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©Kathy Shorr

En images : des cicatrices pour dénoncer la violence des armes aux États-Unis

La photographe Kathy Shorr a arpenté les États-Unis à la recherche d'hommes et de femmes, adultes, adolescents ou enfants, victimes de violences faites par armes à feu. 

© Kathy Shorr

© Kathy Shorr

Aux États-Unis en 2015, il y a eu en moyenne un peu plus d'une fusillade par jour sur le territoire. Depuis plusieurs décennies, les violences liées aux armes à feu sont de plus en plus récurrentes et médiatisées. La New-Yorkaise Kathy Shorr a décidé d'en faire un sujet photo.

Ce projet intitulé "SHOT", elle y travaille depuis 2013. En deux ans et demi, elle a rencontré 101 personnes pour les prendre en photo, à l'endroit même où on leur a tiré dessus. Elle les nomme "les survivants" :

"Je ne veux pas les appeler des victimes. Ce sont des personnes remarquables qui ont survécu à quelque chose de terrible. Ce sont des gens qui sont parvenus à aller de l'avant malgré ce qui leur est arrivé. Elles ont une vie incroyable."

Il y a quelques années, Kathy Shorr a elle-même été victime, sans être touchée physiquement, de l'omniprésence des armes à feu aux États-Unis. À l'époque, son enfant n'avait que 16 mois quand deux hommes vêtues d'un uniforme de police ont pointé leurs armes sur elle et son bébé, au cours d'un homejacking.

"J'ai réalisé ce que cela faisait de savoir qu'un homme détenait entre ses mains mon avenir, et celui de l'être humain que j'aimais le plus au monde, en décidant d'appuyer ou non sur une gâchette."

Marlys, tirée dessus par son mari à l'âge de 41 ans à Canoga Park. © Kathy Shorr

Marlys s'est fait tirer dessus, à l'âge de 41 ans, par son mari à Canoga Park. © Kathy Shorr

Depuis cet épisode, la photographe américaine s'est rendu compte que ce genre d'événement arrivait trop fréquemment et, surtout, à absolument tout le monde. Kathy a d'ailleurs mis un point d'honneur à photographier toutes sortes de personnes, d'origines, d'âges et de milieux sociaux différents. À l'aube de son projet, un long travail de recherche a été nécessaire pour entrer en contact avec ses futurs modèles : Kathy s'est d'abord rapprochée d'associations qui viennent en aide aux victimes, puis d'avocats et de médecins. Par la suite, elle a envoyé des lettres manuscrites aux personnes choisies afin d'obtenir leur témoignage et leur accord pour être photographié.

"Toutes ces histoires sont déchirantes mais très inspirantes. Il y a le côté négatif : le fait de savoir que ces horreurs arrivent à des gens, dans des lieux banals comme des parcs, des parkings de supermarché, sur le parvis d'église ou chez eux. Puis, le côté positif, celui qui reste le plus ancré, vient de la force des ces personnes qui continuent leurs vies."

"Avoir une arme ne fait pas de vous une mauvaise personne"

"Le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé" : le second amendement inscrit dans la Constitution des États-Unis autorise tout ses citoyen à disposer des moyens d'assurer sa propre défense. Le discours de Kathy sur la politique des armes à feu dans son pays peut paraître surprenant. Car elle est loin d'être contre la possession d'un revolver ou d'un automatique. Elle affirme, convaincue :

"Posséder un revolver ne fait pas de vous une mauvaise personne. La majorité des gens qui en ont un chez eux veut une autre politique de régulation des armes à feu."

Selon elle, il y a deux problèmes essentiels liés aux violences infligées par les armes à feu. D'abord, dans certains États, la loi permet à n'importe qui d'obtenir un pistolet, sans vérification de ses antécédents judiciaires. Aussi, un mari violent, autrefois condamné pour violences conjugales, par exemple, peut se procurer un fusil s'il le souhaite. Kathy s'explique :

"L'Amérique est un pays très vaste. Nous avons plusieurs cultures différentes d'un État à un autre. Je comprends que les gens qui vivent dans des zones reculées entourés d'animaux sauvages, où ils ont grandi avec les sports de tir ou de chasse, souhaitent garder leurs armes. Culturellement, leur retirer ce droit n'est pas possible. Il faut se demander qui devrait avoir accès aux pistolets."

Karina s'est fait tirée dessus à 16 ans. Victime collatérale d'un règlement de compte entre gangs, tandis qu'elle passait du temps avec ses amis devant son lycée à Aurora. © Kathy Shorr

Karina s'est fait tirer dessus à 16 ans. Victime collatérale d'un règlement de compte entre gangs, elle passait du temps avec ses amis devant son lycée à Aurora. (© Kathy Shorr)

Pour elle, il est primordial que la circulation des armes soit plus stricte, plus surveillée et mieux régulée. "Il y a trop d'armes aux États-Unis, qui tombent entre les mains de mauvaises personnes." La photographe pense que la solution réside dans le contrôle des dossiers des personnes qui veulent acheter une arme. "Ce genre de procédure n'est pas difficile," explique-t-elle. "Par exemple, quand on achète une voiture, il faut être enregistré. Pour les armes, cela devrait être la même chose." Bref, pour Kathy, il faut trouver un compromis : "Commençons là où on peut se mettre d'accord."

Son projet, elle veut le faire grandir encore pendant un bon bout de temps. Son site, son Tumblr et son compte Instagram sont régulièrement mis à jour et un livre est en cours de publication. Le but est surtout de sensibiliser sur l'atmosphère de violence présente aux États-Unis. Que des gens se fassent tirer dessus parce qu'une personne agressive, violente ou en colère possède une arme n'a rien de normal. "Les choses que j'entends pourraient arriver dans un film, concède Kathy. Mais, ce n'est pas du cinéma, ça se passe dans la vraie vie."

Ryan, touché à la main. A perdu un doigt. Il discutait avec sa petite amie dans sa voiture.  © Kathy Shorr

Ryan, touché à la main, a perdu un doigt. Il discutait avec sa petite amie dans sa voiture. (© Kathy Shorr)

 

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