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Seth Gueko : "Mes tatouages, c'est des bobos qui ont du style, des cicatrices designées"

En avant-première sur Konbini, nous vous présentions le nouveau clip de Seth Gueko, "Delicatessen", qui illustre la piste n°4 de son prochain album Professeur Punchline attendu pour le 6 novembre prochain. Découvrez en bonus une interview tatouages avec Seth Guex.

Pour ce vendredi 16 octobre 2015, la météo annonçait une pluie de punchlines. Et bien un conseil : sortez les capuches avant d'être frappés par la foudre de ce nouveau titre de Seth Gueko, "Delicatessen", accompagné de son clip tout de fluo tapissé réalisé par Daylight Productions. Après la vidéo de "Val d'Oseille" et plus récemment celle de "Chintawaz" au côté de Gradur, le professeur punchline poursuit son retour glorieux qui le mènera à la sortie de son quatrième album, Professeur Punchline, le 6 novembre 2015.

C'est donc avec "Delicatessen" qu'on retrouve un Seth Gueko plus énervé que jamais, qui "découpe l'instru comme un cruel charcutier". Et, à notre grande surprise, le fervent représentant de Saint-Ouen-l'Aumône est accompagné de son acolyte Alkpote, entre deux bricoleuses dévergondées dans un atelier froid et discret. Ses tatouages reluisent et s'éclairent à la lumière noire. Le décor est hardcore. Du Seth Guex, tout simplement.  

Je dévore les livres, comme Hannibal j'suis un gros Lecter.

L'interview tattoo de Seth Gueko

Seth Gueko et les tatouages, une grande histoire d'amour comme vous avez pu le voir dans le clip de "Delicatessen". Nous avons profité du tournage de ce dernier pour parler de ce sujet avec Nicolas Salvadori, histoire d'en savoir plus sur "l'or bleu" qui orne le corps du gladiateur de la rime.

© Margaux Birch pour Daylight Prod. lors du tournage du clip de "Delicatessen"

Lors du tournage du clip de "Delicatessen" © Margaux Birch, Daylight Prod

Konbini | Tu reviens avec toujours plus de tatouages. T'en es à combien aujourd'hui ?

Seth Gueko | Ça ne se compte plus au stade où je suis. Je compte surtout les endroits où il me reste de la place pour me dire quand est-ce que je vais remplir ces zones blanches qui sont là pour être remplies.

Quelles zones ?

Il reste une zone très grande, où je peux tatouer tout un annuaire dessus.

Ton premier tatouage ?

C'était un flingue à la ceinture, je l'avais vu dans un magazine de tatouages il y a longtemps. J'avais vu deux tatouages qui m'avaient marqué : un mec qui avait de la calvitie et qui s'était fait sur le crâne un petit bonhomme qui passe la tondeuse ; j'avais trouvé ça super original.

Et un autre gars qui avait mis un flingue à sa ceinture, j'avais trouvé ça bien et ça a donné mon premier tatouage. J'étais en voyage au Mexique, j'étais bourré et je me suis dit tiens je vais me faire tatouer... J'avais encore des cheveux donc j'avais pas opté pour la tondeuse, ce que je peux me faire aujourd'hui vu que j'ai un peu plus de place sur le crâne.

Du coup j'ai fait le flingue à la ceinture. Ça me faisait marrer d'avoir ce petit calibre à la ceinture et de le montrer quand je devais repasser à l'aéroport et qu'on me demande "vous avez quelque chose de dangereux sur vous ?"

Et c'est pas un tattoo que tu regrettes aujourd'hui ?

Ah non je le kiffe de ouf, il fait partie de mes préférés. Même si j'avais un corps tout blanc sans tatouages et que je me baladais qu'avec celui-là, ça aurait fait bien en fait. C'est ce que je me disais au début, je pensais en faire qu'un, celui-ci, qui est isolé tout en ayant du style. Toujours avec style frère. La recherche du style.

Et du message aussi ?

Avoir un flingue à la ceinture à part dire que "le savoir est une arme" il n'y a pas de message dans ça. Par contre un pistolet ça envoie des messages clairs et précis, quand il s'exprime.

