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ASOS et Konbini s'associent pour vous inviter à être curieux, à échapper à l'ordinaire et voir plus loin et différemment les choses qui vous entourent.

Sailor Moon, voguing et George Michael : Kiddy Smile se raconte à travers ses tatouages

Moyen d'expression artistique et façon de repousser ses limites, le tatouage en dit long sur celui qui décide de faire graver sa peau pour l'éternité. Kiddy Smile, artiste slasheur de 30 ans nous a raconté la signification cachée de la vingtaine de signes qui ornent son corps et dessinent une existence aussi passionnante que ses tubes house addictifs à l'occasion de la nouvelle campagne ASOS Live Curious.

© Kamel Bentot

L'auteur du sémillant « Let A B!tch Know » n'a cessé de danser sa vie, de l'enfance dans une cité à Rambouillet à la scène de Coachella, aux ballrooms pailletés du voguing et à un clip pour George Michael. Dernières folies ? Une campagne ASOS dont il représente bien la folie créative, une tournée qui débutera en mai avec musiciens, danseurs et choristes et un premier album en juin...Kiddy jusqu'où il ira ?

Rien ne l'effraie en tout cas. Pendant deux heures, le bruit de l'aiguille rythmera notre interview. Kiddy doit avoir mal, il se fait tatouer le haut de la cuisse par Tania (Laratatattoo sur Instagram), l'un des endroits réputés les plus douloureux pour se lancer dans cette aventure. Pourtant, même si à quelques reprises, il retient son souffle et serre les dents, Pierre Hache (de son vrai nom), garde le smile et ne perd rien de sa légendaire répartie.

Konbini | Comment te sens-tu avant de te faire tatouer ?

Kiddy Smile | J’oublie que ça fait mal. Du coup, juste avant que ça commence, je m’en souviens et j’ai peur. Quand ça fait longtemps que je n’ai pas eu de tatouage, je me dis que je vais m’en faire trois ou quatre. J’ai un benchmark des dessins que je voudrais sur mon téléphone. Mais une fois que je suis en train de me faire encrer, ça me calme.

Peux-tu me parler de celui que tu es en train de te faire ?

Je le fais maintenant car j’ai l’intention d’aller à la mer. Le but, c’est que ça se voit. Enfin, il y a des tatouages encore plus personnels qui se voient moins. Mais là, on le verra car je mets des shorts très courts. C’est Tania qui le réalise. Je l’ai rencontrée au festival Loud & Proud. Elle m’a tatoué juste avant de monter sur scène, sur le mollet. Elle a réalisé une licorne ornée d’une citation d’une chanson de RuPaul, "Sissy That Walk". J’aimerais bien ajouter un fer à cheval.

© Kamel Bentot

Il représente quoi le petit nouveau ?

C’est mystique, une carte de l’oracle de Belline. Il se situe juste au-dessus d’une autre carte sur ma cuisse. Je suis tombé dans le tirage des cartes à un moment donné. J’ai appris à les tirer en lisant des livres et avec des amis. J’aime beaucoup la carte de l’élévation, elle est très encourageante dans l’élévation aussi bien spirituelle que professionnelle.

"Pour mon premier tatouage, j’ai menti à ma mère"

Tu es spirituel, mais es-tu croyant ?

Non, j’ai beaucoup de respect pour les églises mais je n’y vais pas parce que ce n’est pas accueillant pour les gens comme moi. Je suis conscient que la religion a servi à oppresser les gens de couleur. Des personnes ont acheté des Noirs car on les a dépréciés en disant qu’ils n’avaient pas d’âme.

J’étais le meilleur enfant de chœur et j’ai arrêté d’aller à l'église quand j’ai vu que j’étais un enfant modèle qui faisait les quêtes, préparait les hosties et restait des heures avec les prêtres et que, malgré ça, mes parents ont divorcé. Je me suis senti pas très récompensé…

Comment est née l’envie de te faire tatouer ?

J’ai eu un accident très grave à la cheville quand j'étais ado et on a failli m’amputer de la jambe droite. J’en garde énormément de cicatrices car j’ai subi plusieurs interventions. Je n’aimais pas mes cicatrices, mais les tatouages, je les vois comme des cicatrices que tu as choisies. Celles que j’ai, je ne les ai pas voulues et je ne les trouve pas jolies.

