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Sur la piste des reliques de Star Wars

Il y a bien longtemps, dans un désert lointain, très lointain… a été filmé Le Retour du Jedi. Avec trois fans, le journaliste Jon Mooallem s'est rendu sur les lieux de tournage du sixième épisode de la saga. Aux confins de l'Arizona, la Californie et du Mexique, il est parti à la recherche de ce qu'il reste de "sarlacc  tout-puissant", personnage emblématique du film de Georges Lucas. Retrouvez le reportage complet sur Ulyces.

Buttercup Valley, lieu de tournage de l'épisode six de la saga - (Crédit Image)

Buttercup Valley, lieu de tournage de l'épisode six de la saga - (Crédits Image)

Peu avant six heures du matin, nous nous arrêtâmes sur une aire en bordure de l’Interstate 8, non loin de l’endroit où se rencontrent la Californie, l’Arizona et le Mexique, au beau milieu du désert. Une rangée de Quads des sables frappés du logo de la police des frontières américaines dormaient paisiblement au bout du parking. De l’autre côté de la route, une tour de guet aux fenêtres sombres surplombait un 4×4.

Jad Bean ouvrit un classeur sur le capot de notre Trailblazer de location et nous montra une carte satellite du désert, qui ressemblait à la surface craquelée d’un cerveau sec. Les dunes de la vallée impériale recouvraient la zone sur plus de 60 kilomètres, quelques-unes d’entre elles mesurant jusqu’à 100 mètres de hauteur. Certaines avaient même été baptisées, comme on le fait pour les montagnes. Jad désigna le centre de la carte, pointant du doigt un creux en forme de larme du nom de Buttercup Valley. On avait imprimé une icône rouge et noire près du bord de la vallée – le fameux « X » des cartes au trésor.

Le lieu de débauche de Jabba le Hutt

C’est précisément sur cette bande de sable qu’un fragment du paysage d’un tout autre monde avait atterri quelques années auparavant. Pendant trente-huit jours au cours du printemps 1982, une équipe de Lucasfilm y érigea une plateforme de bois de près de 10 000 mètres carrés, et versa du sable dessus pour former des dunes qui s’élevaient sur cinq étages au-dessus du sol. Au sommet de ce faux relief, les décorateurs édifièrent ensuite une structure semblable à un yacht, une barge de 30 mètres de long et de 20 mètres de haut. D’un vert automnal, elle possédait de larges voiles en polyester orange.

Le navire apparaît dans une des premières scènes du Retour du Jedi – c’est le lieu de débauche de Jabba le Hutt, parrain du crime monstrueux de l’univers de Star Wars, dans lequel il voyage à travers la planète désertique de Tatooine avec sa clique de chasseurs de primes et de petites frappes. C’est depuis cet avant-poste qu’il attend l’exécution de Luke Skywalker, Han Solo et Chewbacca.

Chaque prisonnier devait s’avancer sur une planche avant d’être offert au « sarlacc tout-puissant », sorte de vagin denté des dunes qui, selon la croyance populaire, les digéreraient pendant de longs millénaires. Vingt-cinq ans plus tard, des restes de ce décor étaient censés joncher la vallée, ou bien être enterrés sous le sable. Nous allions donc déterrer les reliques authentiques de cet univers de fiction.

Sur la piste du mythe

"Vous cherchez quoi, en fait ? Un petit sac avec écrit dessus : “poils de Chewie : ne pas toucher” ?" demanda Jilliann Zavala alors que nous étions encore en chemin. Avant d’intervenir, elle s’amusait toute seule sur la banquette arrière à répéter des répliques de Sex Academy et Bonjour les vacances.

"On cherche du bois", répondit Jad, les yeux rivés sur la route.  "En général, il est peint en marron, vert ou argenté. Vous trouverez peut-être des morceaux de mousse dure condensée, ou de caoutchouc, avec du sable incrusté sur un des côtés." Il nous expliqua également qu’on risquait de trouver des morceaux de latex appartenant au sarlacc. "Mais ce sera plus difficile. Il faudra creuser plus profond pour ça."