Ton dernier tatouage en date ?

Putain le dernier que j'ai fait... Ah j'ai fait une ancre sur la main, tu sais une ancre de marin parce que j'aime bien l'esprit du voyage, le marin qui navigue à gauche à droite. Et de l'encre sort de ma main aussi, avec laquelle j'écris les textes de rap, ça donnait un petit jeu de mot sympa. C'est lourd une ancre, et mon écriture est lourde.

Et t'as aussi deux étoiles nautiques sur chaque épaule...

© Margaux Birch, Daylight Prod

© Margaux Birch, Daylight Prod

Exact. Il y a aussi les Vor v zakone ["voleurs dans la loi" - groupe mafieux lié à la mafia russe, dont les membres sont issus de l'ex-bloc soviétique, et sont par ailleurs réputés pour leurs tatouages, ndlr], représentés par les tatouages que les Russes font. C'est les hautes autorités criminelles.

Mais l'étoile nautique est aussi un tatouage qui représente les vieux bagnes français, et qui peut signifier la chance et la malchance et des trucs comme ça tu vois. Et le fait d'avoir ces deux trucs sur les épaules est aussi lié au style, plus dans le style que dans la recherche d'une explication, je trouve ça bien la manière dont ça habille le corps d'avoir ces signes sur chaque épaule.

Mais voilà, je suis un criminel de la rime on va dire, et un Russe dans les hautes autorités criminelles de la rime.

Tes origines [russe et italienne] ne t'ont pas influencé aussi ?

Si clairement, un premier tatouage que j'avais envie de faire : écrire "représailles" pour pas oublier les gens qui m'ont fait du mal et de leur faire du mal à mon tour. Tatouer le mot "représailles" en russe et en italien parce que je suis d'origine russe par ma mère et italien par mon père. Et tiens d'ailleurs il faut que je le fasse ce tatouage, c'est le premier que j'avais envie de faire et que j'ai jamais fait finalement.

Ça ne saurait tarder du coup.

Ça ne saurait tarder mon loubard.

Le tatouage qui t'est le plus cher ?

C'est mes enfants sur le pec'. C'est simple mais ça a une symbolique forte.

Il y a aussi le visage de ma mère sur l'avant-bras. Ma ville aussi, représentée par "SOA", qui veut dire Saint-Ouen-l'Aumône... et Sons of Anarchy. On a grandi dans cette mentalité anarchique. On a la chance d'avoir eu des grands frères punks.

Et t'avais dit que le rap devait être un prolongement de ce mouvement.

Ouais c'est ça, un prolongement du rock alternatif. En tout cas le rap que je fais moi, le rap alternatif de Seth Gueko, c'est un prolongement des Berurier noir. Des loups de ville.

Y a-t-il un tatouage que tu détestes plus que d'autres ou que t'assumes pas ?

Non non je les aime bien tous. Après parfois ils vieillissent, la peau satine, ils perdent de leur couleur, donc même les anciens tatouages j'ai envie de leur donner une seconde vie en repiquant par dessus, les réanimer tu vois.

C'est mes bijoux, c'est des bijoux de peau qu'on ne pourra pas m'enlever ni en prison ni en garde à vue ni dans mon cercueil. Je vais les emmener avec moi, c'est de l'or bleu tu vois. Ce que j'appelle l'or bleu.

Et parmi cet or bleu, est-ce qu'il y a un message qui revient plus souvent que d'autres ?

La plupart sont des titres de mes albums que j'ai tatoués, en ce qui concerne les messages écrits. Un tatouage pour chaque album que j'ai sorti jusqu'ici.

Le seul qui manque mais qui est facile à illustrer c'est Mains sales qui était mon premier maxi. Donc tu peux marquer "sale" sur la main tu vois, ou faire une tache qui illustre la main sale sinon. Ca peut être la tache du sang, l'encre d'un stylo ou la poudre d'un revolver. Et Barillet plein... est-ce que je l'ai tatoué celui-là ou pas ? Ca peut être un barillet de pistolet avec des balles déversées, ça ferait un joli tatouage. C'est les deux seuls qui me manquent mais sinon tout le reste, Michto, La Chevalière, Drive-by en caravane, Fils de Jack Mess, Bad Cowboy, tout ça je l'ai fait. 

