Test : Star Wars Battlefront II, une petite perturbation dans la Force

Rongé par le côté obscur de la Force, EA délivre un titre loin d’être mauvais, mais qui déçoit forcément un peu.

Avant de commencer la lecture de cet article, voici deux points importants. Le premier : le test a été rédigé après la suspension par Electronic Arts des microtransactions et des loot boxes, qui ont provoqué un beau bordel sur Internet — au point où des autorités gouvernementales commencent à se pencher sur la question. Le deuxième : il va y avoir des spoilers, évidemment.

Il n’y a pas si longtemps, dans une galaxie vraiment pas si lointaine, l’univers Star Wars revenait en force. Au cinéma bien sûr, avec le lancement d’une nouvelle trilogie, mais aussi en jeu vidéo avec Star Wars Battlefront.

Deux ans plus tard, la folie Star Wars continue à prendre de l’ampleur. Alors qu’un nouveau film s’apprête à sortir, Electronic Arts a dévoilé la suite du jeu vidéo, qu’on attendait de pied ferme et avec une excitation certaine. Spoilers : bien que sublime et jouissif à jouer, le titre déçoit un peu malgré tout, tant sur la forme que sur le fond. Explications.

Une histoire 100 % Star Wars

Soyons honnêtes : ce que l’on attendait tous, c’était le fameux mode campagne. Une histoire inédite, qui devait nous plonger au cœur de l’univers Star Wars, pendant de longues heures, à combattre du côté de l’Empire après la destruction de la deuxième Étoile de la mort. On y campe en effet Iden Versio, un nouveau perso assez intéressant, fille d’un grand amiral de l’Empire et cheffe de l’Inferno Squad, un petit groupe de soldats impériaux de l’ombre.

Un fait est incontestable : le jeu est magnifique. Graphiquement, il est d’une fluidité exemplaire, et ce malgré des décors bien chargés. Les cartes sont plus réalistes que jamais, que ce soit dans la forêt d’Endor ou dans les cavernes d’une planète inconnue jusque-là.

Le sens du détail est impressionnant, que ce soit dans une cinématique de deux secondes lorsqu’Iden allume son vaisseau, ou tout simplement sur les écrans des terminaux. Cumulé à une BO exemplaire qui prend aux tripes et à des effets sonores parfaits, on s’est rarement autant senti au sein d’une véritable aventure Star Wars.

Un gros plus est à noter du côté des batailles spatiales, vertigineuses à souhait. Le gamin en nous, qui rêvait de piloter l’un des vaisseaux cultes de l’univers de George Lucas, a de véritables étoiles dans les yeux – et des frissons à chaque fois qu’il évite de justesse un débris. Plus que les graphismes, c’est le gameplay qui est particulièrement travaillé ici.

Côté intrigue, la narration est typiquement dans l’esprit de Star Wars, il n’y a rien à redire. Néanmoins, deux bémols subsistent : le twist principal de l’histoire, qui intervient très tôt et est bizarrement amené – tout d’un coup, sans trop de préparation à ce moment, Iden trouve que l’Empire, c’est vraiment pas bien en fait. C’est dommage, parce qu’on aurait aimé avoir une histoire de A à Z du mauvais côté de la Force, mais bon. Ce qui pêche, en réalité, c’est que la campagne est bien trop courte. Si l’on avait le double de missions, ce twist aurait pu être préparé bien plus subtilement – et ainsi être plus crédible.

En moins de dix heures, vous pourrez venir à bout de cette campagne qui, bien qu’offrant des moments jouissifs où l’on campe Luke ou d’autres personnages prestigieux, reste frustrante de par sa facilité. On a plus l’impression d’être face à un long tutoriel servant à mieux apprivoiser le multi. C’est d’ailleurs probablement le but, et c’est dommage.

Un multi toujours aussi efficace

Côté multi, il y a plusieurs choses à voir. Le multi local lâche le mode "vagues" du précédent volet (ce qui est franchement dommage), au profit d’autres types de combat plutôt moins intéressants. Certes, on peut avoir accès immédiatement à tous les héros – ce qui pouvait manquer dans le premier volet et fait bien plaisir –, mais il est difficile d’avoir du plaisir à juste buter 100 adversaires. Le mode "vagues" permettait au moins de penser ses actions de façon tactique, un peu comme dans les modes "zombies" des Call of Duty.

De toute manière, on le sait, EA a tout misé sur le multi en ligne : c’était la force principale (unique ?) du titre précédent, et l’idée était de le renforcer, tout en offrant un accès à d’autres modes. En outre, EA sait que c’est là qu’il est possible de gagner le plus d’argent. D’où l’histoire des loot boxes.

Revenons deux secondes sur le sujet. Les microtransactions dans le monde du jeu vidéo n’ont malheureusement rien de nouveau, même si elles se sont surtout développées dans les jeux gratuits, notamment les applications mobiles. Seulement payer deux fois 5 euros pour juste avoir accès à de nouveaux éléments dans un jeu gratuit n’est pas la même chose que de devoir dépenser des dizaines (voire centaines) d’euros sur un jeu qui en valait déjà 70.

Malheureusement, c’est un peu la spécialité d’EA, qui a senti le bon filon — c’est le meilleur moyen d’avoir des rentrées d’argent. Le problème, c’est qu’on ne paye pas pour déverrouiller quelque chose de précis : on dépense de l’argent pour une récompense aléatoire. On pense notamment à Fifa et son système "Ultimate Team". Les internautes ont tellement fait sentir leur colère face à ces boxes, qu’elles ont été retirées du jeu.

Hormis cette polémique, ce multi en ligne fait le taf — même si on ne voit pas trop de différences avec celui du premier, notamment sur les cinq modes disponibles. C’est donc toujours avec le même plaisir que l’on joue pendant des heures. On notera que le premier DLC gratuit, reprenant des éléments de The Last Jedi, a l’air bien complet et présente son lot de nouveautés.

Pour résumer, le jeu fait son taf. C’est dommage que cette histoire de loot boxes (scandaleuse, on est bien d’accord) ternisse un jeu pourtant loin d’être mauvais – et ce même si le mode solo nous laisse sur notre faim.

La note de la rédac : B

Journaliste cinéma/musique/jeux vidéo. Expert en Alien et Marvel, entre autres.