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Expo : à Paris, "Afriques capitales" offre une autre vision de l'art issu du continent africain

Dans le cadre de son festival 100% Afriques, la Villette de Paris dévoile "Afriques capitales" : une exposition à découvrir jusqu'au 28 mai 2017, qui donne à voir une Afrique urbaine, moderne et engagée.

Une vision d'ensemble sur l'exposition. (© Nicolas Krief)

Une vision d'ensemble sur l'exposition. (© Nicolas Krief)

La visite d'"Afrique capitales" se vit comme une déambulation nocturne au cœur d'une ville fictive, dont on ne saurait vraiment dire si elle s'inspire de Dakar, Yaoundé ou Johannesburg. Et pour cause : le pari de Simon Njami, commissaire de cette exposition, a été de créer de toutes pièces un espace qui n'appartiendrait à aucune réalité, mais dans lequel il serait malgré tout possible d'identifier, ici ou là, des repères ou des souvenirs personnels liés au berceau de l'humanité. "Certains chercheront à reconnaître telle ville en Afrique ou telle ville dans le monde, explique Simon Njami, lorsqu'en réalité, nous serons plongés dans une fiction dont le but est de faire surgir l'essentiel et de plonger l'audience dans une vérité différente."

Avant de pénétrer dans cette cité imaginaire, installée sous le toit de la Grande Halle de la Villette de Paris, le visiteur est dans un premier temps immergé dans l'univers lumineux d'Hassan Hajjaj. Cet artiste de 55 ans, né au Maroc mais ayant passé une large partie de sa vie à Londres, concentre au cœur de son travail son amour pour les cultures clubbing, reggae et hip-hop, ainsi que son héritage culturel nord-africain. Avec Le Salon, l'installation qui se dresse au début de l'exposition, Hassan Hajjaj nous projette de plein fouet dans un espace coloré qui évoque les bars de rue ou les salons de thés typiques de nombreuses villes d'Afrique.

L'installation Le Salon d'Hassan Hajjaj (2017) (© Nicolas Krief)

L'installation Le Salon d'Hassan Hajjaj. (© Nicolas Krief)

Une autre facette de l'art africain

Une fois Le Salon passé, la cité irréelle d'"Afriques capitales" s'offre à nous. Plongée dans l'obscurité, éclairée à la lueur de simples lampadaires, l'exposition n'indique aucun sens de visite particulier : c'est au visiteur de se frayer librement un chemin, de créer son propre itinéraire, comme il le ferait dans n'importe quelle ville encore inconnue. Au-dessus de nos têtes se dressent, à la renverse, les Falling Houses de Pascale-Marthine Tayou, un artiste camerounais dont le travail explore de nombreux médiums (de la sculpture au dessin en passant par l'installation). "Cette maison suspendue au plafond est la maison des dogmes, des joies, du répit, des peurs, des frustrations, du malheur, du bonheur, a-t-il décrypté pour la Villette. Cette maison c'est nous, l'espèce humaine."

La scénographie d'"Afriques capitales" tout entière est d'ailleurs bâtie autour de maisons qui chacune, abrite l'une des 42 œuvres réunies pour donner corps à cette exposition. Ces œuvres, réalisées par des artistes originaires des quatre coins du continent africain, du Maroc à l'Afrique du Sud en passant par le Nigéria, l'Égypte ou la République démocratique du Congo, prennent tantôt la forme de films, de collages, de tableaux, tantôt celle d'installations, de photos, ou encore de panneaux lumineux. Diverses et variées, elles ont cependant un but commun : donner à voir un art africain moderne et loin des clichés, en phase avec la réalité de l'époque, et jusqu'alors peu exposé par les institutions françaises.

