En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

okok

Le Hellfest vu par les enfants

Si vous avez un pote métalleux, il est peut-être barbu, porte les cheveux longs, et crie très très fort. À part pour ce dernier critère, ce sont des festivaliers metal tout autres que nous avons croisé au Hellfest 2014. On vous présente le célèbre festival de metal vu par les enfants qui l'ont peuplé.

Le festival Hellfest. Puissant, lourd, magnétique, abrasif. Trois jours de tous les types de métaux disponibles sur le marché, du hard rock FM enjôleur des années 80 aux matraquages les plus sadiques du metal extrême. "Un festival d'homme", serait-on tenté de penser à l'évocation de la rude vie de camping et de l'incessante sollicitation auditive – véritable source d'épuisement moral.

Pourtant, parmi la horde de chevelus et/ou barbus qui errent ça et là à la recherche de bière, de bouffe de festival et de décibels, on croise quelques familles avec enfants. Parfois très jeunes. Et pourquoi pas ? Arrête-t-on de s'éclater en festival une fois qu'on est un papa ou une maman ?

La preuve que non : en 2012, Geekdad publiait un article intitulé "Enfants + Hellfest ?" où un père averti préconisait ses conseils à usage des jeunes parents. C'est aussi un sujet récurent sur le forum du Hellfest. Et puisque l'entrée est gratuite pour les moins de douze ans, pourquoi hésiter ?

Alors, le Hellfest avec des mioches, grosse galère ou partie de plaisir ? Konbini s'est rendu à la rencontre de ces familles metalleuses option progéniture pour mieux comprendre.

Sandwiches et Avenged Sevenfold

À l'orée des arbres couvrant de leur ombre salvatrice le seul coin boisé de l'enceinte, le Kingdom of Muscadet (ça ne s'invente pas), je rencontre une petite famille et les interromps en plein pic-nic. Stéphane, 38 ans et Urielle, 34 ans sont flanqués de leurs deux fils Maxime, 13 ans, et Gabriel, "10 ans trois quarts". Pour goûter l'atmosphère de Clisson, ils ont fait la route depuis Poitiers.

hellfest

Maxime, 13 ans, et Gabriel, "10 ans trois quarts" (Crédit Image : Théo Chapuis)

"On est venus en famille pour les trois jours, on dort même au camping. C'est une première expérience pour tout le monde." Les enfants supportent-ils le metal ? Mieux que ça ! "Ils sont fans de Bullet For My Valentine qui a joué l'année dernière, mais cette année ils sont venus se rattraper avec Avenged Sevenfold, Trivium et Iron Maiden. On a pu voir ça en famille et on s'est éclaté".

C'est une vraie famille metal :

On en écoute tous les jours, tout au long de la journée, pendant les repas, etc.

Alors que je demande aux enfants si le festival leur plaît, leur réponse fuse : "Ouais trop ! C'est énorme", répondent-ils en chœur. "Le metal, c'est notre musique préférée !" L'un des deux me raconte que ça lui a fait "super plaisir" quand son papa l'a emmené au concert d'Avenged Sevenfold au Zénith de Paris  pour son anniversaire.

Malgré tout, ils n'ont pas beaucoup de copains qui écoutent du metal à l'école. "J'ai un copain qui est devenu fan de Rammstein grâce à moi et ça m'a fait hyper plaisir", me confie comme une victoire personnelle le petit Gabriel. Je m'éloigne et les laisse à leurs sandwiches.

Comptines et Lofofora

Plus loin, à l'écart de la foule, trois silhouettes se dressent face à la Mainstage. Casquette vissée sur la tête, Julien est venu accompagné de sa progéniture, Lilwenn, 5 ans et Titouan, 6 ans et demi. Pas absolument absorbés par le concert de Lofofora qui se déroule face à eux, et que leur père semble apprécier, les deux bambins semblent plus intéressés par l'atmosphère de festival qui les entoure.

2

Lilwenn, 5 ans et Titouan, 6 ans et demi (Crédit Image : Théo Chapuis)

Quand je demande à leur père si ses gamins écoutent du metal, il me répond "aujourd'hui, oui !". "C'est leur premier festival, je voulais les emmener, histoire qu'ils découvrent. Mais on n'est venus qu'aujourd'hui !", ajoute-t-il.

Lorsque je lui demande s'ils réagissent aux sonorités métalliques, Julien coupe court :

Ah non non ! Ils sont plutôt comptines, en fait. C'était l'occasion de faire une sortie en famille... Là on est venus voir Lofofora et puis on va aller se balader dans le festival, sans rester trop longtemps : ils sont jeunes !

