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“Tank Man”, Après-midi du  June 5  (Crédit Image : Jeff Widener)

L'histoire de la photo "Tank Man" devenue l'icône de Tiananmen

La photo de "L'homme de la place Tiananmen" est devenue rapidement le symbole du combat inégal entre les étudiants et l'armée chinoise lors de la répression militaire. Le photographe Jeff Widener a accepté de nous en dire plus sur l'une des photos les plus marquantes du XXème siècle, et toujours aussi mystérieuse.

A partir du 15 avril 1989, des milliers d'étudiants et d'intellectuels descendent place Tiananmen, lieu central de la capitale de Chine, pour rendre hommage à Hu Yaobang, réformiste convaincu évincé du gouvernement deux ans plus tôt, qui vient de mourir.

Ils réclament alors une plus grande liberté et moins de corruption. Pendant plusieurs semaine, c'est le "Printemps de Pékin". Le pouvoir, qui commence à s'inquiéter car les manifestations s'exportent dans toutes les grandes villes, proclame la loi martiale. Mais toujours plus de monde sont dans les rues.

C'est donc dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, que les chars de l'armée chinoise écrasent la révolte. Et même si les bilans sont contradictoires, on parle d'environ 200 morts et près de 10 000 blessés. L'événement devient "Le massacre de Tiananmen".

“Tank Man”, Après-midi du  June 5  (Crédit Image : Jeff Widener)

“Tank Man”, Après-midi du June 5 (Crédit Image : Jeff Widener)

Cette photo a été prise par Jeff  Widener, le 5 juin 1989, aux alentours de midi, à 800 mètres de la place Tianamen où les traces du massacre sont encore présentes, même si Pékin a été "nettoyé". Un homme, seul, en chemise blanche, deux sacs plastiques à la main, se positionne devant une colonne de tanks.

L'image apparaît sur les Unes des journaux du monde entier et cet homme devient le symbole d'une lutte pacifique face à la violence de l'armée. Une photo qui a été des dizaines de fois détournée, recyclée, utilisée pour la défense des droits de l'homme, réapproprié par de nombreux artistes...

Une photo qui n'a failli jamais voir le jour

 ce moment là, je n'avais pas idée de l'envergure qu'allait prendre la photo", raconte Jeff Widener qui, la veille, pendant le conflit armé, avait reçu une pierre en plein visage.

Mon appareil photo a absorbé le coup et a épargné ma vie. Ainsi, j'ai couvert la majorité de l'histoire dans un état un peu second. Après les événements dont j'avais été témoin la veille, il ne me semblait pas si inhabituel qu'un homme marche sur la route pour arrêter un char.

Perché au sixième étage de l'hôtel Beijing, la vitesse d'obturation de son appareil photo est trop lente, il craint que la photo ne soit floue et n'a pas le temps de rentrer dans sa chambre pour en prendre un autre ou rajouter un objectif, s'il ne veut pas rater la scène. "Cette photo était un miracle", résume-t-il. Mais ce n'est qu'un an plus tard, en voyant l'envergure qu'avait pris sa photo, qu'il a commencé à réaliser à quel point il avait réussi à capter "un moment extraordinaire".

Un événement qui, à jamais, a marqué sa vie. Et même si le photojournaliste de l'agence de presse Associated Press a couvert aussi bien la Guerre du Golf que le régime des Khmers Rouges ou d'autres conflits au Pakistan, en Syrie, en Inde, en Israël, etc., le photographe confie que Tiananmen a été l'événement le plus effrayant de toute sa carrière.

J'étais mort de peur presque tous les jours pendant la représsion militaire. Je ne peux pas expliquer ce que c'est que d'aller quelque part contre votre volonté, alors que la seule chose que vous voulez faire c'est de courir et de vous cacher.

Pas un mais quatre photographes

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Jeff Widener (haut gauche), Chris Cole (haut droite), Stuart Franklin (bas gauche) et Arthur Tsang Hin Wah (bas droite)

Si la photo de Jeff Widener a été la plus diffusée, il n'était pas seul dans l'hôtel. Trois autres photographes, Chris Cole du Newsweek Magazine, Stuart Franklin du Time et Arthur Tsang Hin Wah de Reuters, ont également réalisé des clichés similaires. Tous perchés sur un balcon de l'Hotel Beijing, Widener était apparemment le plus proche de la scène.

