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Adam Basanta, The Sound of Empty Space ©

Écouter le son d'un espace vide, voilà ce que propose cette installation

L'artiste Adam Basanta a dédié une exposition à ce qu'il appelle "Le son de l'espace vide". À travers son installation, il expose le phénomène de rétroaction acoustique et exploite les potentialités de ses matériaux pour laisser entendre l'espace vide.

Né en 1985, Adam Basanta est un artiste basé à Montréal. Son installation, The sound of empty space est très liée à ses activités de compositeur puisqu'il donne à entendre toute la potentialité des matériaux et de l'espace qui les entoure. Grâce à des systèmes de microphones insérés dans ses outils, il fait écouter aux visiteurs le bruit de l'espace vide.

Neutralisant le potentiel de communication des objets, l'artiste met systématiquement face à face haut-parleur et micro, que ce soit dans une bouteille de verre, dans les airs ou bien retenus entre deux plaques de Plexiglas. L'artiste contrôle grâce à des algorithmes et mouvements les sons émis afin de donner toute son importance à l'environnement de ces derniers.

The Sound of Empty space, Adam Basanta ©

The sound of empty space © Adam Basanta

L'espace vide pour expliquer la rétroaction acoustique

Son idée ? "Amplifier le système d'amplification lui-même" dans un espace décrit comme "vide" et sans une quelconque autre activité sonore. Contacté par Konbini, Adam Basanta explique :

Dans ces travaux, "l'espace vide" se réfère à l'inactivité sonique entre le microphone et le haut-parleur. Habituellement, on utilise des outils pour amplifier les sons importants ; à la place de cela, dans ces pièces, je voulais amplifier le système d'amplification lui-même — le vide entre ces éléments du système dans un environnement acoustique ou un conteneur — plutôt que d'étudier un son "important".

Un véritable "espace vide" — au sens de vide de toute matière — entraînerait un vide qui occasionnerait un silence complet, le son n'ayant pas de moyen (l'air) de voyager à travers.

L'installation met en lumière la singularité de l'espace vide mais aussi le processus auditif dans son ensemble, rendant compte de la complexité de l'effet Larsen, ou phénomène de rétroaction acoustique.

L'effet Larsen est toujours le résultat d'une relation entre une entrée pour les données (le microphone ici), une restitution (par le haut-parleur) et un conteneur sonore (une pièce, un bocal...). En fait, l'effet Larsen est ce qui rend audible ce système relationnel.

Mais c'est le cas pour tous les sons : la substance de tous les sons que nous entendons est générée par la relation entre une entrée pour les données (nos oreilles, notre cerveau), une sortie de données (l'objet produisant le son), à l'intérieur d'un conteneur acoustique (l'environnement sonique dans lequel nous nous trouvons).

En réalisant ça, toute ma façon de penser le son a changé, passant du statut d'objet à celui de processus. C'était la plus grande leçon de l'expérience pour moi.

La musicalité du vide

Au-delà des simples sons, Adam Basanta, musicien de son état, a veillé à introduire une forme de mélodie dans ces sons. C'est par l'intermédiaire de la retouche sonore par ordinateur que ce dernier rend agréable les sonorités du vide.

J'ai fait de véritables efforts pour musicaliser certains de ces sons, en contrôlant la hauteur ou le volume de la rétroaction, utilisant cela pour créer des mélodies etc. Mais je pense que la musicalité dépend beaucoup de l'intention et de la sensibilité de l'auditeur.

Le compositeur et artiste aux multiples récompenses exploite ainsi l'acoustique, dans la lignée de nombreux prédécesseurs, artistes ou non.

Le bruit de l'espace "vide" a préoccupé bon nombre de scientifiques avant de préoccuper les artistes. La NASA elle-même s'est penchée sur le sujet. Ainsi, si l'expérience d'Adam Basanta apparaît comme une agréable promenade auditive, l'exploration de l'acoustique peut parfois avoir des airs de cauchemars.

Le vide exploré pour le meilleur et pour le pire

C'est le cas avec l'expérience de la chambre anéchoïque. Absorbant la quasi-intégralité des sons, ces dispositifs peuvent servir bon nombre d'expériences scientifiques, notamment pour la mise au point d'outils militaires. Pourtant, lorsque l'humain s'y invite, la chambre semble vite devenir l'antichambre de l'enfer.

Jusqu'au bruit de l'air dans les poumons à celui des vaisseaux sanguins, la totalité du corps est perceptible dans cet environnement à moins de 10 décibels. Les plus téméraires y seraient restés 45 minutes, désorientés et affaiblis par l'annihilation extrême des sons. L'expérience d'Adam Basanta explore un vide différent, plus accessible et plus mélodieux.

De cette expérience, les visiteurs repartent souvent avec un souvenir positif,  dès lors que leur sensibilité leur a permis d'écouter, et pas seulement entendre, ces sonorités atypiques.

Peut-être que les gens réagissent bien à ça parce qu'à peu près tout le monde avait une "mauvaise" perception de la rétroaction acoustique avant. Être capable d'écouter ça musicalement, et pas seulement d'entendre, c'est une expérience unique.

Actuellement exposées à la galerie B-312 de Montréal, les installations du Canadien suscitent réflexion et étonnement. Bousculant les codes de la perception auditive, il navigue entre bruit et musicalité dans une poésie hors-norme.