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Le graffeur Boris arrêté pour des vidéos postées sur YouTube

Arrêté lundi 5 mai dans le cadre d'une investigation de la cellule anti-graffiti de la Gare du Nord, Boris devrait comparaître incessamment sous peu pour "association de malfaiteurs" et "dégradation volontaire en réunion". Une condamnation qui pourrait signifier la mise à pied d'un des personnages les plus singuliers de la scène parisienne. 

Boris, fondateur de The Grifters fait partie de ceux qui ont fourni des images à l'émission Vandal Art - Crédit Image The Grifters

Boris, fondateur de The Grifters  - Crédit Image The Grifters

Ses lettrages étaient souvent enfantins, ce qui ne voulait pas dire qu'il n'avait pas de la suite dans les idées. À 25 ans, celui que certains appelaient Boris From Bulgaria, d'autres tout simplement Boris, a fini par perdre la main dans une partie de bluff à laquelle il s'adonnait depuis quelques mois avec les autorités.

Arrêté lundi par la cellule anti-graffiti de la gare du Nord, il est sous le coup d'une condamnation pour "association de malfaiteurs" et "dégradation volontaire en réunion" comme le souligne un article du Parisien à dater de lundi (relayé par le site spécialisé All City). En cause, 200 000 euros de dommages et intérêts selon le quotidien français.

Un petit jeu qui s'appelle le graffiti et qui dans son cas se mâtinait d'hypermédiatisation.

Des vidéos pour la fin du jeu de Boris

D'après l'article du Parisien c'est en décembre 2013 que la RATP porte plainte après avoir découvert la mini-clip "The Harlem Shake. Paris Métro." ouvrant alors la voie à une enquête. Dans cette vidéo , on y voit le graffeur danser au rythme du titre de Baauer devant une peinture réalisée pour l'occasion sur une rame de métro.

Suite à l'examen de la manne d'images où le writer se montre à visage découvert, les enquêteurs ont fini par retrouver sa trace, au terme d'une ultime filature. C'est ce lundi 5 mai que la police a appréhendé Boris là où il vivait, en compagnie de deux hommes pris eux aussi dans les filets des forces de l'ordre. 400 bombes de peintures et de nombreuses vidéos d'action ont été découvertes.

Le Parisien rappelle que l'individu de 25 ans était connu des services de police. Pour graffiti bien-sûr mais aussi pour port d'armes.

Du graffiti ivre libérateur

Même si l'on connaît son visage et ses origines bulgares, difficile de dresser un portrait solide de Boris. Peut-être que le numéro trois du magazine espagnol EYC (dont il fait la couverture) nous renseignera un peu plus sur son parcours. Toujours est-il que Boris est probablement un des personnages les plus célèbres du graffiti actuel.

Une notoriété dans la rue - on ne compte plus ses réalisations à Paris mais aussi dans toute l'Europe - et une présence numérique - via des vidéos publiées à intervalles réguliers sur YouTube ou Vimeo - qui ont fini par attirer l'attention des enquêteurs de la cellule anti-tag.

Boris à Bruxelles - Crédit Image Cokney

Boris à Bruxelles - Crédit Image Cokney

Mais qu'est-ce qui fait donc de Boris, outre son application à repeindre les rames des deux plus grandes sociétés de transport français, est une figure importante et "digne" d'être arrêtée ?

Certes il n'a pas révolutionné le style, et ce n'est probablement pas son ambition artistique, dont il se moque, tag à l'appui. Néanmoins l'attitude détachée qu'il affiche à chacune de ses créations fait du bien dans un milieu parfois saturé d'égos et d'interdits. Son "Go Home Boris You Are Drunk" est comme un appel à revenir à ce qui nourrit la pratique depuis ses balbutiements : le plaisir d'écrire. 

Son classique "Go Home Boris You Are Drunk - Crédit Image The Grifters

Son classique "Go Home Boris You Are Drunk - Crédit Image The Grifters

Des blagues, des messages plus ou moins profonds (on apprécie le fameux "Freedom Is Not Defined By Safiety" qui prend tout son sens à la lumière des évènements de ses derniers jours) ou irrévérencieux, des smileys, de la provocation : Boris traite le sujet "graffiti" comme une expression qui ne s'arrête pas au style. C'est un contexte, une entreprise globale, où l'humour peut élire domicile.

"Only The Internet Can Judge Me"

Writer, Boris est également à l'origine d'une des entreprises les plus originales du milieu graffiti, le site The Grifters. Un projet qu'un article de Montana propulse "phénomène le plus important qui a été lancé dans le graffiti depuis que l'ère des réseaux sociaux". Rien que ça.

Blog, producteur de contenus, de reportages (on se souvenait du long-format sur les 1Up), réalisation de clips (récemment la vidéo pour le dernier titre de DJ Pone "Dipodaïne"), ventes de fringues, éditeur, l'entreprise est une sorte de couteau-suisse dédiée entièrement au graffiti.

C'est cette rupture délibérée de l'anonymat qui fait de Boris un graffeur avec un truc en plus : il s'affiche fièrement en train de peindre là où la plupart se floutent ou modifient leurs voix.

En faisant de chacune de ses apparitions un évènement, il fait de son visage un tag qu'il appose aux quatre coins de l'Internet. Une personnalisation originale dans le milieu du graffiti et une omniprésence numérique qui semblait le prémunir de toute condamnation. "Seul l'internet peut me juger", aimait-il écrire. Il s'est trompé.

Suite à la publication de l'article, les réactions ne se sont pas faite attendre. Si le mot-dièse #FreeBoris grossit à vue d'oeil sur Twitter, notons la création sur Facebook d'une page faisant de la libération du graffeur sa raison d'être. Pour l'instant 6000 personnes ont rejoint le mouvement.

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