Jad Bean. À gauche la figurine, à droite l'homme en chair et en os - Montage à partir de photos trouvées sur le Net

Jad Bean. À gauche la figurine, à droite l'homme en chair et en os - Montage à partir de photos trouvées sur le Net

Jad a 32 ans, c’est un homme calme et posé. Quelques lignes d’argent barrent sa chevelure châtain. Je l’avais contacté après avoir lu un article sur son blog où il évoquait son voyage prochain dans la Buttercup Valley. Le blog, JadOnTV.com, était une des armes qu’il utilisait dans le cadre de son lobbying intense auprès de Lucasfilm pour nommer l’un de leurs personnages "Jad" dans un des nombreux spin-offs que la compagnie prévoyait de produire. Il était parvenu à convaincre plusieurs acteurs de la saga d’écrire des lettres de recommandation à son sujet, dont Gerald Home, qui incarne Tête de Poulpe, un des extraterrestres en arrière-plan d’une scène du Retour du Jedi.

Jad avait croisé Home à une convention, et les deux avaient commencé à s’écrire des emails. "Je mentends bien avec Tête de Poulpe", me confia Jad. Bien que fan dévoué de Star Wars (il avait servi de modèle à une figurine qu’il avait faite faire, sur laquelle il était habillé en pilote d’X-Wing, et dont les traits avaient été sculptés d’après un scan de son visage), il parlait de son amour pour la saga avec mesure et, parfois, un peu de timidité. Dans un post de blog récent, il expliquait qu’il ne savait pas quoi penser lorsque, après avoir passé deux ans à tenter, en vain, d’obtenir satisfaction, une nouvelle série animée Star Wars avait introduit un personnage du nom de Cad Bane.

Un quartet pour un road trip

Ce voyage marquait également la première rencontre entre Jad, Jilliann et le quatrième passager de notre compagnie, qui s’était présenté à nous en utilisant un alias clairement inspiré de l’univers de Star Wars : Bru Galeen – pseudonyme qu’il semblait utiliser dans sa vie quotidienne. J’avais entamé une première conversation avec Jilliann et Bru au cours d’une convention de fans à San Francisco, quand je commençais moi-même à vouloir me joindre à cet univers tournant autour de la saga de George Lucas. Ils m’avaient parlé de la possibilité d’organiser un voyage dans le parc national de Redwood, au nord de la Californie, où d’autres scènes du Retour du Jedi avaient été tournées, mais cela n’aboutit jamais.

À San Francisco, ils tentèrent également d’interviewer le "vrai" Dark Vador – non pas James Earl Jones, qui prête sa voix au seigneur Sith, ou même le bodybuilder anglais qui portait le costume au cours des tournages. Ils voulaient rencontrer l’homme qui incarnait le personnage dans les pubs M&M’s et les autres manifestations depuis les années 1990, qui s’avérait travailler pour le département des effets spéciaux de Lucasfilm. Jilliann disait qu’il "avait porté le costume plus que quiconque".

Quelque part sous le sable reposaient les reliques d'un passé factice et futuriste

Pour notre road trip vers la Buttercup Valley, Jilliann, une grande demoiselle de 34 ans qui poursuivait des études de psychologie, était vêtue d’un épais chapeau noir et d’une chemise à quatre poches avec une ceinture cousue au niveau de la taille. Après de longues discussions matinales à l’Econo Lodge où nous avions passé la nuit, elle avait décidé qu’elle garderait ses Keds plutôt que de les remplacer par ses Reebok Pump noires.

Bru, lui, avait 32 ans. Il vendait des ustensiles de peinture et de menuiserie et se trouvait au milieu de la rédaction de son manuel pour construire un sabre laser à partir de pièces d’aspirateur et de plomberie. C’était un homme squelettique, à la chevelure touffue et aux lunettes rondes. Alors que nous nous relayions pour nous reposer, sur cette aire d’autoroute au milieu de nulle part, il s’empara brusquement d’un morceau de métal qui traînait sur le sol, le porta au niveau de ses yeux et, imitant un Stormtrooper dans une scène qui aurait pu se passer sur Tatooine, déclara d’un ton grave : "Regardez, camarades. Des droïdes."

