En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Pio Marmaï : "Je pense qu'il faut utiliser son image de manière intelligente"

Ce mercredi 22 juillet sort en salles Nos Futurs, troisième film du talentueux Rémi Bezançon. À cette occasion, nous avons rencontré Pio Marmaï, son acteur fétiche.

Depuis que Rémi Bezançon l'a révélé au public en 2008 dans sa délicate comédie dramatique Le Premier jour du reste de ta vie, Pio Marmaï promène sa frimousse de jeune premier de film en film.  Alors qu'en début d'année il était à l'affiche de Toute première fois, l'histoire d'un coming out inversé, cet été, il s'illustre dans Nos Futurs, le troisième long métrage de son collaborateur régulier.

Le film relate le parcours de Yann (Pierre Rochefort) et Thomas (Pio Marmaï), deux amis d'enfance qui se retrouvent pour partir sur les traces de leur passé. Leur projet ? Organiser une fête qui rassemblerait tous leurs copains du lycée qu'ils ont perdu de vue. Qu'est devenu le beau gosse un peu exaspérant ? Et la fille qui faisait craquer tous les garçons ? Ou encore le clown de la classe ? À travers les retrouvailles et les souvenirs, les deux compères s'apprêtent à raviver une flamme qui risque de les brûler.

Pio Marmai © Neon Mag

Pio Marmaï © Neon Mag

Pio Marmaï nous accueille avec le large sourire qui le caractérise et une franche poignée de main. À tout juste 31 ans, il s'impose désormais comme valeur sûre du cinéma français. L'année dernière on a pu le voir dans quatre films, dont l'excellent Maestro de Léa Fazer, qui raconte avec beaucoup de délicatesse et d'humour la rencontre entre les regrettés Eric Rohmer et Jocelyn Quivrin.

Aujourd'hui, Pio Marmaï nous parle de son travail avec Rémi Bezançon, de ses projets (un film avec Cédric Klapisch) mais aussi de sa passion pour la mécanique automobile.

Konbini | C'est votre troisième collaboration avec Rémi Bezançon, c'était comment les retrouvailles ? 

Pio Marmai | C'est toujours heureux. On est amis dans la vie aussi, c'est agréable d'avoir des moments de retrouvailles à des époques un peu clés de la vie. Je viens d'avoir trente ans, c'était important... J'ai une vie privée compliquée. C'était un moment un peu clé pour moi donc j'étais heureux qu'on collabore de nouveau ensemble.

Parce qu'on bascule dans d'autres manières de travailler, dans des envies différentes. Par exemple, là j'ai un personnage beaucoup plus drôle, quelque chose que je n'avais jamais fait avant. Ça permet aussi d'approfondir un travail qu'on a fait auparavant.

K | C'est le réalisateur avec lequel vous avez le plus tourné, qu'est-ce que ça change de bien connaitre son metteur de scène ?

C'est rassurant d'une certaine manière, parce qu'il y a une connaissance l'un de l'autre donc il y a une rapidité d'exécution. Mais en même temps, il faut toujours surprendre l'autre. Au fur et à mesure des films, il faut se réinventer, recréer toujours du désir chez le metteur en scène et de l'envie pour continuer à travailler, c'est une forme d'aventure. C'est assez contradictoire. Deux choses très différentes mais très excitantes à la fois. En quelque sorte, il y a plus d'exigence et il faut être à la hauteur.

K | Qu'est-ce qui vous a plu dans le scénario ? Car le rôle a été écrit en pensant à vous directement...

Je pense que ce que j'ai aimé, c'est ce qui fait le cinéma de Rémi Bezançon, c'est-à-dire qu'il s'attaque toujours à des sujets assez énormes, la famille, la maternité, l'amitié. Ce sont des sujets très délicats à traiter bien qu'ils soient profondément universels. Il faut une certaine singularité là-dedans.

Et je trouve qu'à chaque fois il a ce regard assez périphérique. Ce n'est jamais pathos, au contraire. Il peut traiter un sujet profondément grave, tout en ayant une forme d'humour à l'intérieur. Ça n'empêche pas de se sentir profondément touché quand on voit le film, et en même temps d'en rire. Et dans cette écriture-là, c'est ça qui me plait.