Sur les oreilles de Lilwenn et Titouan, d'énormes casques jaune et rose fluo. On remarquera ces modèles accompagner de nombreux enfants tout le long du festival. Je jette un œil réprobateur à Julien, leur papa, qui ne porte aucune protection auditive. "Moi c'est pas pareil, je suis déjà à moitié sourd...", avoue-t-il de dépit avant de reporter ses yeux sur les gesticulations de Reno, le chanteur de Lofo, avec qui il partage l'appartenance à la même génération.

Nintendo DS et Iron Maiden

Quel soleil éprouvant. Ma carne d'adorateur de metal noir s'asséchant un peu plus à chaque instant, je me dirige vers le stand de glaces pour me rafraîchir, quand une nouvelle petite famille retient mon attention.

Éloane et Maïwenn, 8 ans et demi, se retrouvent pour la première fois de leur vie au Hellfest. Attablées avec les adultes, elles semblent préférer la compagnie de leur Nintendo DS à celle des chevelus. Heureusement, elles sont emmenées par leurs parents, pour qui c'est aussi la première édition du festoche.

5

Éloane et Maïwenn, 8 ans et demi (Crédit Image : Théo Chapuis)

Pour eux, pas de camping : ils ont opté pour l'hôtel. Quand je leur demande si c'est par égard aux enfants, ils me répondent "Non, c'est pour nous. On n'a plus l'âge ! Déjà qu'on n'est pas très camping en général, alors avec les enfants... Même pas en rêve, quoi".

Quoi qu'il en soit, leur maternelle est catégorique :

C'est absolument pas compliqué de passer un bon Hellfest avec des enfants de cet âge. En plus, les gens sont super sympa avec elles. Aucun problème, vraiment !

Iron Maiden, Slayer, Soulfly, Black Sabbath, Soundgarden sont parmi les quelques grands noms que les parents sont venus déguster. Pas de doute, j'ai affaire à des convertis. Mais qu'en est-il de leurs filles ? "À la maison, on écoute surtout Aïonne Maïdeune. – Et c'est quoi votre groupe préféré ? – Aïonne Maïdeune !" Sans plus faire attention à ce type qui leur pose des questions bizarres, elles replongent le nez dans leur DS.

Double protection auditive et Flogging Molly

Plus aucun doute : des enfants, au Hellfest, il y en a. Et ils sont là avec leur maman. Nelly l'atteste : à 35 ans, elle est la charmante mère du petit Paul, 4 ans et demi [oui, tous les enfants ont un âge en "et demi" au Hellfest, ndlr] et je profite que papa soit parti chercher des boissons pour l'aborder.

(Crédit Image : Théo Chapuis)

Nelly, le papa et Paul, 4 ans (Crédit Image : Théo Chapuis)

"En famille, on écoute du rock, pas trop de metal. Paul, c'est son premier festival !". Le moment de demander à la petite canaille, pépouze dans sa poussette, s'il passe un bon moment : "Ouiiiii !!". Et quelle groupe a-t-il préféré ? "Le festival !!" Bon. La communication entre Paul et moi s'avérant plus difficile que prévu, je continue avec Nelly, qui préfère me parler prévention auditive : pour protéger les esgourdes de son bambin, elle n'a pas peur de doubler bouchons et casque.

Pourtant, cela n'entrave en rien le jeune couple, venu pour Flogging Molly, Soundgarden et curieux de Black Sabbath. Mais Nelly compte aussi diriger sa petite famille au gré des découvertes du jour. Venus de Nantes en voiture, la petite tribu a décidé de ne venir que le dimanche "parce que sinon, ça fait trop quand même".

Papa revient avec les boissons, je les fais tous trois poser pour la photo, les remercie et laisse là où je l'ai trouvé cet îlot familial où tout n'est qu'amour au milieu de ce maëlstrom de mecs bourrés.

Cour de récré et Deep Purple

En parlant de ça, c'est en me dirigeant vers le bar que je tombe sur ma plus grosse prise potentielle. Non pas un, ni deux, ni même trois, mais PLEIN d'enfants, enjoués, s'amusant entre eux sans vraiment se soucier des adultes.

Le père de Dorian, 11 ans, et Killian, 8 ans, subit les rires grinçants de ses amis qui ont compris ce que j'allais lui demander lorsque je m'approche de lui, appareil photo et micro dehors. Sans plus souhaiter détailler, il me raconte qu'il leur fait écouter régulièrement du metal à la maison.