Face-à-face avec des lieux inexplorés

À l’inverse de Jilliann et Bru, Jad s’était déjà embarqué dans des voyages semblables à celui que nous nous apprêtions à faire. Pour son mémoire de paléontologie, il avait exploré une montagne du Nevada, collectant des fossiles tous les deux ou trois mètres ; il avait ensuite trouvé une place dans une société de conseil environnemental, où il menait des études de terrain pour des particuliers. Cinq mois plus tôt, il s’était rendu dans la Buttercup Valley avec la Star Wars Society de San Diego et était parvenu assez rapidement à déterrer un morceau de mousse condensé de plus d’un mètre de long. Les sages de la société identifièrent la pièce : c’était un bout de la Grande Fosse de Carkoon, le repère du sarlacc. Malgré tout, Jad avait trouvé ce voyage particulièrement frustrant. Cela n’avait rien à voir avec d’autres expéditions Star Wars qu’il avait "vécues comme des face-à-face avec les lieux explorés".

Lorsqu’il avait visité une rotonde de la banlieue de Naples, en Italie, il était resté seul sur les lieux pendant une heure entière. Il avait superposé des photos tirées de plans du film aux lieux qu’il visitait et retraçait les pas de la Reine Amidala, la mère de Luke et Leia Skywalker, dans La Menace fantôme. Il aurait aimé vivre la même chose lors de son premier voyage à Buttercup Valley. Mais il dut composer avec les desiderata divers de chacun des membres du groupe auquel il appartenait. "Certains étaient vraiment à fond, dautres se contentaient de donner des coups de pied dans le sable. Du coup, ça démotive un peu", admit-il.

En plus de la carte, son classeur recelait des informations précieuses : des photos publicitaires du Retour du Jedi au format 8×10, d’autres de l’équipe du tournage au travail dans la vallée, et enfin des cartes de jeu à échanger, parfaitement conservées dans des feuilles plastiques. Toutes représentaient le décor, sous divers angles de vue, et Jad voulait s’en servir de références, comme un archéologue consulterait une œuvre représentant un temple à l’intérieur duquel il était sur le point d’entrer pour la première fois.

Sur le tournage de Star Wars dans la Buttercup Valley (1982) - Crédit Image Star Wars Places

Sur le tournage de Star Wars dans la Buttercup Valley (1982) - Crédits Image Star Wars Places

Quelque part sous le sable reposaient les reliques d’un passé factice et futuriste – qui étaient également le décor d’un passé véritable, le contexte qui avait permis à la fiction de s’épanouir. Dur de ne pas s’y perdre. Mais j’avais le sentiment que, comme toute fouille archéologique, qu’importe ce que nous allions trouver, l’artefact nous rapprocherait des vérités et des mythologies d’alors, mythologies qui avaient survécu aux trois dernières décennies. "Prêts ?" demanda Jad quand le dernier d’entre nous quitta enfin le refuge de l’aire pour rejoindre la voiture. Nous avions décidé de creuser les neuf jours suivant le solstice d’été, sous des températures pouvant dépasser les 40 degrés à l’ombre. Il était temps de se mettre au travail.

Des décors de Star Wars devenus habitations

Pendant plus d’une décennie, un petit noyau de fans était parti à la recherche de tous les lieux de tournage de la saga Star Wars dans le monde entier. Cartes et guides de voyages fleurissaient sur Internet, à l’instar des photos des paysages que les visiteurs avaient capturées depuis les points de vue où les caméras avaient été posées avant eux. Souvent, le voyageur se mettait en scène sur ces photos, prenant la pose de Luke ou Anakin Skywalker au même endroit où le personnage se trouvait dans la scène qu’il cherchait à reproduire. La plupart de ces voyages avaient suivi la publication d’un article dans Star Wars Insider, le magazine officiel du fan-club de Star Wars.

"Retour à Tatooine" était le carnet de bord de David West Reynolds, un fan qui avait exploré les paysages désertiques de la Tunisie, traquant sans répit les sites qui avaient servi de décor au premier film de 1977. Une fois cet itinéraire mis à jour, d’autres pèlerins suivirent le même exemple. Un collectionneur de jouets du nom de Gus Lopez, célèbre dans la communauté, tient aujourd’hui un guide en ligne des lieux de tournage tunisiens, accompagnés de leurs coordonnées GPS.

Il a aussi compilé de nombreuses informations sur des endroits plus lointains, comme les ruines mayas de la jungle guatémaltèque qui furent utilisées dans des plans d’ensemble pour le premier film, montrant l’extérieur d’une base rebelle sur une lune de la planète Yavin. Mark Dermul, le président de la Star Wars Society de Belgique, tient un site similaire et a organisé des tours dans les glaciers finlandais que l’on voit dans LEmpire contre-attaque. Le guide de soixante-dix pages de Dermul s’intitule La Force en finlandais.