Tu fais partie des rappeurs français les plus productifs : t'as pas peur de ne plus avoir de place sur ton corps un jour ?

C'est sûr que si je devais tatouer toutes mes punchlines, j'aurais plus de place. Mais les jambes j'ai pas trop envie de les faire pour l'instant.

Pour ton nouvel album, tu t'es tatoué "Professeur Punchline" sur les épaules.

© Jérôme Juv Bauer

© Jérôme Juv Bauer

J'ai fait Professeur Punchline parce que c'est un gimmick que j'ai un peu lancé en faisant des vidéos marrantes avec "Les chroniques du professeur punchline".

On m'a souvent comparé au Poelvoorde du rap français. Il faisait "Les carnets de monsieur manatane" que j'aimais beaucoup. Et j'ai ce côté un peu débile, faire du rap très dur avec un second degré qui est parfois difficile à comprendre. En exploitant des créneaux un peu comme il l'a fait avec Monsieur manatane, en passant par des petites capsules où je mets en avant un personnage un peu "débiloïde", ça avait donné "Les chroniques du professeur punchline", des petites vidéos où j'expliquais d'une manière rigolote mes punchlines... pour montrer vraiment que c'est écrit avec de la dérision, de l'humour et que c'est juste là pour se fendre la gueule.

Et c'est arrivé après que je me suis dit que ça coule de source d'appeler le prochain album Professeur Punchline.

En fait, à chaque fois, dès qu'un morceau de tel ou tel CD parle plus que d'autres au public, on m'interpelle dans la rue avec l'expression qui correspond au titre. Quand j'ai fait "Patate de forain", on me disait "comment ça va patate de forain !". Donc après j'ai sorti l'album en l'appelant Patate de forain. Ensuite dans cet album j'ai fait le morceau "Fils de Jack Mess" et les gens me disaient "Hey Fils de Jack Mess !". Alors j'ai appelé le CD suivant Fils de Jack Mess.

Si ça se trouve, on peut déjà avoir le nom de mon prochain album dans le tracklisting de Professeur Punchline.

Lequel de tes tatouages représente la punchline la plus forte ?

Celui que j'aurais aimé faire, mais c'est trop tard, et qui aurait illustré une bonne punchline que j'adore et que j'avais sortie, c'est : "je vais me tatouer love sur les phalanges pour te frapper avec amour". Mais j'avais déjà marqué "Seth Guex" sur mes phalanges. Mais sinon celui-là j'aurais kiffé le faire sur les poings, il parle de lui-même, "love" pour te frapper avec amour, c'est du Seth Guex dans toute sa splendeur ça. De la violence et de l'amour dans le même corps.

Tes phalanges et Seth Guex justement... ça remonte à quand et comment ça s'est fait ?

Jérôme Juv Bauer

Jérôme Juv Bauer

Y a toujours ce problème de la recherche de la symétrie pour les tatouages. Et Seth sur une main a plus tard emmené Guex sur l'autre. J'aime aussi beaucoup le groupe Mobb Deep, qui m'a vachement inspiré, et ils avaient fait aussi "Mobb Deep" sur les doigts. J'avais envie de faire le mien, personne l'avait fait dans le rap français. Ce qui m'importe surtout c'est que ce ne soit jamais fait dans le rap français tu vois.

Et t'as aussi un mini-gun sous l'œil...

Ca aussi c'est une punchline illustrée. Tout le monde se fait tatouer une larme sous l'oeil, la larme à l'œil, mais moi j'ai l'arme à l'œil avec un flingue sous la paupière. C'est le regard qui tue, les yeux revolvers de Marc Lavoine, c'est le parking des anges... c'est incroyable quoi. C'est tout plein de références Seth Gueko.

T'as de la chance je te fusillerai pas du regard (rires).

© Jérôme Juv Bauer

© Jérôme Juv Bauer

Et sur le côté du crâne, c'est quoi ?

