Rencontre : Ashley Lukashevsky, une illustratrice férocement politique

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Une artiste qui ne prend pas de pincettes pour dire ce qui lui tient à cœur.

On a rencontré pour vous l’artiste Ashley Lukashevsky. Née et élevée à Hawaii, Ashley habite à Los Angeles et considère que son travail consiste à rendre la parole à une multitude de voix marginalisées. Elle nous explique ainsi :

"Il y a tellement de plaies ouvertes aux États-Unis et, par le passé, notre pays a maintenu une inégalité entre les groupes ethniques et les classes sociales. L’art peut magnifier ces voix. On est en 2017 et il se passe énormément de choses.

L’art politique crée l’espace et la possibilité de prendre un moment pour réfléchir aux problèmes sociaux, qu’il s’agisse d’égalité des sexes, des droits des migrants, d’égalité entre les différents groupes raciaux, de désobéissance civile ou de mettre fin au business de l’emprisonnement."

Pour de nombreux Américains, la politique implique de choisir un bord, un côté de l’Histoire derrière lequel se ranger, qui détermine la manière dont leurs semblables sont considérés et traités. Pour Ashley Lukashevsky, qui se décrit comme une personne engagée depuis le plus jeune âge, donner une voix à ceux qui sont exclus est une nécessité.

Pour Ashley, c’est dans les médias que l’on observe la plus grande dichotomie entre ceux qui ont le droit à notre compassion et ceux que l’on présente comme des menaces potentielles.

"Ce n’est qu’un exemple, mais le choix des mots dans la couverture des crimes est très différent selon l’origine du criminel. Quand un homme blanc a commis un massacre à Las Vegas, les médias l’ont décrit comme un 'loup solitaire', un simple grand-père qui aimait les longues promenades et la musique country.

Ces mêmes publications ne traiteraient jamais de cette façon un suspect de couleur. Dès qu’un meurtrier est noir, on le présente comme un gangster. Quand il est d’origine arabe, c’est un terroriste.

L’euphémisation permanente du terrorisme blanc contribue à entraver l’éradication d’une violence engendrée par un puissant lobby des armes à feu et une masculinité toxique qui fait perdurer ces attaques."

En termes statistiques, il est difficile de donner tort à Ashley. Sur 135 tueries de masse depuis 1966, toutes sauf trois étaient l’œuvre d’hommes. Sur les 94 tueries de masse perpétrées depuis 1982, 54 % des assassins étaient des hommes blancs.

Et pourtant, ce sont les immigrés que l’on continue de stigmatiser, plus particulièrement les musulmans. Pour Ashley Lukashevsky, il est certain que c’est par l’écoute et la connaissance mutuelle que l’on pourra arriver à un changement de société.

"Il existe tant de façons de s’opposer à l’injustice. On peut rejoindre un groupe local qui s’organise autour de sujets qui vous tiennent à cœur. On peut participer à des manifestations, s’organiser pour ne pas obéir à des lois injustes, on peut appeler ses députés ou même se présenter à des mandats électifs.

Le changement commence par le bas. Et l’on a tant à apprendre, sur l’histoire de notre pays, sur les mouvements sociaux qui l’ont agité et sur les initiatives politiques qui existent de nos jours. Il n’est jamais trop tard pour prendre le train et devenir un militant informé.

Je dirais que c’est accablant de rester les bras croisés alors que des communautés autour de vous sont attaquées par cette administration. Si vous aimez votre pays et ses habitants, manifestez-vous !"

Vous pouvez suivre Ashley Lukashevsy sur Instagram et découvrir son art politique sur son site personnel.