K | Quel type de metteur en scène est Rémi Bezançon ?

Je dirais que c'est un type assez réservé dans le travail peut-être. Il n'a pas besoin de gueuler pour se faire respecter par les gens. Il a du poids, il sait exactement ce qu'il veut faire, et du coup c'est agréable de bosser comme ça, c'est dans le calme, c'est cool, ce n'est pas hystérique. C'est très écrit, on respecte beaucoup le scénario mais quand ça obéit aux enjeux de la séquence, on peut s'autoriser du hors-piste.

K | Dans le film, vous jouez le rôle de Thomas, un jeune homme d’une trentaine d’années qui a du mal à vraiment grandir. À côté de lui il y a Yann, son opposé qui a une vie très rangée… Auquel des deux vous identifiez-vous le plus ?

Je suis pile à la jonction des deux. J'étais totalement comme Thomas pendant quelques années, et je pense que maintenant, je viens d'avoir 31 ans, donc on avance un peu dans un truc, pas forcément plus rangé mais plus mature d'une certaine manière. De s'inscrire dans un monde contemporain comme ça c'est assez costaud donc il faut garder une forme d'humour, de naïveté et d'utopie, et en même temps, il faut aussi obéir à certaines règles.

K | Donc vous auriez pu jouer Yann ?

Oui... (hésitant). Ça m'aurait peut-être surpris d'essayer de faire ça. Mais j'ai vraiment aimé faire le personnage de Thomas, car c'est quelque chose que je n'avais jamais fait.

K | Nos futurs parle d’une amitié retrouvée et de tout ce qu’elle fait remonter à la surface... Ça vous est déjà arrivé ?

Non. Je participe pas aux réseaux sociaux donc je n'ai pas trop de lien avec les copains d'avant ou je ne sais quoi. J'ai des amis depuis de très longues années, mais ça c'est encore autre chose, même depuis 10 ans. Je n'ai jamais cherché à retrouver des amis. Mais je garde un super souvenir de mes années lycée.

J'étais dans un lycée international, hyper créatif, on se marrait, on fumait des pétards... enfin comme tous les ados. C'était un peu insouciant, on fabriquait des trucs avec rien, c'était vraiment cool.

"Je pense qu'il faut utiliser son image de manière intelligente"

K | J’ai vu qu’en décembre dernier, vous étiez dans un court métrage de prévention pour la sécurité routière réalisé par Matthieu Amalric. C’est important pour vous de mettre à profit votre métier pour vous engager pour certaines causes ?

Oui, surtout pour la sécurité routière, car j'ai un garage de motos donc c'est un sujet assez sensible. Ça permet aussi de se rendre compte d'une réalité de manière très concrète, et pas de manière un peu abstraite comme dans les chiffres etc. On rencontre des gens qui ont souffert de ça et qui souffre encore. Je pense qu'il faut utiliser son image de manière intelligente, c'est un minimum pour moi.

K | En parlant de votre garage,  j’ai lu que vous aimiez beaucoup retaper des véhicules quand vous n’êtes pas en tournage, qu’est-ce que vous apporte cette passion, très loin de votre métier ?

C'est une passion, une complémentarité, c'est très concret comme métier. Fabriquer une moto c'est très simple, il y a du métal et il faut fabriquer quelque chose avec ça. Y'a vraiment un truc manuel, où il faut créer quelque chose. Ça demande une concentration et en même temps une créativité qui est très différente. Je fais ça depuis 10 ans.

K | Pour le moment vous n’avez tourné qu’avec des réalisateurs français, est-ce qu’une carrière à l’international vous plairait ?

Je n'ai pas d'envie particulière. Oui, enfin y'a des projets... Mais il s'agit déjà de faire bien mon travail ici et après on verra. J'ai des choses très bien à venir donc je n'ai pas d'angoisse particulière ni d'envie. Déjà, faire quelque chose de bien en France ce n'est pas facile.

