Entre animations et divinités indiennes, le nouveau clip de Chateau Marmont

Chateau Marmont est de retour. Et pour leur deuxième album, qui sortira le 30 mars prochain, le duo français s'est offert un univers graphique tout neuf, aux influences hindouistes. Entretien avec celle qui se cache derrière ce trip, la réalisatrice Marion Dupas.

Il y a deux ans, Chateau Marmont dévoilait Maze, un tout premier album sur lequel on découvrait leur douce pop électronique. Aujourd'hui, le groupe français est de retour. Et, bien qu'il ait perdu deux de ses membres en route (Raphael Vialla et Julien Galinier sont les seuls rescapés), il n'a rien perdu de sa créativité. Preuve en est : le duo dévoilera le 30 mars prochain un second album au nom exotique, Sound of Shambala.

Pour ce nouveau disque, Chateau Marmont s'est entouré de la réalisatrice Marion Dupas et nous a concocté une direction artistique mystique et colorée, aux influences indiennes. Les deux garçons nous entrouvraient déjà les portes de ce tout nouvel univers graphique le mois dernier, avec la diffusion des clips-images animés "AT.T.Y.S",  "Nothing To Hold" et "Don't Cry". Aujourd'hui, ils nous teasent un peu plus l'arrivée de leur second disque avec le clip de "Everybody Is Somebody". Une vidéo qui présente un savant mélange entre divinités indiennes et codes tout tirés d'Internet, et que nous vous dévoilons ci-dessous en avant-première. L'occasion de nous entretenir avec Marion Dupas.

"Je vois les clips comme des archives de notre temps"

Konbini | Votre univers graphique est très reconnaissable, avec énormément de motifs et de couleurs. Quelles sont vos influences ?

Marion Dupas | Je suis une dingue de motifs, du Liberty au wax africain en passant par les kitschissimes papiers découpés suisses. Je suis très inspirée par l'imagerie psychédélique et l'art miniature. Je trouve mon inspiration partout, dans les musées et dans la rue, sur le net aussi, qui est à la fois un vivier de la médiocrité humaine et un nid de trouvailles géniales. J'aime ces forces opposées, ces contradictions.

K | Qu'est-ce qui vous intéresse dans la réalisation de clip ?

De marier l'image avec la musique et de pouvoir m'associer à d'autres artistes. Aux arts Déco [dont elle est diplômée, ndlr], on gravite dans une culture old school du festival et du court métrage. Or je me sens appartenir à une culture clip, plus moderne, plus plouc, diffusée sur Internet. C'est hyper important pour moi de diffuser mon travail sur cette plateforme et de me faire insulter par des ados. J'ai toujours préféré plaire au public plutôt qu'au jury. Le clip permet cette diffusion et cette visibilité. C'est un genre qui marque les époques, je vois les clips comme des archives de notre temps.

K | À la première écoute du titre "Everybody is Somebody" de Chateau Marmont, quelle est la première chose que vous avez visualisée dans votre tête ?

J'avais fait part aux Marmont de mon envie de travailler sur le concept de tuning ésotérique. Je suis fan de "Pimp my ride" sans même avoir le permis. Ils ont été emballés par les idées et nous avons choisi, à savoir de nous diriger à fond dans cette iconographie des objets de la sous-culture populaire, le tout additionné avec des détournements de divinités indiennes. Les symboles Internet ont été une grande source d'inspiration également, je voulais les mettre en scène, révéler leur beauté pour sublimer nos mythologies quotidiennes occidentales.

Trois pochettes pour Chateau Marmont, signées Marion Dupas © Marion Dupas/Elle.fr

Trois pochettes pour Chateau Marmont, signées Marion Dupas © Marion Dupas/Elle.fr

"Mettre du cul dans un film permet au plus con d'entre nous d'en retenir quelque chose"

K | Vous avez une fascination pour la culture indienne ?

Je suis fan de l'imagerie religieuse indienne, de cette manière de traîter les icônes. Je suis attirée malgré moi par le kitsch, par cette frontière qui délimite le bon goût du mauvais. Le choix du format carré n'est pas anodin non plus, c'est une référence directe à la culture Instagram, aux selfies, à la self-icône moderne.

Mon but était ici de sacraliser des objets du quotidien et de désacraliser des figures religieuses. D'où la représentation de Shiva avec sa roue sacrée remplacée par une roue de bagnole. Même principe inversée dans les thèmes astraux/ballons de foot ainsi que le grande ourse composée avec des jantes de voitures ou encore avec les étoiles représentées par des logos Mercedes.

K | Il y a aussi quelques clins d'œil érotiques dans votre clip... C'était voulu ?

Alors ça, je ne m'en suis pas rendu compte ! On m'a dit après coup que mes fleurs animées ressemblaient à des vagins. Mais tant mieux si c'est érotique ! Didier Super affirme que mettre du cul dans un film permet au plus con d'entre nous d'en retenir quelque chose.

K | Ce n'est pas votre premier clip pour un artiste français. Vous avez déjà réalisé un clip (non officiel) du morceau "Bouchon de liège" de Kaaris, ainsi que le clip (officiel) de Moodoïd pour "La Lune". Pensez-vous pouvoir illustrer tous les genres musicaux ?

J'aimerais beaucoup ! Je reste fascinée par le rap et surtout par l'ego des rappeurs, leur manière de se mettre en scène, de parler pour dire qu'ils sont les meilleurs. J'ai envie de faire de la direction d'acteurs, c'est ce qui me manque avec l'animation. Continuer le clip me semble être une évidence à condition de me développer en image live. C'est précisément le travail qu'on est en train de faire avec ma productrice Céline Roubaud.

Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.