Ceux qui me disent : "Attends, mais un tatouage c’est pour toute la vie, tu feras comment quand tu vieilliras ?" Justement, tu les contrôles. C’est comme une reprise de pouvoir. C’est pour ça que deux ans après l’accident, je me suis fait mon premier tatouage.

Ma mère était absolument contre alors je lui ai menti, prétendant qu’il s’agissait d’une nouvelle technique entre le permanent et le henné et que ça n’allait pas durer. Au bout d’un certain temps, elle m’a balancé : "Mais je ne comprends pas, pourquoi ça ne part pas ?" Mais comme j’avais déjà quitté la maison, c’était moins grave.

© Kamel Bentot

"Je séchais le lycée pour aller danser"

Comment est arrivé cet accident ?

En fait, je prenais beaucoup de cours de danse et séchais le lycée. Je me suis donc fait renvoyer du lycée la veille de mon anniversaire (j’avais 16 ans) et de la fête du printemps pour les vacances de Pâques. Or je voulais vraiment y aller et quand je me suis pointé devant la salle, ils m’ont dit non car j’étais exclu de l’école.

J’ai alors escaladé un mur de 5 mètres de haut et je suis tombé. Et comme la musique retentissait à fond dans la salle, personne ne m’entendait. J’ai dû attendre que le mauvais DJ s’arrête de jouer. Un voisin est finalement venu m’aider et la fête a été arrêtée. Résultat ? Fracture ouverte à six endroits.

C’était comment l’enfance et l’adolescence à Rambouillet ?

J’avais de bonnes notes mais j’étais assez turbulent. J’habitais dans un quartier sans intérêt de Rambouillet, ville de droite et modeste. Quand j’ai rencontré la danse, je savais que c’est ce que je voulais faire. J’ai eu accès à la danse grâce à un animateur de quartier. J’avais 15 ans et pas d’argent, mais c’était gratuit.

Ma mère n’a pas trop aimé au début. Elle est venue du Cameroun en France et ce n’était pas pour que les enfants deviennent artistes. Elle associait ce statut avec le fait de finir à la rue. Mais je pense qu’elle est rassurée de voir que je fais ce que j’aime et que j’en vis. Et comme je lui dis souvent, je pense que si elle avait grandi ici, avec d’autres préoccupations qu’au Cameroun, elle aurait sûrement essayé de transformer sa passion en métier.

Elle travaillait au ministère de la Défense au Cameroun et en débarquant en France, elle avait envie de faire des études de mode. C’est une grande fashionista ma mère, mais elle n’aime que le luxe. Elle est très chic. Mais mon père était très castrateur. Il lui disait : "Il n’y a pas de Noir et encore moins de femmes dans ce métier." Du coup, elle s’est retrouvée à faire quelque chose de plus raisonnable.

Ado, j’ai trouvé un travail qui m’a permis de m’acheter des vêtements et de construire mon style avec un budget. Avant, j’étais dépendant de ma mère et de son goût. Elle ne comprend pas mon style, elle trouve que c’est une catastrophe. Mon tee-shirt Sailor Moon, même pas elle le porterait en pyjama. Sauf que je lui ai dit : "Mais maman, tu sais, les gens trouvent que je m’habille bien."

© Kamel Bentot

"Je voulais un tatouage 'always smile'"

Peux-tu me parler de tes différents tatouages ?

Au début, ils n’avaient pas vraiment de signification. Le premier, je l'ai fait au poignet à 18 ans (en 2006) et ce sont des fleurs de cerisier en couleur car je trouvais cela joli. Je suis resté 6 mois à L.A. et je l’ai fait le dernier jour avant de partir. C’était au moment de quitter Rambouillet.

En fait, je flippais. Comme le système de santé est naze aux États-Unis, j’avais peur d’une infection et de ne pas pouvoir aller à l’hosto. C’est le pire endroit pour un premier tatouage car c’est difficile à cacher. Je le trouve vieux et moche aujourd’hui. En Californie, les tatoueurs ont l’habitude de faire des tattoos à tout le monde et le profit passe avant le reste. Ils ne te renseignent pas sur ce qui va mieux aux peaux noires, par exemple.