À l'instar des sbires de Jabba qui parcourent la surface de Tatooine, Buttercup Valley regorge de hors-la-loi en tous genres

Dans certains de ces lieux, comme dans la Buttercup Valley, les décors ont été abandonnés, des morceaux de vaisseaux laissés à l’abandon, au bon vouloir de ceux qui souhaitaient s’en occuper. En Tunisie, par exemple, de vrais nomades ont élu domicile dans l’un des villages d’esclaves fictionnel construit spécialement pour le film. Plus tard, une large partie du décor – une décharge intergalactique – a fini entre les mains d’un revendeur de métaux, Kamel Souilah, qui a commencé à écouler les pièces dans une boutique de Nefta. Un Tunisien a même construit un enclos pour ses poulets à partir d’un des dômes vaporisateurs d’humidité qui rend la vie possible sur Tatooine.

Sur les tables de ces marchands, à côté d’objets artisanaux berbères, les touristes peuvent trouver des squelettes en fibre de verre, abandonnés dans les dunes par les équipes de tournage. Gus Lopez confia avoir dû faire expédier plusieurs de ses trouvailles par avion tant il en avait déterré. La plupart des objets qu’il ramena n’était pas aisément reconnaissables, aussi Lopez revisionna les films afin de trouver, au détour d’un plan, à quel film appartenait tel ou tel artefact.

Rendez-vous sur Tatooine

Jad avait lui aussi visité la Tunisie, en 2004. Il ne souhaitait pas se rendre sur les lieux de pèlerinage – il venait de terminer ses études et désirait simplement découvrir le monde. Après avoir voyagé près d’un an en Asie, en Australie et en Europe, et découvert plusieurs lieux de tournage dans la foulée, il s’était installé à Wroclaw avec une Polonaise rencontrée dans une auberge de jeunesse espagnole.

Neuf mois plus tard, leur union finit par battre de l’aile, et Jad a commençé à réfléchir à la prochaine étape de sa vie. Il rêvait de la Tunisie depuis sa lecture de "Retour à Tatooine", des années auparavant – il prenait des notes chaque fois qu’il visitait les sites de Lopez et Dermul. Quand la Polonaise finit par le quitter, il traversa l’Europe en train et prit un aller-simple Milan-Tunis. La traversée dura vingt-quatre heures. Certes, il était assis à côté d’un touriste allemand en slip de bain, mais il avait eu le loisir d’admirer les dauphins jouer dans le sillage du ferry.

Jad passa la semaine suivante à arpenter les quatre coins de Tatooine. Il tomba sur un fragment du garage du grand-oncle de Luke Skywlaker, qu’on rencontre dans LAttaque des clones. Il visita jusqu’à cinq lieux par jour, s’alliant avec d’autres touristes et embauchant des chauffeurs pour la journée. "Ce fut une expérience inoubliable, me confia-t-il. Je me sentais enfin en accord avec moi-même, après avoir passé plusieurs mois dans un flou artistique complet. Et cest ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue."

Il était arrivé à financer ce long voyage en revendant sa collection de jouets Star Wars sur eBay, empochant 6 000 dollars en à peine trois semaines. Ces jouets étaient devenus un vrai boulet pour lui, m’avoua-t-il – "trop de choses" qui, bien que respirant encore les joies de l’enfance, ne lui apportaient plus le genre de liens qu’il souhaitait désormais tisser avec les films. Le voyage que ces jouets lui permirent de s’offrir était infiniment plus concret.

Jad stoppa le Trailblazer tout au bout de la route, où le goudron s’efface dans le désert. Jilliann cria : "Attends, jai oublié quelque chose !" Une phrase que nous ne prîmes pas au sérieux, comme elle s’y attendait. Puis Jad enclencha le mode quatre roues motrices du véhicule, et s’engagea sur la bande de sable qui nous faisait face. Les dunes envahirent notre champ de vision. Je me sentais tout petit, comme si j’avais été projeté au beau milieu d’un terrarium. Et, soudain, la voiture s’enlisa dans le sable.

