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Expo : au Centre Pompidou, David Hockney nous montre toute la palette de ses talents

Artiste majeur de l’art contemporain britannique, David Hockney présente une vaste rétrospective de son œuvre au Centre Pompidou, à Paris. Des iconiques piscines californiennes aux collages de Polaroid, l’artiste de bientôt 80 ans nous plonge dans son riche et mystérieux univers coloré. Immanquable.

A Bigger Splash -1967

A Bigger Splash (1967) – œuvre emblématique de David Hockney et de sa vision hédoniste de la Californie. Une fraction de seconde que l’artiste a peint en deux semaines.

D’abord présentée à la Tate Modern de Londres et prochainement au Met de New York, la rétrospective sur David Hockney fait partie des expositions immanquables du moment. L’étape parisienne, au Centre Pompidou, se démarque des autres : elle compte 40 toiles de plus qu’à Londres, montre des tableaux datés du mois dernier, et est deux fois plus grande que la version américaine.

Cette rétrospective est pensée chronologiquement. Chaque pièce est dédiée à une étape des vies artistique et personnelle du peintre britannique, les deux étant souvent liées. Déambuler à travers les pièces de l’expo devient ainsi une promenade dans une existence remplie de voyages, d’influences de grands maîtres, d’évolutions de technique, d’outils et de genre artistiques. Passer d’un espace à l’autre est comme commencer le nouveau chapitre d’une biographie. On alterne entre de vastes salles lumineuses aux imposants tableaux fauves, et des pièces plus intimistes où sont exposés croquis et dessins.

Du Yorkshire à la Californie

Dès l’âge de six ans, David Hockney sait qu’il veut peindre. Dix ans plus tard, il intègre la Bradford Art School, dans sa ville natale, où son talent est instantanément reconnu par ses professeurs. En 1961, la Tate le choisit pour présenter ses œuvres à l’exposition "Young Contemporaries" – il y présente quatre tableaux qui lancent sa carrière. À Londres, où il étudie à une époque au Royal College of Art, il explore l’art abstrait, avant de l’abandonner pour "son manque d’humanité". Hockney se cherche et explore différents styles.

Des œuvres de Bacon et Dubuffet, il retiendra une approche brute et non élitiste de l’art, ainsi qu’une inspiration homo-érotique. Hockney met en place une idée qui ne le quittera jamais : la peinture et les images ont un rôle à jouer dans la société. Ouvertement gay, il utilise l’art comme outil politique, à une époque où l’homosexualité est interdite en Angleterre.

"DOMESTIC SCENE LOS ANGELES" 1963 OIL ON CANVAS 60 X 60" © DAVID HOCKNEY

Domestic Scene Los Angeles (1963).

Après un bref passage à New York – où il rencontre Andy Warhol en 1963 – Hockney part enfin en Californie, pour trouver son destin. Ayant grandi sous le ciel gris du nord de l’Angleterre, la netteté et l’intensité de la lumière qu’il trouve à Los Angeles sont un choc. "Il a alors senti qu’il pouvait réinventer sa propre peinture sans la pression de l’histoire de l’art européen ou celle du mouvement expressionniste abstrait qui dominait alors à New York", explique l’écrivaine Hunter Drohojowska-Philp.

Sa vision hédoniste de la ville des anges se retrouve dans ses peintures, qui s’inscrivent dans le mouvement pop art. Même si cette rétrospective célèbre une œuvre entière, la plus grande pièce est dédiée aux peintures californiennes, surtout celles de piscines.

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"Portrait of an artist (Pool with two figures)" (1972)

Une œuvre protéiforme

Alors que l’on avance dans la rétrospective, l’artiste et son œuvre se dévoilent. Les doubles portraits, autre série majeure, ont eux aussi une vaste salle rien que pour eux. Hockney ne peint que les gens qu’il connaît : ses parents, ses amants et ses amis ont été immortalisés dans de grands tableaux qu’il a mis plusieurs mois à peindre. Les visiteurs peuvent également explorer une salle dédiée à ses "paper pools" (une série de piscines cette fois peintes sur du papier coloré), et une autre consacrée à ses autoportraits. Arrivent ensuite ses fameux collages de Polaroid (son approche cubiste de la photographie) et ses premiers usages des nouvelles technologies. D’ailleurs, le commissaire de l’expo Didier Ottinger l’assure, l’œuvre photographique d’Hockney est tellement abondante qu’elle pourrait faire l’objet d’une rétrospective à elle toute seule.

La suite du parcours nous plonge dans ses installations vidéo sur le thème des quatre saisons, avant de nous faire revenir à ses peintures de paysages. David Hockney a multiplié les voyages entre le Yorkshire et la Californie, en passant par le Grand Canyon et la France, les immortalisant dans des œuvres aux couleurs saturées pour les unes ou aux dimensions gigantesques pour les autres.

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9 Canvas Study of  the Grand Canyon (1998)

David Hockney est aussi fasciné par les possibilités que nous offrent les nouvelles technologies. Après les Polaroid dans les années 1970, son utilisation d’outils modernes au service de l’art s’est poursuivie avec des dessins sur ordinateur, des effets réalisés grâce à des télécopieurs ou des imprimantes couleur, et plus récemment l’iPad. Hockney lui-même le dit, la tablette d’Apple a révolutionné son travail, l’aidant à retravailler ses teintes et à choisir ses couleurs. Dans la dernière section de l’expo, les visiteurs peuvent ainsi regarder des écrans sur lesquels défilent ses œuvres uniquement réalisées sur iPad.

Une œuvre inspirée par les plus grands maîtres

Chaque série, chaque tableau, chaque utilisation de la couleur ou technique est le résultat de l’influence d’autres artistes, largement mentionnés tout au long de l’exposition. Cette rétrospective d’Hockney peut même être vue comme un hommage à l’art contemporain. Fervent visiteur de musées lui-même, c’est à la suite de plusieurs rétrospectives (de Picasso à Dubuffet) que lui viendront certaines de ses périodes.

Ce qui fait l’unicité de l’œuvre de David Hockney est peut-être sa façon de s’approprier chaque mouvement, d’aller plus loin que ce que l’artiste qui l’a inspiré avait montré dans un premier temps. L’expo nous fait découvrir la technique de la perspective inversée au fil de ses œuvres, avant de finir sur ses dernières réalisations, peintes il y a un mois. Avec des châssis brisés aux angles, Hockney adapte aujourd’hui le cadre de ses peintures à sa vision de la profondeur. Ces derniers tableaux, qui ont dû être vernis au sein même du musée, envoient aussi un message clair aux visiteurs : ce n’est pas une rétrospective commémorative, mais bien une vision d’une œuvre en perpétuelle évolution.

David Hockney "Garden, 2015" Acrylic on canvas 48 x 72" © David Hockney Photo Credit: Richard Schmidt

Garden (2015).

La rétrospective David Hockney est à découvrir jusqu’au 23 octobre au Centre Pompidou à Paris. Plus d’info sur le site du musée.