Et ce "damaged" sur la jambe ?

Il a été inscrit en 2010 sur ma jambe gauche pour équilibrer avec ma jambe droite "endommagée".

On t’a déjà offert un tatouage ?

Presque. En fait j’avais demandé à un ami de longue date, pour mon anniversaire, un tatouage disant "always smile". C’est quelque chose que j’ai du mal à faire : toujours sourire. Quand ça ne va pas, ça ne va pas du tout et j’ai longtemps eu du mal à voir le positif dans l’adversité. Mais j’y parviens de plus en plus. En fait, cet ami a un peu fait son crevard. On est allé dans un salon de tattoos et quand il a vu que c’était 150 euros, il m’a balancé : "Bon en fait, je t’en paye la moitié." Je lui ai dit : 'Tu sais quoi, laisse tomber, je me le paie tout seul."

Le "smile" de mon pseudo vient d’une embrouille de lycée. Un copain n’arrêtait pas de m’appeler "Biggy", ce qui m’énervait. À la fin de l’année, en signe de réconciliation, il m’avait offert un sac avec un smiley. Un des premiers disques que j’ai aimés, c’était un album de Notorious B.I.G. Je voulais donc garder le "biggy", mais ça sonnait un peu trop prétentieux. Je l’ai donc transformé en "kiddy", plus humble et mignon.

© Kamel Bentot

"Sailor Moon était une féministe"

Quel est le tattoo qui t’a fait le plus mal ?

Celui de Sailor Moon avec écrit "Fight like a girl" gravé en Thaïlande avec la technique du bamboo. La même utilisée par Rihanna pour celui qu’elle a sur la main. C’était ultra-douloureux mais ça cicatrise très vite. J’adore Sailor Moon. C’était une féministe et au niveau du costume, elle était en avance sur son temps, avec son diadème et son choker.

Puis j’aimais bien le fait qu’elle soit tout le temps avec ses copines. Les dessins animés de cette époque étaient dingues. J’adore Lady Oscar aussi. Quand on y réfléchit, l’histoire était incroyable. Elle se déguisait en homme pour rejoindre la garde royale et un homme tombe amoureux d’elle sans savoir que c’est une fille, et les parents ne pigeaient rien.

Le prochain endroit où tu voudrais un tatouage ?

Si je pouvais, j’en aurais partout. Là j’ai très envie de m’en faire un dans le cou pour m’en "créer" un car je n’ai pas de cou. J’adore les chokers mais quand j’en mets un, je m’étrangle car ils remontent trop haut.

Et quels seront les prochains dessins ?

J’aime beaucoup les tatouages très colorés. Il y a un superbe dessin de Beth Ditto réalisé par quelqu’un sur Tumblr que je me ferais bien. Mais il faut que je demande la permission à Beth. Il n’y a pas longtemps, je lui ai réclamé une dédicace de son premier album en vinyle, acheté au concert, et elle m’a répondu : "Mais Pierre, tu as mon numéro de téléphone, je ne vais pas te donner un autographe !"

Je suis très fan de mes ami(e)s. Avec Beth, on s’est rencontrés à un défilé Jeremy Scott. C’était avant le tube "Heavy Cross" de Gossip et je ne la connaissais pas. Elle m’a raconté une blague : "Je parie qu’ils nous ont mis à côté parce qu’on est les deux seuls gros de la salle." Puis on a sympathisé et elle m’a filé son numéro, que j’ai perdu. Quand on l’entendait partout et que je disais que je la connaissais, personne ne me croyait.

Il a fallu qu’on se recroise et qu’elle me le redonne puis que je le reperde à nouveau. Finalement, elle m’a invité à Coachella pour chanter avec elle une reprise de Grace Jones qu’on adore tous les deux. Je dis souvent que mes parents artistiques sont Grace Jones et Sylvester.

© Kamel Bentot

"La danse, c’est une double revanche"

Comment comparerais-tu la danse au tatouage en tant que modes d’expression corporels ?

