Vidéo : le "skate moderne" vu depuis les villages de Dordogne

Montrer le skateboard sorti de son contexte urbain, le skate de ceux qui gravitent hors des circuits sponsorisés et marketés, le skate en milieu rural : c’est cet angle original qu’a choisi Antoine Besse (collectif Kloudbox), réalisateur de la vidéo Le skate moderne. Il filme le quotidien d’une bande de skaters de Dordogne, le tout, entremêlé de séquences de narration qui donnent la parole aux familles toutes issues du monde rural, à la manière d'un documentaire.

On a contacté Antoine pour qu'il nous parle de sa vidéo, produite par Dailymotion en partenariat avec Magenta skateboards et la All Board Family, une association périgourdine qui favorise l’insertion socio-professionnelle par l’enseignement et la pratique du skateboard.

Je fais partie du collectif Kloudbox qui est composé de de photographes, de graphistes et de vidéastes. Notre point commun est qu’on est tous issus de la campagne et qu’on a toujours été très influencés par les cultures urbaines. Ce sont ces deux éléments qui guident nos démarches : c’est notre ligne directrice.

Pour Le skate moderne, je voulais faire une vidéo qui parle du skate sans s’adresser à un public skate, et surtout montrer comment la pratique du skate à la campagne témoigne de la persistance d’un état d’esprit particulier, pas du tout en lien avec le milieu des sponsors et de la compétition.

"Sublimer sans tricher"

Pour Antoine Besse, l'idée était d'utiliser deux formes. Tout d'abord celle du documentaire, en allant rencontrer des personnes qui existent dans la réalité et les faire parler. Comme il le précise, "les skaters du film ne sont pas des personnages, ils ont tout lâché et ne vivent que pour le skate". La deuxième, c'est l’esthétique du clip, "afin de capter un public plus large".

Image de la vidéo "Le Skate moderne"

Et de poursuivre :

Les jeux de lumières, les costumes, cette esthétique campagnarde, tout ça relève de ce que j’appelle l’esthétique clip. Ça permet de "sublimer la réalité", mais j’insiste sur le fait que les personnages et les propos sont authentiques.

Pour la vidéo, le collectif s'est inspiré d'une de ses anciennes vidéos réalisée pour le groupe Hoosky :

On était parti trois mois avant le tournage pour rencontrer les paysans, les fermiers et les protagonistes du film : ce sont tous des locaux, des mecs de la campagne ! Dans le clip on ne fait qu’exagérer la réalité pour montrer des choses qui ont de la profondeur.

Le réalisateur du Skate moderne cite Raymon Depardon et son film La vie moderne (2008) comme influence : "C’est l’un de mes cinéastes préférés, j’aime beaucoup comment il fonctionne. Quand il fait un film, il le fait sur des années, il pose la caméra et va à la rencontre des gens". Il avoue même lui avoir piqué des plans, notamment "le travelling de début", et la "musique classique aussi".

"Avoir des gens qui n'hésiteraient pas à se livrer"

Le Skate moderne est une ode à la campagne et à son authenticité. Antoine Besse s'explique :

Pour obtenir ce degré d’authenticité, j’étais obligé d’aller voir des gens que je connaissais depuis des années, chez moi en Dordogne. J’aurais pas pu tourner ça en Meurthe-et-moselle. L’idée c’était d’aller voir des gens qui n'auraient pas hésité à se livrer et à montrer leur quotidien. La famille Bonami, je la connais depuis que j’ai dix ans. La famille de fermiers, ce sont des supers amis de ma grand mère.

skate moderne

Image de la vidéo "Le Skate moderne"

Et la partie skate n'est pas un décor :

Les modules ont été fabriqués par les riders dans le cadre de la All Board Family, une association qui nous a tous fait grandir, c’est comme un centre social de skaters de campagne ! Je pense que c’est pour ça que Magenta a rejoint le projet, ça correspond à leur philosophie du skate, quelque chose d’humain et d’indépendant.

Et de conclure par une question :

Pourquoi on aime filmer la campagne ? Je sais pas. Peut-être parce qu’on y a tous grandi ?