En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Ce qui se passe à Cannes ne restera pas à Cannes. Au coeur de la Sélection Officielle et de la Quinzaine des Réalisateurs avec Konbini.

5 choses à savoir sur The Square, la surprenante Palme d’or 2017

À la surprise générale, c’est le film de Ruben Östlund, The Square, qui a ravi la Palme d’or cette année à Cannes. 

#1. Ruben Östlund est le roi du cinéma malaise 

Dans son précédent film, Snow Therapy, un père de famille faisait face aux conséquences de son attitude lâche alors qu’une avalanche avait menacé sa famille. Dans The Square, c’est la vie de Christian (Claes Bang), conservateur d’un musée de Stockholm, qui prend une tournure tragicomique à la suite d’un événement mineur : il se fait détrousser dans la rue par d’habiles pickpockets. Au lieu de se faire une raison, il se met en tête de retrouver son voleur. Parallèlement, l’homme supervise la mise en place d’une nouvelle installation artistique, baptisée "The Square". 

Ruben Östlund est un cinéaste de l’épuisement. Pour accompagner la lente chute professionnelle et personnelle de son antihéros, il étire ses scènes au maximum, créant immanquablement une gêne chez le spectateur, mais qui n’est pas gratuite. Longtemps après la projection de The Square, vous vous surprendrez à méditer sur telle ou telle séquence marquante, à commencer par celle "de l’escalier", qui met en scène un jeune garçon tenace venu dire ses quatre vérités à Christian. Ce dernier doit alors faire face à sa propre hypocrisie. 

Toujours dans le registre du malaise, mais cette fois sur un ton humoristique, la scène de sexe (et la discussion post-coïtale autour de cette fameuse capote) entre le héros et la journaliste Anne (Elisabeth Moss) est une des plus dingues et gênantes vue récemment au cinéma. 

#2. La scène de l’homme-singe est déjà culte  

La force d’un film de Ruben Östlund ne réside pas forcément dans son scénario, mais davantage dans la puissance de ses brillantes séquences. Ainsi, la scène dite de "l’homme-singe" est un morceau de bravoure qui pourrait se suffire à lui-même. Lors d’un dîner mondain organisé pour séduire les riches donateurs du musée, un acteur prénommé Oleg (spectaculaire Terry Notary, déjà "animal performer" pour des films comme King Kong, Avatar ou La Planète des singes) réalise une performance saisissante dans la peau d’un effrayant gorille. Les invités sont impressionnés, jusqu’ici tout va bien. Sauf que l’homme, réellement persuadé d’être un singe, n’a plus de limites. Il va ainsi tester les réactions des convives, tour à tour amusés, interloqués puis effrayés. 

L’homme descend du singe, mais que lui reste-t-il d’animal, lui qui s’est installé dans un confort de petit bourgeois ? Dans cette scène fascinante, Ruben Östlund ausculte à la loupe les comportements humains : la peur, la lâcheté, le retour aux instincts les plus primaires… Jusqu’à un final sans concession. Dominic West, qui incarne un artiste beau gosse poussé dans ses retranchements, se souvient pour Konbini de cette scène aussi brillante qu’ultragênante. 

"C’était incroyable. Tout était bien préparé. À ma droite, j’avais un couple de donateurs très importants du Musée d’art moderne de Stockholm. À ma gauche, un marchand de tableaux également extrêmement reconnu… La plupart des figurants venaient du monde de l’art. Je ne savais pas du tout ce que Terry [Notary, aka Oleg, ndlr] allait faire. Au final, il me choisit et vient m’embarrasser. C’était facile de réagir naturellement à ses provocations. C’était tellement choquant ! C’est une scène vraiment incroyable."

#3. Un regard acide sur le monde

Évidemment, le monde de l’art contemporain en prend pour son grade dans The Square, que ce soit à travers l’exposition en elle-même, d’une incroyable naïveté (un carré "de confiance" où chacun peut faire ce qu’il veut), ou la mise en place risible d’une stratégie de communication qui se termine par un incroyable bad buzz. Le héros lui-même passe tout le film à réaliser qu’il est… un con. 

Au-delà de cette critique attendue du milieu de l’art contemporain, avec ses vieux donateurs et ses patrons lâches qui cherchent un bouc-émissaire au moindre souci, Ruben Östlund s’en prend plus généralement à nos sociétés modernes, et à une tranche de la population, les bourgeois et autres bobos (qui ont pris cher à Cannes aussi avec la Mise à mort du cerf sacré), riches mais pathétiques et désœuvrés, qui se pensent éclairés et ouverts, mais ne le sont pas tant que ça. The Square, c’est un peu le triomphe du politiquement incorrect.  

#4. Elisabeth Moss et Dominic West se sont tapé l’incruste 

Ruben Östlund est-il fan de The Wire et Mad Men ? Ou est-il seulement tombé sous le charme d’Elisabeth Moss et Dominic West quand il les a rencontrés (séparément) à Londres ? Toujours est-il que ces deux icônes de séries ont eu un coup de cœur pour le précédent film du cinéaste, Snow Therapy. Ils ont donc accepté des rôles secondaires, sans connaître le script par avance.  

Dans le rôle d’Anne, une journaliste que rencontre Christian à plusieurs reprises et avec laquelle il finit par coucher, la grande Elisabeth Moss dévoile toute sa puissance comique. Elle s’adapte avec une apparente facilité à l’univers très spécifique du réalisateur suédois. On lui doit les scènes les plus bizarrement drôles du film. 

De son côté, Dominic West ne démérite pas mais l’excellent interprète de Noah dans The Affair est dramatiquement sous-exploité. Il a deux petites scènes à se mettre sous la dent. 

#5. The Square a divisé la Croisette 

Le jury présidé par Pedro Almódovar a donc décidé de récompenser The Square d’une Palme d’or, au nez et à la barbe du favori 120 battements par minute, de Robin Campillo. Quand le film a été projeté à Cannes, rien n’était gagné. Les réactions ont même été épidermiques, certains spectateurs sortant épuisés et clairement agacés de cette expérience de près de 2 heures 30 quand d’autres, moins nombreux, criaient au génie. Il faut dire que si certaines scènes sont dotées d’une puissance dramatique, d’autres s’avèrent superflues et on a parfois l’impression que le cinéaste étire son film jusqu’à la moelle pour éprouver la patience du spectateur.  

Pour Dominic West, "Ruben ne veut pas choquer pour choquer. Tout ce qui vous choque dans le film est conçu pour nous faire réfléchir à nos préjugés. Pour moi, Ruben est un génie. Il crée des dilemmes moraux qui sont aussi atrocement embarrassants à regarder, parce que nous pouvons nous identifier". 

De son côté, Elisabeth Moss analyse ainsi The Square : 

"L’une des questions que pose le film, c’est : qu’est-ce qui fait une œuvre ? L’art est parfois pris de façon très sérieuse. Ruben aime au contraire déconstruire les choses, chercher ce qu’il y a en dessous et trouver ce qu’il y a d’incongru dedans. Et puis avec l’art, tout est question d’interprétation. Vous pouvez placer une pile de graviers dans un musée, et dire que c’est de l’art [une des scènes du film, ndlr] ! Certains penseront que c’en est, d’autres que c’est ridicule. C’est la même chose pour les films. Le film préféré au monde d’une personne peut être considéré comme un gros navet par une autre. C’est tout l’intérêt de l’art. C’est supposé provoquer des débats." 

Pour le coup, The Square a clairement atteint son but.