Chris Cole explique au New York Times :

Après avoir pris la photo, je me suis préoccupé de la surveillance de la PSB (le bureau de la sécurité publique, ndlr) au sujet de nos activités sur le balcon. J'en étais à trois rouleaux de pellicule, avec deux appareils photo.

Il raconte qu'une fois l'homme de Tiananmen embarqué, il a tout de suite voulu cacher la pellicule contenant les photos, laissant dans l'appareil celle qui contenait quelques images de la veille où on pouvait voir les gens blessés.

Sur le coup, il s'est dit que si la CBS découvrait un appareil photo vide, ils allaient forcément continuer à chercher. Après avoir caché au mieux son appareil photo, la CBS débarqua. Ils leur fallut cinq minutes pour découvrir la cachette et lui confisquer son passeport.

Quant à Stuart Francklin, il raconte comment sa photo a pu être transmise à temps. "La pellicule a été sortie clandestinement, cachée dans le paquet de thé, grâce à  un étudiant français qui l'a ensuite livrée au bureau Magnum à Paris".

Il explique également au Guardian pourquoi si peu de journalistes ont pu assister à ce moment historique :

La majorité des journalistes n'ont pas été témoins de la scène, beaucoup avaient changé d'hôtel et ont manqué le moment "tank man". La plupart d'entre eux étaient au début dans l'hôtel Beijing, mais la nourriture n'était pas super.

Un autre endroit plus près de l'aéroport faisait des hamburgers, alors ils ont décampés là-bas et sont restés bloqués à l'extérieur de la ville à cause du blocus au moment de la répression.

Un besoin de confort que certains journalistes ont certainement regretté par la suite. Arthur Tsang Hin Wah, quant à lui, nous éclaire un peu plus sur ce qui s'est passé après la photo. "L'homme a escaladé le premier tank et a essayé de parler aux soldats à l'intérieur. Quand il est descendu, quatre ou cinq personnes sont venues et l'ont embarqué, personne ne sait ce qu'il est devenu."

L'homme inconnu disparu à jamais

Présents également sur le balcon, des journalistes de CNN nous offrent des images encore plus poignantes, révélatrices du courage de cet homme, seul, face à une colonne de chars, beaucoup plus grande que ne le laisse paraître la photo.  En plus de se poster devant, faire arrêter le cortège et monter sur le char, l'homme se déplace quand le premier tank essaie de le contourner. Il leur fait signe de partir, de laisser sa ville tranquille.

Après ces images, c'est comme si l'homme avait disparu dans la nature. Plusieurs théories circulent pour savoir ce qu'il est devenu, certains disent qu'il a été exécuté 14 jours après son arrestation, d'autres qu'il vit reclus quelque part en Chine, alors que certains pensaient l'avoir identifié comme étant Wang Weilin, un fils d’ouvrier de 19 ans. Mais personne n’a jamais pu confirmer ces informations.

Pour Jeff Widener, la photo l'a d'autant plus impacté que nul ne sait ce qu'il est advenu de ce jeune homme, devenu un héros, non pas en Chine où cette image n'est pas diffusée, mais partout dans le monde  :

Je ne sais absolument rien de ce qui s'est passé après, si ce n'est que c'est choquant.  Après un quart de siècle, où sont les parents de l'homme au tank ? Où sont les équipes qui étaient dans le tank et ceux qui l'ont arrêté ?

Comment se fait-il que personne présent à cet événement ne soit jamais venu pour mettre à jour ce qui s'est vraiment passé ? Tout le monde semble avoir disparu de la surface de la Terre.

Voici quelques photos supplémentaires, que Jeff Widener a bien voulu nous transmettre pour mieux comprendre le massacre de Tiananmen, accompagnées d'explications :

“Blue Coat”, Pékin, fin mai, 1989 (Crédit image : Jeff Widener)

“Blue Coat”, Pékin, fin mai, 1989 (Crédit image : Jeff Widener)

Dans les jours qui ont précédé la répression du gouvernement chinois du 4 Juin 1989, les manifestants ont souvent montré leur sens de l'humour comme on le voit sur cette photo au monument de la place Tiananmen occupé.