"Cabochard". C'est un titre qui nous a fait connaître 25G et moi, de part une grosse punchline j'avais sorti "si on a les yeux bleus c'est à cause des gyrophares". Le morceau s'appelait "Cabochard", ce qui représente les gens qui ont la tête dure, les fortes têtes, et quoi de mieux que de se faire tatouer sur la tête "Cabochard". J'essaye tout le temps aussi de trouver la place adéquat pour les tatouages.

Petite ellipse : 25G il devient quoi ?

Là il va nous sortir un clip bientôt, qui s'appelle "WWA", ce qui est de circonstance sauf qu'eux c'est White With Attitude tu vois. C'est moi qui a trouvé le nom du morceau, et j'en suis fier (rires). C'est un morceau avec Freko Ding et Jason Voriz, un artiste que j'essaye de développer à ma petite échelle.

Pour en revenir au tatouage, est-ce qu'il y a un artiste tatoueur que t'apprécies plus que d'autres ?

Non pas forcément, je donne la chance à tout le monde, je suis pas dans la recherche de la beauté d'un tatouage super bien fait, à part mon dos où j'avais envie d'y faire un belle pièce.

Capture d'écran du clip "Val d'Oseille"

Capture d'écran du clip "Val d'Oseille"

Mais je marche sur des coups de tête, si je veux me faire tatouer tout de suite maintenant j'irai chez le tatoueur le plus proche sans prendre un branquignol ou un manchot quand même. Je trouve qu'un tatouage a de la vie, a de la gueule quand il est aussi dans l'imperfection. Pour moi mes tatouages c'est des scratchs, c'est des bobos qui ont du style, c'est des cicatrices designées.

T'as dit par le passé que tu considères ton corps comme un passeport et tes tatouages comme des tampons.

En fait dès que je voyageais dans des pays, je revenais avec un passeport tamponné, et je me disais que j'allais aussi tamponner mon corps d'un tatouage. Je profitais de mes voyages pour en faire plein. J'aimais bien me faire tatouer dans le pays dans lequel je passais. D'où le premier qui s'est fait au Mexique et après ça s'est enchaîné.

Quel est le meilleur pays où se faire tatouer, selon toi ?

C'est la Thaïlande mec ! C'est l'avenir l'Asie, les gens faut qu'ils le comprennent. Ils ont tout compris eux. Le Bouddhisme leur apporte l'esprit de la tolérance et ça, ça change les mentalités.

Justement est-ce que tu peux nous parler rapidement de ton quotidien en Thaïlande vu que tu vis là-bas maintenant.

Y a juste la plage en plus et la mer quoi. Après mon quotidien se résume à ma vie de famille, je vais faire mes courses, je chie, je vais au sport, je m'occupe de la logistique de mon bar la journée, d'y être présent le soir, une vie normale quoi. C'est un monsieur-tout-le-monde aussi Seth Gueko.

Et tu reviens souvent en France ?

Pour la promo. J'suis venu que pour vous Konbini, t'imagines ? (rires)

Qu'est-ce que la Thaïlande a de plus que la France ?

Le soleil déjà, la sympathie des gens, la tolérance et des femmes ouvertes... d'esprit. Mais pas ouvertes des cuisses, hein, faut pas tout mélanger.

Parle-nous de ton nouveau tatouage sur la main qu'on voit sur la pochette de ton nouvel album.

J'aime beaucoup la tête de mort, c'est en plein dans l'univers des tatouages. Je suis un loubard des temps modernes. Et la tête de mort se poursuit depuis les groupes de rock, comme Iron Maiden par exemple. J'ai toujours aimé les films d'horreur, les squelettes, les Contes de la Crypte aussi. C'était une manière de se faire une tête de mort, discrète, pouvoir la poser sur le visage pour dire "trop parler peut tuer", c'est une belle illustration de cette phrase-là.

En fait tu te rendras compte peut être que Seth Gueko a vendu le plus de CDs le jour où il a mis sur sa pochette la main sur la bouche, c'est quand même incroyable pour un rappeur. Ferme ta gueule et tu vendras des CDs tu vois. Mais c'est pas pour autant que je fermerai ma gueule.

Crédit gif : Vincent Hiver pour Konbini

"Keep ya head up"