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"On a perdu l’habitude de voir des visages nus à l’écran" : entretien avec Sara Forestier

Après avoir fait beaucoup de bruit dans Stupéfiant ! où elle est apparue au naturel, sans maquillage, Sara Forestier revient pour Konbini sur son coup de gueule féministe et, brièvement, sur le harcèlement sexuel dont elle a été victime. En attendant son interview ciné, pour la sortie de son premier film en tant que réalisatrice, M.

Sara Forestier dans l'émission Stupéfiant ! (© France Télévisions)

En début de semaine, la journaliste Léa Salamé a reçu Sara Forestier dans son émission Stupéfiant !, pour parler de l'image des femmes. Ce matin-là, la réalisatrice n'est venue ni coiffée, ni maquillée et a poussé un petit coup de gueule féministe, qui est devenu viral sur les réseaux sociaux. La jeune artiste a même révélé avoir été harcelée par un réalisateur, qui aurait essayé de la contraindre à coucher avec elle pour avoir un rôle dans son film. Chose qu'elle a évidemment refusé. 

Face à toute cette agitation sur la Toile, on a demandé quelques précisions à Sara Forestier, qu'on a rencontrée dans le cadre de la promotion de son premier film en tant que réalisatrice, M. Avec l'authenticité qu'on lui connaît, l'actrice sanguine propage avant tout un message de liberté. 

Konbini | Ton témoignage sur la posture des femmes est devenu viral : espères-tu qu'il montre l'exemple en élargissant encore plus le débat, et ainsi avoir des répercussions positives sur notre société ?

Sara Forestier En fait, quand je me suis exprimée dans Stupéfiant !, j’ai juste eu envie de parler de certaines séances photo où on m’a demandé de prendre des pauses sexy, où les photographes me demandaient de me dénuder un peu alors que je venais défendre des films qui n’avaient rien à voir.

Ça n'avait aucun sens, pour moi. Et c'est seulement de cela dont j'ai voulu parler à la base. Je n'ai pas été invitée pour dire que je ne portais pas de maquillage. Il se trouve juste que ce matin-là, je ne m’étais pas maquillée, so what ?

Après, je me dis que si ça fait autant de buzz c’est qu’on a perdu l’habitude de voir des filles pas maquillées à la télé. Parce qu’on a perdu l’habitude, de voir des visages nus à l’écran. 

"T’as pas besoin d’être maquillée et d’avoir le cheveu sale pour être féministe"

Je ne me revendique pas du tout d’un mouvement. Encore une fois, si ce matin-là je n’étais pas maquillée, ça ne fait pas de moi l’étendard du "no-make up". Je trouve ça assez fou, ça va finir comme la bouffe : le "no botox", le "no silicone" comme le "no gluten" [rires]. 

Le seul résumé que je voulais faire c’était de dire que t’as pas besoin d’être maquillée et d’avoir le cheveu sale pour être féministe. Le féminisme c’est juste de dire que le désir de la femme est plus important que celui qu’elle suscite. C’est-à-dire que le plus important c’est qu’elle écoute ce qu’elle a envie de faire. Une femme a le droit de se maquiller ou pas. Une femme a le droit de se mettre nue sur une photo, ou pas. Mais elle ne doit pas se sentir obligée de le faire.

Pourquoi n’as-tu pas parlé plus tôt de ce réalisateur qui t’a harcelée ?

Parce que je me suis toujours débrouillée dans la vie. Le mec, je l’ai juste rembarré et voilà. Si j’ai parlé avec Léa Salamé, c’était pour évoquer l’image de la femme dans le cinéma. Pas pour parler de l'affaire Weinstein ou je ne sais pas quoi. Au-delà du scandale, je trouve ça intéressant qu’il y ait une réflexion sur ce sujet.

Maintenant, on est dans la culture de la punchline, de la performance et du buzz. C’est toute la société de consommation qu’il faut revoir. Les gens consomment un buzz comme ils consomment un parc d’attraction : ça fait juste un petit pic d’émotion.

À quel moment de ta carrière cette histoire avec le réalisateur s'est-elle déroulée ?  Il me semble que tu as évoqué plusieurs cas.

Oh tu sais, un peu tout le temps. Des cons tu en trouves tout le temps dans ta vie. Quand t'es jeune, quand t'es vieille. Même des femmes. Le machisme et le manque de respect, c’est à tous les niveaux. L’important c’est de ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Maintenant tu es réalisatrice : c’est une étape en plus qui prouve que tu arrives à faire ce que tu veux, quand même.

Dans les rôles que j’ai joués dans Suzanne ou Le Nom des gens, j’ai trouvé qu’il y avait une image de la femme très intelligente. Dans l’interview de Stupéfiant !, je ne remettais pas en question ce qu’il y avait dans les films, mais l’image des femmes dans les médias. C’est intéressant, aussi, d’y réfléchir.