Photo tirée de la série "Untitled (Brave One Series)" du photographe sud-africain Zwelethu Mthethwa, exposée dans les jardins du parc de la Villette, à l'occasion du Mois de la Photo du Grand Paris. (© Zwelethu Mthethwa)

Photo tirée de la série Untitled (Brave One Series) du photographe sud-africain Zwelethu Mthethwa. Elle est visible dans les jardins du parc de la Villette, à l'occasion du Mois de la photo du Grand Paris. (© Zwelethu Mthethwa)

Des œuvres esthétiques et philosophiques

Certaines de ces œuvres questionnent les traditions ancestrales de l'Afrique, et la façon dont ces dernières s'adaptent (ou non) à l'actualité. Parmi elles, le film The Storyteller de l'artiste franco-algérienne Katia Kameli, qui explore la tradition de la halqa ("cercle de spectateurs") au centre de laquelle se dresse le hlaïqya, le conteur ; ou l'impressionnante sculpture Of the Omens He Has as He Entered His Own Village, and other Incidents that Embellished and Gave a Colour to a Great History du Bahaméen Lavar Munroe, qui remet en question les modèles historiques liés à la construction de monuments.

Il y a aussi des travaux plus abstraits, comme les toiles inspirantes d'Ouattara Watts, né en Côte d'Ivoire, qui a un temps vécu à Paris où il a côtoyé Jean-Michel Basquiat. D'autres encore relèveraient presque de l'ordre de la philosophie, à l'instar de Purgatory Theorem du Franco-Américain Jean Lamore, une installation qui vise à retranscrire l'atmosphère si particulière qui précède toute forme création. Sans oublier la pièce blanche immaculée du Congolais Pume Bylex, où est exposée une multitude de sculptures déconcertantes, qui ne sont pas sans rappeler les fétiches de la sorcière Karaba dans Kirikou.

"Untitled", une peinture d'Ouatarra Watts. (© Ouatarra Watts)

Peinture sans titre signée Ouatarra Watts. (© Ouatarra Watts)

Le chaos au cœur de la ville

Mais la plupart des œuvres choisies par "Afriques capitales" portent en elles un message politique. Avec son film More Sweetly Play the Dance, l'artiste William Kentridge, originaire d'Afrique du Sud, évoque par exemple une procession de réfugiés fuyant une guerre, ou un dictateur. Un thème également exploré par la vidéo Le Radeau de la Méduse d'Alexis Perskine, qui se réfère au célèbre tableau de Géricault pour mieux évoquer le sort des migrants. Avec Alep, une fresque textile morbide, marquée par un rouge sang, le Malien Abdoulaye Konaté expose quant à lui des corps humains inanimés, étalés au sol, qui expriment un sentiment irrépressible de douleur, de violence et de mort.

Au milieu de l'exposition, inévitable, trône également l'imposant Labyrinth. Pensée par l'Égyptien Youssef Limoud, cette installation, à l'intérieur de laquelle il est possible de circuler, s'apparente à un immense tas de ruines sur le point de s'effondrer mais qui, malgré sa fragilité évidente, résiste au chaos menaçant. Autant d'œuvres qui symbolysent ces villes massivement détruites par les guerres et le terrorisme, et rendent hommage à tous les êtres qui se battent pour leur liberté.

Afin de faire découvrir ces artistes au plus grande nombre, l'expérience d'"Afriques capitales" se prolonge désormais à l’extérieur, dans le cadre du Mois de la photo du Grand Paris, avec une trentaine d'œuvres en accès libre dans les jardins du parc. Le second chapitre d'"Afriques capitales" s'ouvrira avec "Vers le cap de Bonne-Espérance", une seconde exposition qui se déroulera du 6 avril au 3 septembre à la gare Saint-Sauveur de Lille.

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Labyrinth de Youssef Limoud. (© Nicolas Krief)

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Alep d'Abdoulaye Konaté. (© Primo Marella Gallery)

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More Sweetly Play the Dance de William Kentridge. (© Nicolas Krief)

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Avec son film expérimental Project Speak2Tweet, Heba Amin retrace l'histoire de la plateforme Speak2Tweet, qui permit aux Égyptiens de rester connecter à Internet lors de la révolution égyptienne en 2011. (© Heba Amin)

"Afriques capitales" est à découvrir du 29 mars au 28 mai à la Grande Halle de la Villette de Paris. Plus d'infos sur le site de la Villette.

Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.