1

Une flopée de gosses au Hellfest, c'est possible (Crédit Image : Théo Chapuis)

Or, le son qui provient des Mainstages est fort, très fort. Je ne comprends pas tout mais ne me décourage pas : je décide de me porter vers les petits pour recueillir leur témoignage et leur demande quels sont leurs groupes préférés. Après m'avoir longuement fixé comme si j'étais un mélange entre leur mamie qui pique et une assiette de coquillettes au jambon, Killian lance un courageux "Chais pas !" dans mon micro. Les enfants sont formidables.

Leur père, fan de Deep Purple, décrypte : "Ils font comme moi, c'est à l'oreille. Tant que ça leur plaît, ils écoutent !" Les autres enfants avec qui ils se sont rendus à Clisson sont leurs voisins, tous venus en voiture pour participer à la fête de l'enfer, sur les trois jours. Et ce qui leur fait le plus d'impression, sur scène, ce sont les guitaristes. Je reste déçu : pas un seul d'entre eux n'est capable de me chanter le solo de "Fear Of The Dark" d'Iron Maiden. Tant pis.

Gros dodo et Megadeth

À l'ombre d'une des nombreuses statues de décoration qui ont fait la renommée du Hellfest, je fais la rencontre de mon plus jeune bout d'chou croisé au Hellfest. Alors qu'un groupe rugit de toutes ses forces sur la scène principale, Lucian, 22 mois, pique un profond sommeil affalé au fond de sa poussette.

Ses parents, Lydie et Fred, m'expliquent qu'emmener un enfant aussi jeune nécessite beaucoup de préparation. Très accueillant, le grand-chevelu-et-tout-de-noir-vêtu Fred me raconte :

Il a fallu s'équiper d'un casque de protection auditive adapté spécialement pour lui, commandé en Allemagne. La poussette aussi est adéquate au festival.

(Crédit Image : Théo Chapuis)

Lydie et Fred et leur enfant Lucian, âgé de 22 mois (Crédit Image : Théo Chapuis)

Métalleux to the bones, le jeune couple culpabilise presque d'esquiver le camping à cause de leur fils. Pourtant, la dernière fois qu'ils se sont rendus en terre clissonnaise pour trois jours total metal, voilà deux ans, c'était déjà dans des conditions extrêmes : Lydie était alors enceinte.

Lorsque je lui demande si les goûts musicaux de son fils se dessinent déjà, elle se fait une joie de m'affirmer que Lucian, alors qu'il n'était pas encore né, réagissait déjà aux riffs de Megadeth.

On s'est arrêté à une petite buvette sur la route du Hellfest, et quelqu'un a passé du Megadeth dans la chaîne hi-fi... Ça n'a pas manqué : il s'est mis à gigoter, comme dans mon ventre. Il est très réceptif à certains groupes de metal, oui !

Et ce n'est pas pour déplaire à ses parents. De toute façon, Lucian n'aura pas le choix : à 22 mois, ses parents l'ont vêtu d'un t-shirt Arch Enemy. "C'est un fan !", commente sa mère Lydie, avant de m'expliquer que Fred tient une boutique dédiée aux produits dérivés de la scène metal et qu'elle tient le salon de tatouage attenant.

Pour participer à la fête de l'enfer, ces trois passionnés ont bravé "1000 bornes et 10 heures de route depuis une petite ville à 30 kilomètres de Toulon, dans le Var". Pendant toute la durée de mon entretien avec ses parents, Lucian n'aura pas quitté les confortables bras de Morphée.

Gestation et Behemoth

Alors que je m'apprête à glisser mon matériel dans mon sac pour profiter à fond du black metal léché des Polonais de Behemoth, je remarque une jeune femme, assise bien droite dans une chaise de camping. Laure a 29 ans et quand elle ne fait pas les cornes au Hellfest, elle habite Vannes.

Apparemment, tout comme moi, elle attend de pied ferme la bande à Nergal qui devrait bientôt commencer à jouer. Sauf que voilà : Laure est enceinte de six mois. Alors, ce Hellfest ? Pas trop compliqué ?

Ça demande quelques aménagements, mais ça va. Je fais attention, surtout en mode "vie de camping" pendant quatre ou cinq jours, mais ça se passe très bien.

7

Laure, 29 ans, enceinte (Crédit Image : Théo Chapuis)

À part quelques restrictions, comme oublier l'alcool et rester en position assise le plus souvent possible, le quotidien de cette festivalière ressemble à celui des autres – avec un peu d'aide des copains pour qu'elle n'ait "plus qu'à voir les concerts". Je quitte Laure qui, bien que visiblement fatiguée, fixe la scène sourire aux lèvres, les mains à plat sur les rondeurs de son ventre. Impatiente.

À l'heure qu'il est, elle n'espère sûrement qu'une chose : que l'enfer se déchaîne, dans les cieux comme sur terre... mais surtout sur scène.

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.