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Avec sa Petite Galerie des Horreurs, Raphaële Vidaling met le kitsch à l'honneur

"N'achetez pas ce livre, vous allez vomir de rire", prévient la quatrième de couverture. Et c'est bien ce que vous risquez : avec sa collection Petite Galerie des Horreurs, Raphaële Vidaling rappelle en livre illustré tout ce qu'on a fait de pire en communication visuelle des années 60 à nos jours. Une délicieuse apologie du kitsch.

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

Vous l'avez forcément reçue un jour, cette carte postale ornée d'une naïade au regard mutin et à la permanente choucroutesque, vêtue d'un simple string échancré, le tout surmonté d'un "Bienvenido a Benidorm !". Ou bien cette pochette d'album de rock progressif des années 80, forcément affreuse, où les cols à jabot et les collants en spandex s'abattent comme les sept plaies sur l'Égypte biblique. Terrible, terrible...

Compilées dans la collection Petite galerie des horreurs, ces icônes surannées du quotidien (mais surtout du passé) s'offrent une nouvelle vie grâce à Raphaële Vidaling. L'agrégée de lettres de 42 ans est l'auteure de cinq ouvrages sur ce qu'on caserait collectivement comme relevant du grand méchant "mauvais goût". Elle est responsable de la parution chez Tana Editions de la Petite Galerie des Horreurs Capillaires, Musicales, Postales, Romantiques et Culinaires. Eh oui, chacun ses inspirations.

Parce qu'on a tous ce petit ricanement moqueur à la vue des dégaines vestimentaires de nos photos de classe des années 90, Raphaële Vidaling a un petit rire gêné quand on lui demande pourquoi elle s'est mise en tête de déterrer les horreurs de communication visuelle qui ont le plus mal vieilli du XXème siècle. Pourtant, elle a une réponse :

La genèse, c'est que j'ai été photographe culinaire. Pour rigoler j'ai collectionné des images parmi les plus moches dans le genre et j'ai essayé de comprendre pourquoi ça avait pu plaire par le passé.

Moches ?

Les images les plus "moches". Le mot est lâché. Elle a raison : dans ses livres, il y a peu de textes, mais beaucoup d'images qu'on pourrait qualifier de "moches" au premier regard. Moches dans la composition, moches dans le choix des sujets, moches dans le cadrage, moches pour ce qu'elles symbolisent aussi...

Pourtant, à y regarder de plus près, c'est beaucoup plus que ça ! Ce qui finit même par faire admettre à l'auteure : "Je crois que ces images ont toutes un certain charme".

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

Un "certain charme", oui (Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

Raphaële Vidaling, ça l'a tellement amusée, cette compilation iconographique sous le signe du kitsch, qu'elle a décidé d'en envoyer quelques pages tests à des amis. Devant le succès rencontré dans son entourage, elle pense à en faire des livres, des vrais, un peu "par plaisir de la typologie [...] J'ai essayé de faire un vrai travail d'organisation et de réflexion sur les techniques pseudo-vendeuses."

Peu de textes, donc, mais quelques mots, en forme de leitmotivs, de petites leçons, faciles à retenir et déclamés sur un ton à la limite du débile : "Je sais que je vais emballer, avec ma pose décontractée" ; "Pelage bien ordonné affole les dames en fin de soirée" ; "Si tu ne crains pas les haut-le-cœur, ne lésine pas sur la couleur"...

L'auteure raconte : "J'ai fait des slogans qui riment, dans le style "réclame" de l'époque, avec la même ringardise. Comme certaines publicités d'époque, destinées à la ménagère."

Ringard ?

"Ringardises" ! Décidément, elles en prennent pour leur grade, ces images. Mais évidemment, ce n'était pas leur but lorsqu'elles ont été créées : "C'est ça, quelqu'un a vraiment souhaité y mettre un certain charme. Il y a indéniablement une intention de "faire joli"."

Deuxième étape : après la collecte de ces pépites de nostalgie, vient le doux moment de la typologie (on peut faire des rimes comme ça nous aussi). Raphaële ne s'est pas focalisée sur une simple collection thématique, mais a classé les images de sorte à tenter de comprendre "pourquoi ça a marché à une époque, et pourquoi maintenant ça nous fait sourire".

Et d'ailleurs, pourquoi alors ?

Aujourd'hui, si on est critique par rapport à cette esthétique-là c'est parce qu'on y est familier, on a tous connu tout ça. Ça fait appel à un sentiment populaire collectif. Mais avec le recul, l'esprit prend plaisir à se mettre au-dessus.

La saucisse dans tous ses états (Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

La saucisse dans tous ses états (Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

Kitsch ?

Mais alors, plutôt que "moche" ou "ringard", le mot qu'on cherche n'est-il pas plutôt "kitsch" ? Raphaële Vidaling décrypte : "Kitsch, je crois que c'est une intention d'accumuler des choses hétéroclites pour en dégager une esthétique, mais avec des choses qui vont pas ensemble. Les images sont ringardes, mais elles n'essayent pas d'être kitsch. Ceci dit, c'est nous qui trouvons ça kitsch parce que ça fait référence à des codes passés, donc oui, le regard qu'on porte dessus les rend kitsch".

Mais alors dans ce cas, le ressort comique ne réside-t-il que dans la désuétude des codes des images des Petites Galeries ? Et qu'adviendra-t-il dans 10, 20, 50 ans, lorsque nos enfants regarderont la mode des années 2010 ? Que diront-ils, les sales gosses du futur, de ces longues barbes taillées ? De ces bonnets ? Des slims remontés aux chevilles, des clips en simili-VHS et de l'apogée des sneakers-addicts ?

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

"C'est sûr, on peut même se faire avoir en contemporains", glisse Raphaële, qui cite l'exemple des baggys – et admet être passée elle-même par les pattes d'eph' et les fuseaux. "Il faut que la mode dicte quelque chose comme une norme pour qu'on trouve ça esthétique. C'est un code partagé qui permet de se retrouver [...]

Et puis ce que j'aime dans ce rire, c'est qu'on est tous passé par là. L'humour porte sur le jugement, mais sur le jugement de quelque chose par lequel on est presque tous passés. On s'est presque tous fait couper au bol.

On est bien d'accord.

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

(Crédits image : Raphaële Vidaling/Tana Editions)

Collection Petite Galerie des Horreurs, photos ringardes en 80 leçons, édité par Tana Editions : Petite Galerie des Horreurs Capillaires, Petite Galerie des Horreurs Musicales, Petite Galerie des Horreurs Culinaires, Petite Galerie des Horreurs Romantiques, au rayon humour de votre librairie dès maintenant, au prix de 7,95€.

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac’ chef du webzine Hear Me Lucifer.