Pendant plusieurs semaines, le site était un lieu bien organisé dans l'espoir d'un nouvel avenir démocratique. Le monde a regardé passivement et avec incrédulité le parti communiste et a laissé l'événement se dérouler. Quelques jours après, la place était plongée entre le sang et les balles.

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(Crédit image : Jeff Widener)

Au levé du soleil, sur la place Tiananmen, les manifestants construisirent une statue de la Déesse de la démocratie à l'aide de mousse et de papier mâché sur une armature métallique. Au petit matin du 4 juin, les soldats appuyés par des chars et des véhicules blindés ont renversé la statue qui se tenait directement en face du portrait de Mao à la Cité interdite.

“Singing Police Woman” Pékin, fin mai 1989 (crédit Image : Jeff Widener). "Pendant les jours de tension menant à la répression du gouvernement chinois contre les manifestants, les citoyens locaux donnaient souvent des cadeaux aux soldats et officiers de police. Parfois les troupes chantaient des chants patriotiques avec des manifestants. Dans cette image, la policière chante à haute voix sur la place Tiananmen quelques jours avant que les troupes écrasent le mouvement démocratique.

“Singing Police Woman” Pékin, fin mai 1989 (crédit Image : Jeff Widener).

Pendant les jours de tension menant à la répression du gouvernement chinois contre les manifestants, les citoyens locaux donnaient souvent des cadeaux aux soldats et officiers de police.

Parfois les troupes chantaient des chants patriotiques avec des manifestants. Dans cette image, la policière chante à haute voix sur la place Tiananmen quelques jours avant que les troupes n'écrasent le mouvement démocratique.

“Sweepers” Pékin début juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener). "Les restes d'un bus brûlé se trouve sur l'avenue Chang'an, les deux femmes balaient les débris suite de la répression militaire. Les manifestations ont conduit à une large diffusion combustion des autobus et des véhicules militaires qui ont blessés ou tués plusieurs soldats".

“Sweepers” Pékin début juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener). .

Les restes d'un bus brûlé se trouve sur l'avenue Chang'an, les deux femmes balaient les débris suite à la répression militaire. Les manifestations ont conduit à une large combustion des autobus et des véhicules militaires qui ont blessé ou tué plusieurs soldats.

Pékin, fin mai 1989. Jeff Widener (à gauche) et Liu Sheng Hueng, deux photographes de l'AP, posent devant la Cité interdite, quelques jours avant la répression militaire".

Pékin, fin mai 1989. Jeff Widener (à gauche) et Liu Sheng Hueng, deux photographes de l'AP, posent devant la Cité interdite, quelques jours avant la répression militaire.

“Guarding Mao” Pékin, début juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener). "Des soldats et un tank montent la garde devant la Cité interdite, en face de la place Tiananmen."

“Guarding Mao” Pékin, début juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener) Des soldats et un tank montent la garde devant la Cité interdite, en face de la place Tiananmen.

“Captured weapons” Pékin, fin mai 1989 (Crédit Image : Jeff Widener) "Des milliers de manifestants entouraient un bus avec une arme saisie quelques jours avant la répression sanglante du 4 Juin 1989. Lors de la mise en application de la loi martiale, les soldats et la population ont effectué une danse délicate entre donner et prendre au gouvernement. Parfois des manifestants offraient des cadeaux aux soldats et les troupes se retiraient, frustrées, car les dirigeants chinois n'avaient pas prévu ce qu'il fallait faire."

“Captured weapons” Pékin, fin mai 1989 (Crédit Image : Jeff Widener)

Des milliers de manifestants entouraient un bus avec une arme saisie quelques jours avant la répression sanglante du 4 juin 1989. Lors de la mise en application de la loi martiale, les soldats et la population ont effectué une danse délicate entre donner et prendre au gouvernement.

Parfois, des manifestants offraient des cadeaux aux soldats et les troupes se retiraient, frustrées, car les dirigeants chinois n'avaient pas prévu ce qu'il fallait faire.