La barge de Jabba, le "Khetanna", lors du tournage à Yuma dans l'Arizona - Crédit Image Marcio Kenobi

La barge de Jabba, le "Khetanna", lors du tournage à Yuma dans l'Arizona  - Crédits Image Marcio Kenobi

Jad et moi avions prévu une petite pelle – achetée dans un Home Depot avant de partir – pour nous dépêtrer de ce genre de situation, et je dégageai les roues avec, permettant au conducteur de manœuvrer suffisamment pour faire avancer le véhicule d’une poignée de centimètres. Quelques secondes plus tard, la voiture s’étant enlisée quelques mètres plus loin, je recommençai à creuser le sillon d’un nouveau chemin devant le Trailblazer.

Bru, Jad et moi nous relayions, jouant avec l’accélérateur, dégageant les roues ou poussant chacun notre tour, tandis que Jilliann restait à nous regarder. Elle souffrait de nombreuses pathologies, parmi lesquelles un mal de dos chronique résultant d’une colonne vertébrale taillée comme une fermeture éclair, pour reprendre la métaphore qu’avait utilisée son médecin lorsqu’il analysait sa dernière radiographie du dos. Durant ces quinze dernières années, elle avait été opérée quinze fois… Elle se contentait donc de prodiguer des conseils.

À 7 heures du matin, l’arrière de notre voiture était toujours immobilisé. Déjà, le soleil chauffait tellement que poser les mains sur le capot était impossible. Nous progressions lentement et retournions tout le sable que nous pouvions sur notre passage, afin de grappiller quelques centimètres au désert. Enfin, nous nous résolûmes à garer le véhicule, et poursuivîmes en marchant. La tâche s’annonçait compliquée. Jad regarda son téléphone. "Il ny a aucun signal ici", dit-il.

Derniers préparatifs

Avant de partir pour Buttercup Valley, une femme du nom de Sue Dawe m’avait donné le nom d’une compagnie de remorquage prête à venir secourir les voyageurs imprudents restés prisonniers des dunes. En 1982, Dawe avait fait partie de l’expédition de six personnes qui avaient campé dans le désert pendant des semaines dans le seul et unique but d’assister au tournage du Retour du Jedi. Trois mois plus tard, sur le chemin du retour d’une convention de science-fiction à Phoenix, en Arizona, les six camarades s’étaient arrêtés à Buttercup Valley pour assister à une éclipse lunaire totale. Ils ne s’attendaient pas à retrouver Tatooine, imaginant plus volontiers que toute trace avait été effacée.

Ce qu’ils virent ressemblait "à une décharge", se souvient un autre membre du groupe, Michael Davis. Des matériaux dispersés au gré du vent virevoltaient derrière un grillage de chaîne qui délimitait un large périmètre et donnait à la vallée des allures de terrain vague. Un puits – de plus de six mètres de large et de profondeur – avait été creusé dans le sable, et quelques fausses dunes et morceaux de mousse solidifiée y avaient été déversés.

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L'entrée de la "décharge" Crédits Image

Le plus petit des six compagnons avait rampé sous la barrière et commencé à jeter des objets à ses camarades. Ils avaient fini par traverser le désert en portant chacun un volet en bois de près de deux mètres, certains toujours déguisés en personnages de Star Wars. Davis pensait que ce qu’il restait du tournage de 1982 était toujours là-bas. Il y a quelques années, il écrivit au Service de l’aménagement du territoire, qui s’occupe de la zone, leur demandant la permission de faire venir des engins pour fouiller correctement la vallée. La réponse fut négative.

Vingt ans plus tard, Dawe fut la première à mener la Star Wars Society de San Diego dans la Buttercup Valley avec des détecteurs de métaux. Elle avait assisté à la construction et au démantèlement du décor. Aussi, telle une pierre de Rosette, elle pouvait déterminer la provenance exacte de chaque morceau récupéré là-bas. La société se rend régulièrement sur les lieux depuis lors (son président m’envoya même la photo d’une large barre de métal, que Sue disait être issue d’un pont de la résidence de Jabba).

Avant de quitter San Diego, Jad et moi avions rendu visite à Eugene King, un autre membre de la cohorte de Dawe et Davis, pour feuilleter des centaines de photos prises sur les lieux du tournage depuis 1982. Lui et quatre autres amis possèdent toujours les volets récupérés ce soir-là. Le sixième appartenait à Michael Davis. En 1985, il l’échangea contre une voiture de sport.

Jon Mooallem

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