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Portrait : Hans Sama, le prodige de 18 ans qui met l’e-sport à ses pieds

À l’heure où l’on parle d’intégrer l’e-sport au programme des JO dès 2024, et alors qu’on hébergeait il y a quelque temps les championnats d’Europe de League of Legends, nous sommes allés à la rencontre de Hans Sama, 18 ans depuis peu, l’un des rares Français à s’être fait un nom dans ce milieu.

(© Misfits)

Les préjugés vont bon train en ce qui concerne ce domaine qu’une large partie de la population ne comprend pas trop. Et pourtant, il faudra s’y faire : le jeu vidéo s’impose de plus en plus dans l’arène des compétitions sportives.

Le PSG a recruté il y a peu plusieurs grands joueurs de Fifa pour constituer une équipe pro. Les phases finales des championnats d’Europe de League of Legends (LoL) – l’un des jeux les plus suivis, joué par des dizaines de millions de personnes, et qui sert de référence dans ce genre de compétitions –, se déroulaient début septembre à l’AccorHotels Arena. Et la salle était remplie à ras bord – rien que ça.

Pas besoin de connaître les subtilités d’un jeu pour saisir le talent d’un joueur. De la même manière que n’importe quel être humain sait reconnaître un beau geste technique, une belle performance, ou encore une accumulation de titres, le jeu vidéo contient son lot de choses bien surprenantes. Et tandis que la Corée du Sud et le Japon trustent les champions dans ce monde de plus en plus farouche, un petit Français de 18 ans s’est fait un nom.

Si vous cherchez son nom sur Internet, vous tomberez sur des vidéos (qui comptent souvent des millions de vues) de certaines de ses compétitions, où l’on entend les commentateurs s’extasier devant la justesse de l’un de ses mouvements, ou sur son intelligence et sa dextérité. Reste à savoir comment Hans Sama (Steven Liv de son vrai nom) est devenu un des espoirs français de l’e-sport – et, qui sait, peut-être un futur porte-drapeau aux JO.

Le Mbappé de LoL

L’adolescent se souvient avoir tapoté sur des touches de clavier assez jeune, que ce soit pour jouer à des titres tels que Starcraft ou Warcraft 3. Mais c’est après un déménagement, alors qu’il a 11 ans, qu’il découvre LoL – grâce à son grand frère, de 4 ans son aîné, et des amis de ce dernier.

Fascinés par le style de jeu de Steven, le grand frère et ses potes finissent par regarder régulièrement le gamin jouer sur l’un des deux ordinateurs de la famille. Néanmoins, c’est "au bout de trois ans" qu’il estime, en toute modestie, avoir commencé à acquérir un bon niveau, ce qui lui a permis de faire ses premiers tournois. "À 13 ans, j’ai rejoint ma première team. Le palier 'master' n’existait pas : on était amateurs, on faisait des tournois entre nous", raconte l’intéressé.

Malheureusement, l’aventure doit s’arrêter un temps pour lui. Déjà, son ordinateur le lâche pendant les vacances d’été – ce qui lui a fait deux mois sans LoL. En outre, ses parents souhaitaient le voir moins derrière un écran. Mais cela n’a pas duré très longtemps, et il a pu s’y remettre rapidement :

"Beaucoup de camarades de classe jouaient, donc j’ai recommencé direct. J’ai récupéré un très bon niveau, ce qui m’a permis d’acquérir à 14 ans, le niveau 'challenger'. Pendant un temps, j’étais connu comme étant celui qui a atteint ce niveau aussi jeune [un seul avait réussi à l’atteindre à 14 ans, mais il a arrêté de jouer depuis, ndlr].

Sur un groupe Facebook, j’ai commencé à être connu : certains de ses membres me considéraient comme un petit prodige. C’était marrant – et un peu flippant."

Il rejoint une première équipe, amatrice, puis une deuxième, qui lui permet de participer à des tournois un peu plus difficiles. Le Mbappé de LoL n’a pas 15 ans qu’il est déjà considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde. Il est en tout cas le plus jeune à faire ce genre de compétitions. "À ce moment-là, j’ai commencé à réaliser que je pouvais aller plus loin, mais je ne pensais pas que ça pouvait aboutir sur une carrière pro", explique-t-il.

Pour ça, le gamin joue. Beaucoup. De ces 11 à 14 ans (hors pause citée plus haut), Steven a passé toutes ses fins d’après-midi et soirées, ainsi que tous ses week-ends, à s’entraîner. À l’époque, il hésite même à arrêter les cours (mais il est alors encore trop tôt). À côté des cours, il enchaîne compétition sur compétition, jusqu’à rejoindre lors de la saison 2015/2016 une troisième équipe, Millenium – toujours amatrice, certes, mais la meilleure en France.

De la passion au métier

Professionnalisme du milieu oblige, il commence à ne plus pouvoir suivre les cours et à gagner des sous. Une autre écurie, Misfits, va alors approcher Millenium, pour racheter les droits du contrat de Steven afin qu’il puisse intégrer une ligue professionnelle. Tout ceci devient bien sérieux, et là où certains parents auraient pu être frileux, ceux de celui qu’on appelle désormais "Hans Sama" ont bien saisi le truc :

"Mes parents ont compris que ça devenait plus qu’une passion. Enfin, surtout mon père, parce que quand j’étais plus jeune il voulait que je sois tennisman professionnel. J’en faisais tous les jours, mais je n’ai jamais percé. Du coup, il m’a toujours soutenu. Quand il a vu que je gagnais des trophées et que ça dépassait le simple hobby, il m’a laissé faire."

À quoi ressemble le quotidien d’un joueur professionnel ? À celui d’un sportif pro, en fait. En période de tournois, il joue six jours sur sept. Du début de l’après-midi à la fin de la nuit (oui, les joueurs vivent visiblement bien en décalé), il ne fait que ça. Du 15 heures-3 heures, quasi non-stop. En parallèle, on change les configurations, on fait des streams et on essaye des choses – certains jouent même le matin.

L’autre versant de l’entraînement, c’est l’étude du jeu : regarder des matches, revenir sur les erreurs faites en compétitions ou à l’entraînement, analyser les calls manqués… On dissèque également la manière de jouer des équipes que l’on s’apprête à affronter.

Depuis qu’il est dans la team Misfits, Hans Sama a un coach, un coach mental (qui peut servir de psy), un analyste et même un manager. Chaque jour, il fait des exercices pour éviter de se blesser la main – il s’échauffe, s’achète des bandages et se fait faire des massages.

Son ambition est d’être le meilleur AD Carry d’Europe (l’un des postes de l’équipe qui inflige le plus de dégâts, mais nécessite la protection des autres membres, pour faire simple). À l’AccorHotel Arena, son équipe a perdu en finale. Mais ce n’est pas grave : il a gagné son ticket pour les championnats du monde en Chine, qui se sont déroulés le week-end du 4 novembre, amenant le petit Français jusqu’en quart de finale. Entre les deux compétitions, il s’est reposé une semaine, puis est parti en Corée pour s’entraîner avec les meilleurs joueurs du monde.

"Le chemin est encore long, mais la France a une place à se faire dans ce monde-là", affirme celui qui vient d'avoir 18 ans représente l’avenir de l’e-sport français, et qui n’en est qu’à ses débuts. Hans Sama dans la délégation olympique de 2024 ? On n’en est pas loin.

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