Ce sont deux disciplines différentes. Pour danser, tu n’as pas besoin d’un intervenant extérieur. C’est toi qui est l’auteur de tes mouvements, de ce que tu veux dire et tu l’exprimes comme tu veux, avec ton corps. Le tatouage, ce ne sera jamais ce que tu as imaginé mais une interprétation par un intermédiaire, le tatoueur, qui sera au-dessus ou au-dessous, mais jamais exactement la même chose que ce que tu avais en tête.

Tu as toujours le temps de danser ?

Je n’ai plus le temps de participer aux balls [les ballrooms où ont lieu les concours de voguing, ndlr], mais je suis toujours ce que font les autres. Ma spécialité, c’est le runaway. Le fait d’être considéré en France dans cette discipline était une double revanche. D’abord sur l’accident qui a failli me coûter ma jambe et m’oblige à réadapter tous les mouvements, et aussi parce que je n’ai pas le physique d’un mannequin de défilé.

Tu as dansé dans un clip de George Michael. Comment était-il ?

Vraiment très sympa. Il est d’abord venu nous dire qu’il avait choisi tous les danseurs lui-même puis pour nous remercier, il nous a tous emmenés chez Burberry. On avait le droit de prendre une pièce, j’ai choisi un trench. Celui-ci, ma mère l’aime bien.

Ce sont quoi tes premiers chocs musicaux ?

C’est une anecdote plutôt drôle. À Rambouillet se trouvait un disquaire (fermé depuis) qui possédait à l’extérieur de sa boutique un portant sur lequel il y avait des CD. Ils étaient mis sous verrou, sauf ceux de la lettre B, car la case était cassée. Je n’avais pas d’argent et du coup, je me servais.

Donc j’ai pris d’abord du Notorious B.I.G., puis Brandy, Boyz II Men, Bambi Cruz, Mary J Blige, Bon Jovi… Et ensuite, la lettre C était disponible et là, j’ai pu prendre du Mariah Carey, l’album Butterfly. Le disquaire a mis trois ans à se rendre compte que le portant était cassé.

Le tatouage a longtemps été réservé aux marginaux, est-ce une manière pour toi de montrer que tu es différent ?

Je me suis toujours senti différent, déjà physiquement. Je mesure 1,98 mètres, comme Michael Jordan et Louis XVI [sourire]. On me voyait tout le temps, même quand je portais que du noir. Alors je me suis dit, autant que je me fasse plaisir et que je porte tout ce que j’aime.

"Il ne faut pas sous-estimer les jeunes"

Peux-tu me révéler quelques infos à propos de ton premier album qui sortira fin juin ?

Il restera assez house mais avec une dimension plus pop. Il n’y a que des nouveaux morceaux et tous seront chantés en anglais. J’y parle de choses assez personnelles, de mes relations avec mes parents, du soutien de ma mère, de relations amoureuses, de l’amour non partagé (le plus intéressant).

Et puis il y a des sujets plus légers aussi, comme le fait de sortir avec quelqu’un avec qui le sexe est trop bon mais la relation est pourrie [rires]. On y entendra également des interludes avec des invités : ma house de voguing, The Black Madonna, Beth Ditto et d’autres producteurs comme Julien de Chateau Marmont.

Quel conseil donnerais-tu aux plus jeunes pour développer leur curiosité ?

De s’arranger pour rester toujours le plus jeune de la bande. C’est ainsi que j’ai appris plein de choses et reçu de nombreux conseils. Par exemple, quand j’ai commencé à traîner dans la communauté homosexuelle, j’avais beaucoup de questions auxquelles des gens plus âgés ont pu répondre. C’était un peu comme habiter dans une bibliothèque vivante [rires]. D’ailleurs ça me mine aujourd’hui de ne plus être le plus jeune. En même temps, les plus jeunes ont aussi à nous apprendre. Il ne faut pas les sous-estimer !

Propos recueillis par Violaine Schütz

Kiddy posant pour la nouvelle campagne ASOS Live Curious, auprès de Lean, jeune rappeuse hyper stylée.

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