K | Avec qui rêveriez-vous de tourner ?

J'aimerais bien travailler avec Roy Anderson, c'est un metteur en scène d'Europe du Nord qui avait fait Nous les vivants qui me fascine dans la manière dont il crée ses films. J'aime bien aussi le réalisateur qui a fait L'exercice de l'État [Pierre Schoeller, Ndlr], j'ai beaucoup aimé ce film-là.

K | Tout au long de votre filmographie, vous avez incarné une palette de rôles, mais s’il y en a un que vous aimeriez faire, même complètement fou, ce serait lequel ?

J'aurais bien fait un méchant dans Mad Max... Le mec qui essaie de violer les filles, qui a des couteaux, le mec vraiment trash quoi. Le bien méchant (rires).

"Je suis peut-être boulimique de travail"

K | J’ai vu que vous allez tourner dans le prochain film de Cédric Klapish, un film sur le vin… Pour vous, que représente son cinéma ?

Ça représente quand même beaucoup de choses, car c'est un metteur en scène qui a formé ma filmographie d'une certaine manière, j'ai suivi ses films depuis que je suis jeune. C'est quelqu'un avec qui je m'entends très bien, ça a mis du temps. J'avais fait un film avec sa femme Lola Doillon [Contre toi, ndlr] il y a quelques années et puis on a sympathisé, mais sans jamais se dire qu'on avait envie de travailler ensemble. Puis c'est arrivé, j'en suis très heureux.

C'est un projet assez atypique car c'est un travail sur un an. C'est un film qui travaille sur le temps, sur les saisons, c'est une vraie aventure, c'est un projet qui me touche vraiment beaucoup. C'est un très bon metteur en scène, c'est comme quand je travaille avec Pierre Salvadori, on va retravailler l'année prochaine ensemble, ce sont des metteurs en scène comme ça qui pour moi sont vraiment des espèce de piliers.

Pio Marmai et Rochefort, capture d'écran du trailer.

Pio Marmaï et Pierre Rochefort dans Nos Futurs. © Capture d'écran du trailer.

K | Vous avez tourné également dans Vendeurs, le premier film de Sylvain Desclous. Vous avez joué dans de nombreux premiers films, c'est important pour vous ?

Oui c'est une volonté, car il faut aussi que les premiers films se fassent, pour qu'après les metteurs en scène puissent aboutir progressivement, et acquérir une place, et raconter ce qu'ils ont à raconter au public. Si on ne fait pas confiance aux premiers films, il ne se passera jamais rien. Il faut des gens confirmés et puis aussi tenter des choses, aller vers des premiers projets. Parfois, ça peut être maladroit, mais au moins il faut essayer.

Je sélectionne mes projets par la lecture puis les rencontres. Quand il y a des bons projets, il faut les faire et ne pas se poser de questions. L'année dernière j'ai pu participer à de très belles choses [4 films, ndlr].  Je suis peut-être boulimique de travail. Mais ça correspond peut-être aussi à une période de ma vie encore une fois. Peut-être que plus tard ça se calmera et je ferai moins de films, mais tant que je n'ai pas l'impression que les gens en ont marre, qu'il y a une demande, il faut travailler, sans faire de conneries (rires).

K | En parlant de période de la vie, le fait d'avoir la trentaine, est-ce que vous avez l'impression d'avoir trouvé un écho dans ce film par rapport au sujet ?

Oui, peut-être, sur ce passage de la vie où on s'interroge sur où est-ce qu'on se situe, c'est-à-dire est-ce que ce qu'on a vécu a encore lieu d'être, est-ce qu'on peut encore utiliser ces espérances de vie là, est-ce qu'il faut se diriger vers une direction plus opposée... Ce sont des questions que je me pose. Ou que je subis.

K | Le film parle d'un retour en arrière, nous on va faire un bon dans le temps : où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Bonne question... Je ne sais pas. Il y a 10 ans je ne me serai pas vu ici (rires). On verra, j'ai envie de me laisser surprendre par la vie !

J'aime bien rigoler à mes propres blagues. Tout ce qui est félin et ciné par ailleurs.