part de Jean-Marc Roulot, son interprète. Ayant perdu son propre père alors qu’il n’était encore qu’au Conservatoire, Jean-Marc Roulot a pu trouver du soutien auprès d’un certain Marcel, un proche vigneron qui l’avait vu grandir.

"Quand on cherchait le prénom de mon personnage dans le film, j’ai écrit à Cédric et à Santiago Amigorena [scénariste du film, ndlr] qu’on avait un Marcel sur le domaine que j’aimais beaucoup et auquel j’aurais aimé fait un petit clin d’œil", avoue Jean-Marc Roulot. Un clin d’œil subtil, mais qui fait tout de même son petit effet.

Des repérages laborieux

© Cédric Klapisch

Un tournage, ça se prépare. Pour Ce qui nous lie, Cédric Klapisch s’y est pris bien à l’avance, attaquant sa recherche dès 2010 en allant assister aux vendanges de son ami vigneron Jean-Marc Roulot (qui, d’ailleurs, incarne le patriarche Marcel dans le film). Comme fasciné par cet environnement qu’il découvre, le réalisateur se met en tête de dénicher l’arbre parfait pour illustrer le cycle des saisons. Il fait alors la rencontre de Michel Baudoin, photographe local familier du domaine bourguignon. Ensemble, ils trouvent deux cerisiers qui les aideront dans leurs repérages.

"Il a fallu trouver le bon cadrage, le bon objectif, la bonne heure pour les photographier, insiste Cédric Klapisch. Michel a accepté de se prêter au jeu et pendant un an, il est allé photographier chaque semaine ces deux arbres, à chaque fois à la même heure." Résultat des courses, son ami (ou devrait-on dire associé ?) a capturé 52 photos/plans de ces deux cerisiers, perdus au milieu des vignes. Et oui, l’art, ça demande quelques sacrifices (et beaucoup de dévouement).

Un titre (re)remodifié

(© Cédric Klapisch)

Comme beaucoup d’œuvres, littéraires comme cinématographiques, le titre du film a été sujet à de nombreux remodelages. Au tout début, Cédric Klapisch comptait titrer son film Le vin, dans la plus grande simplicité. Puis, après maintes modifications, il blague en disant qu’il pourrait l’appeler en fin de compte Ce qui nous noue, faisant ainsi référence à son court-métrage intitulé Ce qui me meut, également le nom de sa boîte de prod'.

Pas de chance pour lui, StudioCanal n’a pas approuvé son idée mais lui suggère Ce qui nous lie, et là ce fut la révélation."D’une part il y a le jeu de mots avec la lie du vin, appuie Klapisch, et puis disons que le nœud familial et lien familial, ce n’est pas la même chose." Au bout du compte, tout est bien qui finit bien.

Une arrivée en Bourgogne mouvementée

(© Cédric Klapisch)

"Déjà, il faut savoir qu’à notre arrivée en Bourgogne, on a été invités à déjeuner et il y avait une dégustation de sept verres de vin différents", dévoile Ana Girardot, encore surprise de la quantité d’alcool ingurgitée dans cette période d’avant-tournage. Après un déjeuner assurément arrosé, il fallait forcément continuer sur cette lancée. "Ensuite, nous étions invités à découvrir plusieurs domaines dans l’après-midi, continue François Civil (Jérémie). L’hospitalité bourguignonne a évidemment transformé chacune de ces visites en dégustations chargées."

Quant à lui, Cédric Klapisch se remémore cette première journée avec l’équipe au grand complet et va même jusqu’à la qualifier de mythique : "À la fin de la nuit, ils étaient tous les trois [Pio, Ana et François, ndlr] dans un état second… C’est vraiment grâce à ça que j’ai su comment les diriger dans la séquence où ils sont bourrés. Donc ça peut paraître bizarre de dire ça, mais c’est vraiment de la préparation." Au final, nous aussi, on aimerait bien faire ce type de préparation avec Cédric Klapisch !

Pas facile, le métier de viticulteur

(© Cédric Klapisch)

Être comédien, c’est changer de rôle pour chaque nouveau projet. Alors, pour Ce qui nous lie, Ana Girardot n’a eu d’autre choix que de cumuler son métier d’actrice avec celui de vigneronne. "Le fait de tourner sur un an, c’était une chance inouïe parce qu’on a vu la vigne évoluer, les étapes de la vinification, de la récolte, de l’entretien des terres…", confie-t-elle volontiers. Pour le tournage du film, elle a effectivement dû donner du sien pour apporter une certaine crédibilité au personnage.

Cela passait, entre autres, par la prise en main d’un gigantesque tracteur. "C’est super compliqué, il y a 25 pédales, c’est énorme, on a l’impression qu’on va tuer tout le monde sur son passage", dévoile-t-elle avec légèreté. Ana a également pu s’adonner à l’exercice du foulage de raisins. Une expérience qu’elle reconnaît comme laborieuse : "C’est très agréable, c’est tout chaud. Moi je m’arrête assez vite parce que c’est physique, il faut pousser avec les jambes". Et oui, avant que le vin ne vienne délecter nos papilles, il faut le produire et c’est un job artisanal qui demande une vraie persévérance. Ça, Ana l’a bien compris !

Entre documentaire et fiction

(© Emmanuelle Jacobson-Roques/Ce qui me meut/Studio Canal)

Les spectateurs de Ce qui nous lie se souviennent encore de la scène de la Paulée, soit la fête organisée par les vignerons en l’honneur de la fin des vendanges. Les gens dansent, l’alcool coule à flot : en bref, de la bonne humeur en pagaille. Si ce passage semble étonnamment crédible, c’est parce qu’il l’est. Une Paulée véritable de vignobles bourguignons a été filmée par l’équipe du film puis, quatre jours plus tard, la scène était reconstituée.

Pour l’occasion, une majorité des gens présents à la vraie Paulée ont été invités sur le tournage pour revivre la fête. "On leur a dit de s’arrêter de temps en temps et où ils buvaient du jus de raisin à la place du vin, précise le réalisateur. Mais en revanche, comme ils avaient vécu le vrai moment festif à la fin de ces 10 jours de travail dans les vignes, ils savaient le reconstituer particulièrement bien." Entre documentaire et fiction, il n’y a qu’un pas.

Une BO bien du terroir

(© Emmanuelle Jacobson-Roques/Ce qui me meut/StudioCanal)

Dans Ce qui nous lie, de nombreux passages sont sublimés grâce aux morceaux de musique subtilement sélectionnés, voire conçus sur-mesure. C’est notamment le cas de la scène de la Paulée, où les vignerons célèbrent la fin des vendanges sur un tempo festif qu’on doit aux deux compositeurs, Christophe "Disco" Minck et Loïk Dury. Le tandem décide de se rendre sur le tournage de la vraie Paulée et repère sur place des vendangeurs mauriciens en train d’interpréter une de leurs compositions.

"Pendant la soirée, le morceau me reste en tête. Donc je retourne voir les types en question qui m’expliquent que c’est leur morceau, dont ils ont écrit paroles et musique, révèle Loïk Dury. Et je me dis que ce morceau-là, genre variété soul créolisée, c’est ce qu’il faut pour la séquence de la Paulée." Après un temps d’hésitation, Cédric Klapisch abdique et valide ce choix : la chanson des deux vignerons est incluse dans Ce qui nous lie. Comme quoi, tout peut arriver.

Ce qui nous lie est disponible en DVD, Blu-ray et VOD, chez Studiocanal.