“China struggle”, Pékin le 3 Juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener). "Une femme est coincée au milieu de la bagarre entre manifestants pro-démocratie et les soldats de libération du peuple près de la Grande Salle du Peuple, le 3 juin 1989, la veille de l'une des plus sanglantes répressions militaires du 20ème siècle. Plus tard cette nuit-là, l'armée a ouvert le feu sur les civils non armés de la place Tiananmen occupée.

“China struggle”, Pékin le 3 Juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener).

Une femme est coincée au milieu de la bagarre entre manifestants pro-démocratie et soldats de libération du peuple, près de la Grande Salle du Peuple, le 3 juin 1989. La veille de l'une des plus sanglantes répressions militaires du 20ème siècle. Plus tard cette nuit-là, l'armée a ouvert le feu sur les civils non armés de la place Tiananmen occupée.

“Fight for Democracy” 3 juin à Pékin, 1989. (Crédit Image : Jeff Widener). "En fin de soirée, un groupe de manifestants a acculé un transporteur de troupes blindé aux portes de la Grande Salle du Peuple. Il venait juste d'écraser les barricades que les foules avaient mis en place pour arrêter l'avancée de véhicules militaires. À ce moment-là, les soldats se préparaient à ouvrir le feu sur les manifestants"

“Fight for Democracy” 3 juin à Pékin, 1989. (Crédit Image : Jeff Widener).

En fin de soirée, un groupe de manifestants a acculé un transporteur de troupes blindé aux portes de la Grande Salle du Peuple. Il venait juste d'écraser les barricades que les foules avaient mis en place pour arrêter l'avancée de véhicules militaires. À ce moment-là, les soldats se préparaient à ouvrir le feu sur les manifestants.

“Burning APC” Pékin, fin de journée du 3 juin 1989. (Crédit Image : Jeff Widener). Les manifestants avaient mis le feu à un véhicule blindé sur l'avenue Chang'an près de la place Tiananmen. L'image est la dernière image avant que le photographe Jeff Widener soit frappé au visage par une pierre. Bien qu'il ait subi une grave commotion cérébrale, son appareil photo Nikon F3 en titane a absorbé le coup et épargné sa vie.

“Burning APC” Pékin, fin de journée du 3 juin 1989. (Crédit Image : Jeff Widener).

Les manifestants avaient mis le feu à un véhicule blindé sur l'avenue Chang'an près de la place Tiananmen. L'image est la dernière image avant que le photographe Jeff Widener soit frappé au visage par une pierre. Bien qu'il ait subi une grave commotion cérébrale, son appareil photo Nikon F3 en titane a absorbé le coup et épargné sa vie.

“Beijing Crackdown” Pékin, le 4 juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener). "Un camion conduit par les troupes de l'Armée populaire de libération, patrouillait sur l'avenue Chang'an, le boulevard en face de l'Hôtel de Beijing le lendemain de la répression sanglante. Un camion similaire plein de soldats avait tiré sur des touristes debout dans le hall de l'Hôtel de Beijing ce jour-là.

“Beijing Crackdown” Pékin, le 4 juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener).

Un camion conduit par les troupes de l'Armée populaire de libération, patrouillait sur l'avenue Chang'an, le boulevard en face de l'Hôtel de Beijing le lendemain de la répression sanglante. Un camion similaire plein de soldats avait tiré sur des touristes debout dans le hall de l'Hôtel de Beijing ce jour-là.

“Dead Heroes” Pékin, le 5 juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener). "Un groupe de personnes montrent une photo de manifestants morts à la morgue locale après avoir été abattu par des soldats chinois de la 38e Armée. Lors de la reprise de la place Tiananmen occupée, les troupes utilisaient des balles expansives qui provoquent des blessures graves. Au moins 300 civils ont été tués Selon Amnesty International".

“Dead Heroes” Pékin, le 5 juin 1989 (Crédit Image : Jeff Widener).

Un groupe de personnes montrent une photo de manifestants morts à la morgue locale après avoir été abattu par des soldats chinois de la 38e Armée. Lors de la reprise de la place Tiananmen occupée, les troupes utilisaient des balles expansives qui provoquent des blessures graves. Au moins 300 civils ont été tués Selon Amnesty International.